Les PLR et UDC romandes sauvent la loi sur l’égalité

DiscriminationLes entreprises de 100 employés ou plus devront mener une analyse des salaires. À droite, la désunion a fait pencher la balance.

Contre l'avis de son parti, Céline Amaudruz (UDC/GE) a voté en faveur de la loi sur l'égalité.

Contre l'avis de son parti, Céline Amaudruz (UDC/GE) a voté en faveur de la loi sur l'égalité. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le naufrage n’a pas eu lieu. La loi sur l’égalité résiste. Le Conseil national a voté l’entrée en matière lundi soir. Ce n’était pas gagné. Le PLR et l’UDC – opposé au texte – étant majoritaires à la Chambre basse, ils auraient dû – en théorie – faire capoter le projet. Mais les deux partis ont dû faire face à plusieurs défections: notamment celles de leurs trois élues romandes.

«J’ai été élue par des femmes et elles attendent que je m’engage pour elles», réagit Alice Glauser (UDC/VD). Pour celle qui avait déjà fait pencher la balance en faveur des quotas de femmes dans les conseils d’administration, voter oui lui paraissait évident. «Contrairement à ce que disent les opposants à cette loi, notamment mon parti, l’UDC, la parité n’est pas acquise. Il faut donc agir.»

La Vaudoise a été rejointe par l’autre Romande du parti: Céline Amaudruz (GE). «Je suis libérale sur les questions économiques, et j’ai longtemps espéré que le système allait de lui-même corriger cette inégalité salariale, explique la vice-présidente de l’UDC. Or il faut se rendre à l’évidence, ce n’est pas le cas. Il faut donc envoyer un signal clair aux entreprises». Quitte à se fâcher avec son parti? «J’ai communiqué très tôt à mes collègues mon intention. Ils ont tenté de me faire changer d’avis. J’ai tenu bon, et ils respectent mon choix. Ça fait partie de mon engagement en faveur des femmes.»

«Une sorte d’ISO-genre»

Au PLR, c’est Isabelle Moret (VD) qui s’est démarquée en votant oui. «Aujourd’hui, de nombreuses entreprises font des certificats ISO, il faut voir ce projet comme une sorte d’ISO-genre. Je l’ai fait introduire avec succès dans les entreprises, où je siège dans le conseil d’administration. Ça doit entrer dans les mœurs.»

Comment explique-t-elle cette différence à droite entre des Alémaniques très largement opposés au texte, et des Romands plus ouverts? «Il y a un rapport différent à l’État, répond Isabelle Moret. Ce que j’essaie d’expliquer à mes collègues, c’est qu’il s’agit d’une solution qui reste libérale. L’entreprise ne doit pas divulguer sa politique salariale, mais uniquement les conclusions d’une étude sur les différences liées au genre. L’État se contente de mettre en place un cadre.»

Le message est passé auprès de certains collègues masculins, à l’image de Philippe Nantermod (PLR/VS) qui a donné son aval au texte. «Ma réflexion est la suivante. Soit on pense qu’il n’y a pas de discrimination, et à ce moment, on n’a pas besoin d’avoir peur d’une loi qui ne durera que 12 ans. Soit il y a un problème, et il faut agir, car le problème est important.»

Ces quelques défections se sont ajoutées aux voies unanimes de la gauche – qui bien qu’elle ait critiqué un projet «mou, modéré et maigrichon» – pour reprendre les mots de Mathias Reynard (PS/VS) – a soutenu la loi. Le centre a également fait bloc. Sans doute sous la pression de leurs élues encore remontée par leurs collègues démocrates-chrétiens du Conseil des États qui avaient, dans un premier temps, renvoyé le paquet en commission, suscitant une levée de boucliers sans précédent. «Il ne faut pas être féministe pour accepter un tel projet», a rappelé Christine Bulliard-Marbach (PDC/FR). Manifestation nationale

Examinée deux jours après une manifestation qui a réuni plus de 20'000 personnes à Berne samedi, la loi demande notamment aux entreprises de plus de 100 employés d’effectuer une analyse de l’égalité salariale tous les quatre ans, de la faire vérifier par un tiers et d’informer du résultat. Aucune sanction n’est prévue. 0,85% des entreprises sont concernées par le texte, représentant 45% des employés du pays.

Le débat sur les détails du texte se poursuit ce mardi.

Créé: 24.09.2018, 22h49

Articles en relation

Raphaël Comte, nouveau héros de la cause féminine

Portrait Après son plaidoyer en faveur de la loi sur l’égalité, le PLR s’investit pour une représentation plus équitable des sexes au Conseil fédéral. Plus...

Les mâles PDC ont blousé les femmes sur les salaires

Loi sur l'égalité L’analyse des revenus dans les entreprises a été renvoyée fissa en commission. Un revers pour Simonetta Sommaruga. Plus...

Egalité: le débat du National sur l'entrée en matière

Suisse Après les Etats, c'était au tour du National de se pencher sur la révision de la loi sur l'égalité. L'entrée en matière a été acceptée au grand dam de la droite. Le débat continue. Plus...

Manifestation pour l'égalité salariale à Berne

Suisse L'égalité des sexes est ancrée dans la Constitution fédérale depuis 37 ans et la loi en la matière est en vigueur depuis 22 ans. Mais la réalité n'est pas la même. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 12 décembre 2019
(Image: Bénédicte) Plus...