Les poissons n’aiment pas l’eau propre

EnvironnementLes pêcheurs professionnels dénoncent la baisse du phosphore dans les lacs. Les steps seraient trop efficaces.

Sur le Léman, au large d’Ouchy, un pêcheur professionnel retire ses filets.

Sur le Léman, au large d’Ouchy, un pêcheur professionnel retire ses filets. Image: Chris Blaser

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les poissons préféreraient les eaux sales. Enfin, pas trop quand même. C’est le constat des pêcheurs professionnels qui voient baisser les populations de poissons dans certains lacs et qui attribuent cette évolution à la diminution drastique des taux de phosphore dans les eaux. Après le rejet d’une première motion en 2013 concernant le lac de Brienz, l’Association suisse des pêcheurs professionnels (ASPP) repart à la charge avec une stratégie «PNM» (Pour la pérennité de la pêche professionnelle en Suisse), étayée dans un rapport de 30 pages.

Pour l’essentiel, l’ASPP demande l’organisation d’essais pilotes consistant en une réduction de la déphosphorisation des eaux rejetées par les stations d’épuration et en un suivi scientifique. Les tests devraient être menés dans les lacs des Quatre-Cantons et de Constance ainsi que, éventuellement, dans celui de Brienz.

Président de la Section romande, Ilan Page partage les préoccupations de ses collègues alémaniques, même si le problème est beaucoup moins aigu en Suisse romande. «Bien que des alevins soient régulièrement relâchés dans le lac des Quatre-Cantons, la taille et le volume des prises ne cessent de diminuer. Il n’est plus possible de vivre de la pêche en prenant chaque jour une dizaine de poissons de 15 centimètres au lieu de 25 à 30», explique-t-il.

Ilan Page soutient donc l’idée d’essais pilotes en Suisse alémanique. Pour autant, il s’inscrit en faux contre la notion de lacs «trop propres». «Ce qu’on constate, c’est que les eaux usées sont trop épurées. Mais cela n’empêche pas que des éléments inquiétants comme les métaux lourds ou les PCB subsistent.»

Frédéric Hofmann, chef de la Section chasse, pêche et surveillance dans le Canton de Vaud, partage cette dernière analyse. «L’influence des micropolluants sur les poissons, tels les antibiotiques, les pesticides ou autres produits pharmaceutiques, est probablement sous-estimée et mérite d’être mieux étudiée.»

L’exception romande

De manière générale, Frédéric Hofmann souligne que la pêche vit de bonnes années au niveau des tonnages dans les lacs Léman et de Neuchâtel. «Avec la baisse du taux de phosphore qui joue un rôle d’engrais pour le développement du phytoplancton et de la végétation aquatique, on a assisté à une baisse des populations de perches au profit des corégones (ndlr: féra dans le Léman, palée et bondelle sur Neuchâtel).»

En 2014, les teneurs étaient de 20 microgrammes de phosphore par litre dans le Léman, de 13 dans le lac de Neuchâtel, de 19,5 dans le lac de Morat et de 15 dans le lac de Joux. «Nous sommes donc nettement au-dessus du minimum de 10 microgrammes réclamé par l’ASPP, souligne le chef de section. D’ailleurs, avec les apports dus à la population et aux activités agricoles autour de nos lacs, il ne semble guère possible d’arriver à ces 10 microgrammes avant bien des années. Nous n’avons donc pas les mêmes soucis que les riverains des lacs alpins, naturellement pauvres en intrants comme le phosphore.»

Pêcheur professionnel à Corcelles-près-Concise (VD), Alain Oberson remarque que les prises de bondelles ont baissé d’une trentaine de tonnes l’an passé, par rapport à une moyenne de 180 tonnes au cours des dernières années dans le lac de Neuchâtel. «Mais il est difficile de tirer des conclusions sur une aussi courte période. Depuis trente-deux ans que nous pratiquons la pêche avec mon frère, nous avons connu des hauts et des bas. Par rapport aux années 1990, lorsque le lac était très eutrophisé, la taille des poissons a baissé mais les taux de phosphore restent encore satisfaisants.»

Réactions méfiantes

Du côté des protecteurs de l’environnement, les revendications de l’ASPP sont accueillies avec circonspection. «Sur le fond, Pro Natura est favorable à des lacs aussi naturels que possible, indique Michael Casanova, chef de projet Cours d’eau. La régulation de la composition des eaux doit être confiée à des mécanismes naturels et non à des interventions humaines.» L’association souligne en outre que la teneur en phosphore dans certains lacs demeure très élevée.

Créé: 09.05.2016, 06h59

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.