Planter des arbres pour sauver la planète? Pas si simple.

EnvironnementDes chercheurs suisses estiment qu’on pourrait reboiser près de 900 millions d’hectares de la Terre pour réduire de deux tiers notre empreinte carbone.

900 millions d'hectares seraient encore disponibles sur Terre pour le reboisement.

900 millions d'hectares seraient encore disponibles sur Terre pour le reboisement. Image: Pixabay

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Finalement, c’est assez intuitif comme idée. Puisque nous produisons trop de CO2 et que les arbres l’absorbent par la photosynthèse, plantons plus d’arbres. Forts de ce constat, le biologiste Thomas Crowther et son équipe de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) avaient en 2015 déjà décidé de compter les arbres de notre verte planète. Et dénombré 3000 milliards. Leur nouvelle étude, publiée ces derniers jours dans la prestigieuse revue «Science», a estimé au plus précis la couverture actuelle des forêts. Résultat: on pourrait encore planter des arbres sur une surface de 900 millions d’hectares, soit la taille des États-Unis.

Première par son ampleur

«Cette étude est la première par son ampleur», explique Jean-François Bastin, qui l’a dirigée. Les chercheurs ont analysé plus de 78'000 photographies satellites avec une précision au kilomètre carré près. Selon eux, la planète, verte pour le coup, pourrait supporter 4,4 milliards d’hectares d’arbres, contre 2,8 actuellement, soit 1,6 milliard de plus. L’équipe a ensuite retiré de ce nombre les surfaces liées à l’activité humaine, soit les villes et les zones agricoles. Pour arriver à ce chiffre impressionnant de 900 millions d’hectares. Le potentiel de reforestation se situe principalement en Russie (151 millions d’hectares), aux États-Unis (103 millions), au Canada (78 millions), en Australie, en Brésil et en Chine.

Traduisons tout cela en quantité de CO2 absorbée. Et là, ça se complique, car tous les arbres ne font pas le même travail de photosynthèse. «Nous avons obtenu une valeur moyenne en nous basant sur les quatre types principaux de forêts: tropicale, boréale, tempérée et aride.» Les forêts supplémentaires pourraient absorber 205 gigatonnes de carbone, soit deux tiers des 300 gigatonnes qui ont été émises dans l’atmosphère depuis la révolution industrielle. «Même s’il n’est pas le seul, la reforestation est le meilleur outil pour lutter contre le changement climatique», conclut l’auteur principal de l’étude.

Problèmes d’eau

Mais l’équation plus d’arbres = moins de CO2 n’est pas si simple. En 2017, des chercheurs avaient constaté que les eucalyptus plantés en Australie n’absorbaient pas autant de carbone que prévu. D’autres spécialistes rappellent que la sécheresse ou la qualité des sols peuvent limiter l’action de la forêt. Et que chaque forêt est différente. «Le problème, résume le professeur Christian Kull, de l’Université de Lausanne, c’est qu’on plante en gros dans le monde trois espèces d’arbres pour la reforestation, le pin, l’eucalyptus et l’acacia dealbata, qui ont l’avantage de pousser rapidement. Or ces espèces peuvent se montrer invasives. En Afrique du Sud par exemple, où on replante ces arbres depuis cent cinquante ans, les effets sur les réserves d’eau sont aujourd’hui catastrophiques.» Le géographe cite aussi l’expérience du Portugal, où les récents feux de forêt ont libéré en quelques jours dans l’atmosphère tout le carbone emprisonné sur un siècle de reforestation.

Résistance locale

En Chine et au Vietnam, les gouvernements plutôt autoritaires ont imposé la reforestation, avec plus ou moins de succès. «Au Vietnam, ça marche plutôt bien, explique Christian Kull. Les paysans reçoivent des terres pour y entretenir les forêts et vivre de leur revenu.» Il précise dans la foulée que souvent la reforestation n’a pas de raisons écologiques, mais bien plutôt politiques et économiques. «Aux États-Unis par exemple, on pourrait reboiser les pâturages du Kentucky ou du Texas, mais cela se ferait au détriment des bœufs qu’il faudrait déplacer. Il y aurait une forte réticence.» Résistance aussi des populations et ethnies locales auxquelles on imposerait le reboisement. «Imaginez qu’on replante des arbres partout où cela est possible en Suisse. Est-ce que nous sommes prêts à remplacer nos cartes postales des Alpes avec des vaches et des prairies en fleurs par des forêts denses comme au Canada? Voulons-nous vraiment cela?»

Le modèle des chercheurs de l’EPFZ montre ses limites mais a l’avantage de questionner sur des solutions à la crise du climat, à commencer par réduire nos émissions de carbone actuelles. «Soyons clairs, conclut Jean-François Bastin. Si nous plantons des arbres mais que nous continuons à vivre ainsi, cela va juste nous acheter du temps pour changer notre mode de vie.»

Créé: 12.07.2019, 14h44

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