En pleine canicule, les paysans essuient une pluie de critiques

SécheresseAlors qu’elle appelle la Confédération à l’aide, l’agriculture doit faire face à des contradictions. Et ses revendications passent mal à Berne.

Lundi, des alpages du Jura vaudois et des Préalpes ont été approvisionnés en eau par des hélicoptères de l’armée.

Lundi, des alpages du Jura vaudois et des Préalpes ont été approvisionnés en eau par des hélicoptères de l’armée. Image: APA/DIETMAR STIPLOVSEK

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L’agriculture souffre de la sécheresse. Lundi, des hélicoptères de l’armée ont approvisionné en eau des alpages du Jura vaudois et des Préalpes. À Berne, c’est Johann Schneider-Ammann qui vole au secours des paysans. Le ministre de l’Économie a chargé l’Office fédéral de l’agriculture de prendre des dispositions pour soulager la branche (lire l’encadré). Une intervention étatique qui intervient avant que l’Union suisse des paysans (USP) ne présente ce mardi un catalogue de mesures pour aider l’agriculture à affronter cet été de canicule.


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Ces revendications passent mal à Berne. «Au lieu de se plaindre des effets du réchauffement, les paysans devraient s’attaquer à ses causes», tacle dans le «Blick» Jürg Grossen (BE), président du Pari Vert’libéral. Sa critique porte sur la loi sur le CO2, actuellement en traitement au parlement. Un texte censé limiter les changements climatiques et que l’UDC – parti qui se veut proche des paysans – a tenté de renvoyer, puis d’affaiblir.

Plusieurs incohérences

«Mettre tous les blocages sur le dos des paysans serait injuste, réagit Adèle Thorens (Les Verts/VD), mais lorsqu’il a fallu voter l’Accord de Paris pour limiter le réchauffement, il est vrai que plusieurs paysans agrariens manquaient à l’appel. La Confédération doit les aider à s’adapter aux changements du climat, mais eux doivent s’engager pour limiter les causes qui engendrent ces changements. Nous devons aller vers une agriculture moins dépendante des énergies fossiles et réduire les émissions liées à l’élevage. Les élus proches de l’agriculture doivent s’engager en faveur de lois crédibles. Notre génération va subir les premiers effets du réchauffement.»

Isabelle Chevalley (PVL/VD) espère que cette canicule «réveillera les consciences». «Les paysans doivent agir comme des partenaires et ne pas uniquement se tourner vers l’État au moindre problème.» Benoît Genecand (PLR/GE) se demande même si l’agriculture est encore une profession indépendante. «Soit ce sont des entrepreneurs qui assument les risques, soit ce sont des fonctionnaires, et ils font toute la transparence sur leurs revenus.»

Selon lui, la branche croule sous les incohérences. «Ils freinent les accords de libre-échange dès qu’on touche aux droits de douane mais sont prêts à supprimer ces derniers dès qu’il s’agit d’importer du fourrage pour leurs bêtes. Idem pour la recherche. Ils revendiquent des plantes adaptées au déficit hydrique, mais s’opposent aux OGM qui pourraient apporter les solutions.»

Polémique déplacée

En face, la riposte fuse. «La Confédération doit aider l’agriculture lorsque la sécheresse menace son existence», persiste Markus Ritter (PDC/SG), président de l’USP. Directeur de cette dernière, Jacques Bourgeois (PLR/FR) précise qu’il ne faut pas confondre les positions de l’UDC et celles des paysans. «Le milieu agricole ne reste pas les bras croisés. Nous avons diminué de plus de 10% nos émissions de CO2 et mis sur pied une plateforme agro-cleantech.» Jean-Pierre Grin (UDC/VD) assume la position de son parti: «La Suisse veut aller trop vite. Or le changement climatique n’est pas uniquement lié aux émissions de CO2; il y a aussi des changements cycliques.»

Face aux autres critiques, Jacques Bourgeois revendique le statut d’entrepreneur, «mais avec des conditions-cadres définies par l’État». Il ne voit pas de contradiction sur les OGM. «Nous sommes pour la recherche, mais tant que les consommateurs n’en veulent pas, pourquoi faudrait-il lever le moratoire sur les aliments génétiquement modifiés?» Quant aux barrières douanières, il souligne une différence de taille: «Pour le fourrage, nous demandons une levée temporaire en lien avec la canicule. Pour les accords de libre-échange, c’est pour toujours.»

«À entendre les critiques, l’agriculture serait la seule responsable du réchauffement climatique», s’agace Jean-Paul Gschwind (PDC/JU). Pour lui, cette polémique est déplacée, alors que la branche vit un été difficile.

(24 heures)

Créé: 06.08.2018, 22h03

Schneider-Ammann vole au secours de la branche

Alors que les cantons ont déjà pris des mesures pour aider le secteur agricole, c’est au tour de la Confédération d’intervenir.

La principale mesure porte sur l’abaissement des droits de douane sur les importations de fourrage. La sécheresse prolongée entraîne une pénurie dans certaines régions, qu’il est difficile de combler par le reste de la production. Comme la canicule sévit un peu partout en Europe, les prix à l’importation ont grimpé. L’abaissement des droits de douane doit compenser cette hausse et profiter aux paysans.

La deuxième mesure concerne lespaiements directs. Plusieurs cantons ont déjà prévu des dérogations en raison de la sécheresse. Ainsi l’argent peut être versé même si toutes les conditions exigées ne sont pas remplies. Berne invite les cantons à utiliser la marge de manœuvre prévue par la loi.

La sécheresse peut aussi entraîner une lourde charge financière extraordinaire pour les exploitations. Le Département de l’économie rappelle que des prêts peuvent être accordés à titre d’aide aux exploitations.

Enfin, le Conseil fédéral traitera les questions de gestion des risques et d’assurances-récoltes dans le cadre de la future Politique agricole. Une étude est en cours. Les résultats sont attendus pour mars 2019. La Société suisse contre la grêle rappelle pour sa part que 1420 exploitations ont déjà couvert le risque de sécheresse auprès de l’assurance Suisse Grêle. Soit 12% des exploitations. Ce taux monte même à 35% dans le canton de Vaud.

Les pêcheurs sont inquiets

Les paysans ne sont pas les seuls impactés par la canicule. Les métiers du bâtiment souffrent eux aussi. Mais, à la différence des éleveurs, les principales répercussions ne sont pas économiques. «On ne peut pas parler de réel manque à gagner dû à la canicule, constate René Grandjean, secrétaire patronal à la Fédération vaudoise des entrepreneurs. Cependant, on note une baisse de productivité sur certains travaux. En conséquence, les horaires sont modifiés et le travail en début de matinée est privilégié.»
Grâce à cet ajustement, les délais peuvent être respectés.

Même son de cloche du côté de la Fédération suisse de pêche (FSP). Si les professionnels ne perdent pas d’argent directement à cause des grosses chaleurs, ils ont dû adapter leur pratique. «Un pêcheur professionnel m’a raconté qu’à peine sorti du filet, son poisson était déjà chaud, explique Maxime Prevedello, responsable communication de la FSP. Le plus grand défi en cette période de canicule, c’est de maintenir la chaîne du froid. Le stockage en chambre froide est devenu une nécessité.»

L’absence actuelle de conséquences économiques négatives n’empêche pas Maxime Prevedello de s’inquiéter. «Le Rhin a dépassé les 27 degrés, surpassant les températures de 2003. Si le réchauffement climatique se poursuit, on estime que les populations piscicoles pourraient radicalement changer d’ici à 2050. Cela entraînerait notamment la raréfaction de la truite des lacs du Plateau.»

Dessin de presse

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