Passer au contenu principal

Une place aux hommes dans la grève des femmes

Laisser les hommes en arrière-ligne de la grève féministe du 14 juin, une idée contre productive pour Lise Bailat.

Alors, comme ça, les hommes devraient rester en retrait le 14 juin prochain lors de la grève des femmes? Plusieurs organisatrices de l’événement assument clairement ce message: «Messieurs, vous prenez assez la lumière toute l’année. Ce jour-là, assumez le boulot et les tâches ménagères. Et laissez vos femmes descendre dans la rue.»

Cet appel reflète certes l’idée d’une mobilisation féminine, sans diktat masculin ni sur les thèmes défendus ni sur les slogans. Il dit aussi la frustration, souvent justifiée, de femmes engagées qui voient les hommes se pointer pour la photo au moment de couper le ruban.

Mais au fond, ce message est tristement contre-productif! Comme si, pour faire grève en Suisse, une femme devrait non seulement avoir la permission de son patron – il faut quand même que le pays tourne –, mais aussi celle de son mari – il faut quand même que le ménage soit propre. En Suisse, on fait donc la grève proprement, tip-top en ordre. Pas très subversif.

Et avec ce message, les organisatrices du mouvement ne semblent reconnaître l’existence que d’un seul modèle, celui où l’homme travaille à 100% et la femme à temps partiel, et où c’est elle qui fait le ménage, les courses, les devoirs des enfants et la visite des parents à l’EMS le week-end. La grève des femmes ne devrait-elle pas justement faire une place à ce papa qui, le 14 juin comme tous les vendredis, sera aux fourneaux et à la garde? À ce grand-père qui prend soin des enfants de sa fille? À ce chef d’entreprise qui a créé un comité de soutien à la grève?

Au XXIe siècle, la grève des femmes doit être inclusive. Toutes les causes des minorités progressent lorsque ces dernières se mobilisent, mais elles n’aboutissent à des résultats que lorsque l’enjeu devient commun. Lorsqu’une femme gagne moins qu’un homme, c’est de l’argent qui manque à sa famille. Lorsqu’une femme se fait violenter, c’est sur l’ensemble de la société que la honte doit peser. Au fond, le manifeste de la grève du 14 juin le dit lui-même en reprenant ce slogan islandais: «Ne changeons pas les femmes, changeons la société!» Alors faisons-le avec celle-ci, dans son ensemble.

Lire aussi:

«Exclure» les hommes le 14 juin? Les avis divergent

La grève des femmes doit-elle être ouverte à tous? Deux femmes défendent le pour et le contre

C'est vrai, les élues ont moins la parole que les hommes

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.