Le PLR et le PS gagnent, l’UDC stagne et le PDC s’enfonce

Élections fédérales 2019Les élections cantonales de Berne ont confirmé la force ou la faiblesse des grands partis. Analyse avec deux politologues.

<b>Infographie:</b> Philippe Forney<br />
<b>Sources:</b> OFS, <i>NZZ</i>, Arthur Grosjean

Infographie: Philippe Forney
Sources: OFS, NZZ, Arthur Grosjean

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Comment juge-t-on de la forme d’un parti? Il y a bien sûr les sondages. Mais ils ne sont pas fiables car les intentions de vote pour les formations politiques se situent souvent dans la marge d’erreur. Si l’on veut des données plus pertinentes, mieux vaut regarder ce qui se passe concrètement dans les élections cantonales depuis les dernières élections fédérales de 2015. C’est ce que nous avons fait en incluant les élections du parlement bernois de ce week-end.

À dix-huit mois des prochaines élections fédérales, qui tire son épingle du jeu et qui est à la peine? Il suffit de regarder le graphique ci-contre pour en avoir une bonne idée: le PLR et la gauche gagnent, l’UDC s’effrite et le PDC recule. Analyse de ces chiffres avec deux politologues de l’Université de Lausanne, Andreas Ladner et Georg Lutz.

Le PS et les Verts ont retrouvé des couleurs
La gauche avait été sonnée par le glissement à droite lors des élections fédérales de 2015. Depuis, elle retrouve des couleurs comme on l’a vu lors de la spectaculaire victoire contre la réforme fiscale des entreprises. À Berne, le PS sort grand vainqueur (+5 sièges) alors que l’allié Vert recule (-1). Mais dans d'autres cantons, les Verts ont fait de bons scores. Les deux formations totalisent un gain de 24 sièges. Pourquoi? «C’est conjoncturel. Quand il n’y a pas de crise économique, cela profite à la gauche», explique Georg Lutz. Pour Andreas Ladner, «le PS regagne des voix qu’il avait perdues. Cela lui permet de viser les 20% pour les élections fédérales». Le président du PS, Christian Levrat, y voit aussi une nouvelle «injection de motivation» pour 2019 après les succès en Argovie, à Soleure, à Bâle et en ville de Zurich. À noter que le PS ne souffre pas électoralement des affrontements idéologiques entre les socialistes pragmatiques et les utopistes de la Jeunesse socialiste.

Le PLR ramène à lui les brebis égarées
Le PLR est le parti qui engrange le plus de nouveaux sièges depuis les élections fédérales. Il poursuit sur sa lancée victorieuse à Berne (+3 sièges). «Il profite de la stagnation de l’UDC, relève Georg Lutz. Il a trouvé sa niche électorale bourgeoise et se pose comme le parti de l’économie.» Andreas Ladner est nettement plus circonspect. «Le PLR profite avant tout des faiblesses des autres. Il récupère des voix qui étaient parties du côté de l’UDC, du PBD ou des Vert’libéraux. Mais il lui reste à définir vraiment quel type de libéralisme il veut défendre.» Il cite comme exemple de flottement du parti la dernière prise de parole sur la loi sur les jeux d’argent. Les élus parlementaires étaient pour, la base du parti a voté contre ce week-end.

La présidente du PLR Petra Gössi se réjouit, elle, des victoires successives. L’appétit venant en mangeant, elle rêve de détrôner le PS de la seconde place en 2019. Un défi qui semble difficile à atteindre puisque le PLR comptabilise 16,4% des voix alors que le PS se situe à 18,8%. Plus de 2% à «gratter», c’est énorme dans un contexte politique assez calme.

L’UDC perd des voix mais reste à un niveau élevé
L’UDC reste le premier parti mais ne progresse plus. Il recule même mais de façon marginale, vu sa taille électorale. Il perd au total 7 sièges depuis fin 2015 dont 3 à Berne ce week-end. Mais il a surtout vécu une Bérézina à Neuchâtel en avril 2017 (-11 sièges) qui plombe le résultat global. «L’UDC, qui frise la barre des 30% des voix a atteint son potentiel de croissance, estime Georg Lutz. Cela devient très difficile pour elle de mobiliser d’autres électeurs. Soit elle se modère, et elle perd des voix chez les populistes. Soit elle durcit le ton, et là elle effarouche ses électeurs modérés.»

Le politologue voit aussi l’UDC à la peine dans les villes. «Elle est un peu déphasée par rapport à un électorat urbain.» Christoph Blocher, le patriarche de l’UDC, a d’ailleurs remonté les bretelles de son parti à la suite de la défaite à Zurich. Il accuse les élus d’être nonchalants et de se complaire dans leur fauteuil de parlementaire au lieu de mouiller leur chemise pour le parti.

Le PDC toujours sans solution face à son érosion constante
Le PDC a une fois de plus échoué à décrocher un siège au parlement bernois. Son allié sur le plan national, le Parti évangélique, recule de 2 sièges. Le trend pour le PDC est de loin le plus négatif de tous les partis puisqu’il a perdu 25 sièges depuis fin 2015. «A-t-on encore besoin de ce parti?» demande de façon provocante Andreas Ladner. Ce dernier ne voit pas comment il peut résoudre le grand écart entre sa base conservatrice dans les cantons catholiques et son aile moderniste dans les villes.

Pourquoi ces deux ailes ne permettraient-elles pas de voler comme le fait le PS avec ses deux grands courants? «Parce qu’au PDC, les positions idéologiques ne sont pas bien marquées et attractives pour l’extérieur, pense Georg Lutz. Le président Pfister a tenté un moment de brandir les valeurs chrétiennes. Mais on n'en entend plus beaucoup parler dorénavant.» Charles Juillard, candidat à la vice-présidence du PDC Suisse, tente de faire la synthèse pour définir son parti. «Le PDC doit être libéral en économie et social en politique familiale», a-t-il déclaré sur les ondes de la RTS.

Vert’libéraux et PBD ont stabilisé le bateau
Les Vert’libéraux et le PBD savent qu’ils ont mangé leur pain blanc, un temps béni où leur nouveauté et leur fraîcheur faisaient merveille. Après des revers électoraux, ils stabilisent désormais le bateau. Avec plus de succès du côté Vert’libéral que du PBD. Ce dernier a pourtant un motif de satisfaction. Dans son bastion bernois, il a pu garder ses 13 sièges et sa représentante au gouvernement cantonal, Beatrice Simon, sort première élue. (24 heures)

Créé: 26.03.2018, 21h08

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