La police genevoise crée une cellule pour traquer 4500 fuyards

SécuritéDes inspecteurs se spécialisent pour retrouver, jusqu’au bout du monde, ceux qui fuient la prison ou la justice.

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Cela paraît fou. La police genevoise recherche à ce jour environ 4500 personnes en fuite. La plupart doivent exécuter une peine de prison, plus ou moins longue, ou sont mis en cause dans une procédure judiciaire. Le nombre d’individus sous mandat ne cesse d’augmenter depuis cinq ans. Pour faire face à ce phénomène, et rendre la traque plus efficace, la police genevoise a créé au mois de mai une cellule spécifique composée de cinq policiers.

Le projet a mûri pendant des années dans la tête d’un inspecteur chevronné, aux 26 ans de service, Olivier Juillard, désormais chef du Groupe fugitifs. L’un des spécialistes de la mouvance internationale des braqueurs surnommés les Pink Panthers s’est trouvé de nouvelles cibles.

Des spécialistes en appui

«Plus de 2000 personnes sous écrou à Genève se sont évanouies dans la nature. Celles condamnées par un tribunal, pas immédiatement conduites en prison, et qui peuvent en profiter pour déguerpir. Et celles sanctionnées jusqu’à six mois de prison par une ordonnance pénale, mais qui disparaissent avant son entrée en force», explique-t-il. Ces derniers cas ont d’ailleurs explosé depuis l’entrée en vigueur en 2011 du nouveau Code de procédure pénal, lequel rend service aux petits délinquants sans domicile connu...

«S’ajoutent à cela plus de 2000 mandats d’amener concernant des prévenus recherchés pour être auditionnés par le Ministère public», complète-t-il. Il ne faut pas oublier encore quelques évadés de prison.

Dans cette longue liste de fuyards, l’écrasante majorité sont des délinquants de passage à Genève. «Les rechercher, c’est le travail de tout policier, mais notre groupe permet d’être plus proactif et de donner un coup de main aux brigades qui en ont besoin», relève Olivier Juillard.

Quels profils chasser en priorité? «Nous visons surtout les prévenus et les condamnés à plus d’un an de prison. Certains ont disparu de la circulation depuis plus de dix ans.» Les plus recherchés du moment? Quatre meurtriers en cavale, évadés de leur établissement genevois de semi-détention ces dernières années, mais aussi des présumés braqueurs, violeurs et trafiquants de stupéfiants. L’assassin en fuite de la doctorante Valentina, tuée en pleine rue le 11 avril dernier, fait quant à lui partie des dossiers chauds pour lesquels le Groupe fugitifs intervient en appui de la Brigade criminelle.

«Les mecs qui se savent recherchés pour des délits importants ont fui à l’étranger», remarque Olivier Juillard. Les autres restent parfois en Suisse et même à Genève. Ainsi, sur les 4500 mandats inscrits au fichier national Ripol, une centaine ont d’ores et déjà été diffusés à l’international.

Déjà 19 interpellations

Les méthodes de traque? «Les gros poissons essayent de ne pas laisser de traces, en se procurant de faux papiers d’identité, en évitant d’utiliser une carte bancaire, voire un téléphone. Plus leur cavale est longue, plus ils baissent la garde et commettent des erreurs. Nous travaillons avec tous les moyens d’enquête habituels. Nous nous intéressons à leurs relations familiales et amicales», indique-t-il sans vouloir dévoiler de secrets. Il glisse néanmoins que «certains se laissent piéger par égocentrisme en se pavanant sur les réseaux sociaux».

Pour pister de Genève une personne cachée à l’étranger, mieux vaut connaître la procédure internationale et disposer d’un solide carnet d’adresses de policiers à travers le monde, prêts à renseigner rapidement et à monter une opération pour une arrestation. Des connaissances et un réseau que possède Olivier Juillard, travaillant en étroite collaboration avec la police judiciaire fédérale. Ses quatre autres collègues «chasseurs» apportent quant à eux leur expertise en informatique et en filature. L’équipe suivra en septembre une formation auprès de ses modèles: deux brigades spécialisées françaises, mises en avant cette semaine par la RTS.

En trois mois d’existence, le Groupe fugitifs genevois a permis l’arrestation à l’étranger de quatre gros délinquants, dont deux violeurs. Il a interpellé à Genève quinze hommes recherchés pour des délits divers. Il a aussi solutionné une quinzaine d’affaires.

Créé: 11.08.2016, 07h28

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60 000 mandats d’arrêt en Suisse

A Genève, environ 4500 personnes sont actuellement recherchées par la police et la justice. La plupart sont des étrangers non domiciliés en Suisse. Un nombre qui impressionne, même s’il est difficile d’établir des comparaisons avec d’autres cantons.

Au plan suisse, l’Office fédéral de la police recensait en 2015 quelque 59 623 mandats d’arrêt, inscrits au fichier Ripol. Ceux-ci comprenaient aussi les mandats d’arrêt émis par des pays hors espace Schengen signalant à la Suisse la recherche d’une personne. La statistique ne différencie pas les deux types de catégories.

A notre connaissance, seuls les Cantons de Genève et Fribourg ont créé cette année un groupe spécialisé dans la traque des fuyards en tous genres. S.R.

Collaboration: Florent Quiquerez

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