Faire de la politique, pour elle, c’est une nécessité

PortraitLa Verte genevoise, Lisa Mazzone, siège depuis le début de l’année au Conseil des États.

«J’agis avec mes tripes. Le corollaire, c’est qu’il m’arrive d’être démontée si les choses reculent ou n’avancent pas dans la bonne direction, ou si je trouve que je n’ai pas été bonne dans une intervention.»

«J’agis avec mes tripes. Le corollaire, c’est qu’il m’arrive d’être démontée si les choses reculent ou n’avancent pas dans la bonne direction, ou si je trouve que je n’ai pas été bonne dans une intervention.» Image: Patrick Martin

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Verte, féministe, jeune et engagée dans les milieux associatifs: Lisa Mazzone est dans l’air du temps. Mais dans l’austère Conseil des États, où elle siège depuis le début de l’année, ces caractéristiques font plutôt d’elle une exception. En 2019, la Genevoise n’a pas seulement été élue à la Chambre haute. En mai, elle est devenue maman. Assise dans un café branché du bout du lac, elle raconte ses premiers mois dans la maternité et puise dans cette expérience pour défendre l’instauration d’un congé paternité. «Ce qui m’a frappée, c’est de me retrouver seule à la maison avec un nouveau-né encore inconnu. Même si vous êtes une femme émancipée, la société vous rattrape avec des rôles traditionnels.» Son conjoint, lui, a pris deux mois de congé sans solde pour s’occuper de leur fils pendant sa campagne électorale.

Coups de cœur

Qu’il s’agisse de son manque d’ordre, de coups de cœur ou de coups de sang, Lisa Mazzone parle avec sincérité. Les émotions se lisent jusque sur son visage, où un sourire franc peut laisser en quelques secondes la place à un regard pensif, comme lorsqu’elle parle de sa mère, disparue il y a sept ans. «C’est une grosse épreuve pour une jeune fille, qui a été ravivée avec ma propre maternité. Elle est décédée en 2013, juste avant mon élection au Grand Conseil. Nous n’avons pas partagé cette dimension de ma vie.» Silence.

Entre vies privée et publique, la frontière n’est pas hermétique. La trentenaire fait de la politique avec ce qu’elle est. Jusqu’à la souffrance, parfois. «J’agis avec mes tripes. Le corollaire, c’est qu’il m’arrive d’être démontée si les choses reculent ou n’avancent pas dans la bonne direction, ou si je trouve que je n’ai pas été bonne dans une intervention. La gestion des émotions prend beaucoup d’énergie.» Les origines de son engagement? Son père était déjà conseiller municipal écologiste et sa famille avait adopté un mode de vie «en adéquation avec ses valeurs». Elle a grandi sans télévision et, chez elle, on causait beaucoup. Ses parents étaient biochimistes avant de changer de métier. Son père est devenu installateur en panneaux solaires et sa mère psychiatre.

De la colère à une votation

Avant le militantisme, il y a eu les révoltes. Celle qui était déjà engagée dans l’association des élèves de son collège se souvient de sa colère lorsqu’en 2006, le peuple et les cantons ont accepté la nouvelle loi sur les étrangers et la révision de celle sur l’asile, afin de lutter contre les abus. La même année, elle a fondé le Parlement des jeunes à Versoix. Avec des amis, ils ont pris des contacts, écrit les statuts, créé une assemblée constituante dans la cuisine des Mazzone puis organisé une votation. Ce qui a notamment permis le prolongement du Noctambus jusqu’au bout de la commune de Versoix.

Conseil municipal, Grand Conseil, Conseil national et Conseil des États: la suite s’est enchaînée. Quand elle est arrivée à Berne en 2015, Lisa Mazzone était la benjamine du parlement. Même si on la voit afficher sa détermination souriante dans les médias, sa jeunesse lui donne encore le sentiment qu’elle doit prouver sa légitimité. Sa camarade de parti Adèle Thorens(VD) salue ses capacités d’adaptation et de travail. Carlo Sommaruga (PS/GE), qui siège à ses côtés aux États, y ajoute la détermination et l’exigence. Est-ce lié au passé scientifique de sa famille? Ses quatre grands-parents ont travaillé au CERN – deux physiciens, un ingénieur, une secrétaire – et Lisa Mazzone revendique une forme de rigueur et une volonté de se baser sur les faits.

Droit dans les yeux

La Genevoise assure que sa carrière n’était pas calculée. Elle insiste en vous regardant droit dans les yeux, tout en admettant l’ambition de jouer un rôle et d’influencer les décisions «pour aller vers plus d’égalité et de durabilité». Le dernier passage, celui au Conseil des États, a entraîné plus de changements qu’elle ne le pensait. Le dialogue y est plus important qu’au National, où chacun reste aligné derrière la ligne de son parti. Du coup, les sénateurs peuvent davantage jouer un rôle. «Il faut trouver un équilibre entre cette volonté de compromis et la défense de ses positions.»

«C’est une personne avec qui on peut discuter et qui se montre agréable dans l’échange, résume la conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE). Mais ensuite, elle change rarement sa position, qui est à la gauche de son parti.» Lisa Mazzone est entière, peut-être trop même. Il lui arrive d’être prise de vertige face à l’ampleur des problèmes du monde. Alors, elle essaie d’agir dans son rayon de compétence: «Je fais des choses qui ont du sens pour moi.»

Si elle peut se montrer impatiente ou trop directe avec ses interlocuteurs, elle a récemment fait des compromis dans sa vie privée. Celle qui avait l’habitude de foncer a vu sa vie chamboulée par l’arrivée de son fils, alors qu’elle était en pleine campagne électorale. Elle a dû revoir ses priorités pour passer du temps avec lui. Il y a quatre ans, en arrivant à Berne, elle s’était déjà adaptée en mettant entre parenthèses certains loisirs, comme les visites d’expositions, la danse contemporaine, la céramique, le vélo ou les soirées théâtre. Mais il est deux choses auxquelles elle ne renoncera pas: la lecture et ses amis.

Son compagnon est journaliste en Suisse alémanique, ce qui a également exigé des adaptations. Il a fallu déterminer clairement les domaines dans lesquels chacun est actif. La Verte, qui vit désormais entre Berne et Genève, a abandonné la vice-présidence de son parti pour éviter tout conflit d’intérêts. En déclinant la proposition de se présenter à une coprésidence de son parti, elle a pour la première fois de sa carrière dit non à une proposition. Un pas en arrière pour mieux sauter dans le futur? Lisa Mazzone assure qu’elle ne pense pas aux étapes suivantes. Mais une chose est sûre, elle restera engagée.

Créé: 26.02.2020, 09h49

Bio

1988 Naissance le 25 janvier, à Genève. Trois de ses grands-parents sont italiens et la dernière suisse alémanique. «L’Italie fait partie de mon identité, mais j’ai un rapport assez distant avec elle et j’ai appris l’italien seulement vers 16 ans.»

2008 Elle rejoint les Verts et, trois ans plus tard, elle est élue au Conseil municipal du Grand-Saconnex.

2013 Décès de sa mère. La même année, elle obtient son bachelor en lettres et elle est élue au Grand Conseil genevois.

2014 Elle devient présidente des Verts genevois. Un poste qu’elle va quitter en 2016, pour la vice-présidence du parti national.

2015 Élection au parlement fédéral.

2019 Naissance de son fils, en mai. Élection au Conseil des États en novembre.

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