La politique européenne de Cassis ne tient plus qu’à un fil

BilatéralesLe Tessinois n’a pas réussi à convaincre ses collègues. Le dossier est pris en étau entre l’UDC, Bruxelles et les syndicats.

Si Ignazio Cassis veut toucher aux mesures d’accompagnement, une discussion avec les partenaires sociaux et les cantons semble indispensable. Image: Ennio Leanza/Keystone

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Roberto Balzaretti, le Monsieur Europe de la Confédération, a dû patienter près d’une heure dans le couloir avant de pouvoir s’exprimer. Preuve s’il en fallait que la discussion sur le dossier européen a été longue et compliquée au sein du Conseil fédéral. Mercredi, Ignazio Cassis a dû faire face à plusieurs corapports, l’arme la plus puissante que peuvent déployer les ministres pour contrecarrer les plans d’un collègue.

Résultat des courses: alors qu’une communication sur la question chaude du moment était attendue dans la foulée de cette séance, le Conseil fédéral a fait marche arrière. «La discussion a été entamée, elle se poursuivra. Une information parviendra ultérieurement» s’est contenté de préciser André Simonazzi, porte-parole du Gouvernement. Il faudra sans doute attendre mercredi prochain pour savoir à quelle sauce seront mangées les mesures d’accompagnement, ces garde-fous mis en place par la Suisse pour éviter le dumping salarial.

Si leur avenir est crucial, c’est parce qu’elles constituent des gages pour la gauche et les syndicats. Sans elles, difficile de faire passer la pilule d’un soutien à la libre circulation des personnes. Or, il se murmure avec insistance que cette ligne rouge pourrait sauter si Berne et Bruxelles bloquent dans la dernière ligne des négociations pour un futur accord institutionnel, celui qui doit assurer l’avenir de la voie bilatérale. Cible des attaques de l’UE: la règle des huit jours, soit le délai d’annonce que doit respecter une entreprise européenne si elle veut effectuer un travail en Suisse.

Tout est allé à vau-l’eau
Dans ce dossier, tout est allé très vite à vau-l’eau. En déclarant à la radio alémanique qu’il pouvait réduire ce délai, Ignazio Cassis s’est attiré les foudres des syndicats. Et aujourd’hui encore, ils vocifèrent. «Les mesures d’accompagnement ne sont pas négociables dans un accord institutionnel», réaffirme Daniel Lampart, secrétaire de l’USS. Ce que les syndicats n’acceptent pas, c’est la perspective que l’UE puisse dicter les mesures pour protéger les travailleurs. «Ces décisions doivent être prises de façon unilatérale par la Suisse», ajoute Adrian Wüthrich (PS/BE), président de Travail.suisse.

La communication du Tessinois est surtout pointée du doigt. En faisant ces déclarations dans les médias, il a rompu la confiance. «En envoyant paître les syndicats, il a ouvert un nouveau front», tacle un élu. C’est d’autant plus rageant que son département tentait de les rallier à sa cause. «La libre circulation sans mesures politiques n’a aucune chance, rappelle Carlo Sommaruga (PS/GE). On peut imaginer des adaptations techniques aux règles actuelles. Mais seule une solution qui n’affaiblit pas la situation a une chance devant les syndicats.» La marge de manœuvre est infime.

Discuter avec les cantons
Fragilisée sur sa gauche, l’alliance européenne vacille, alors qu’au même moment l’UDC montre les muscles. Le parti vient d’annoncer avoir suffisamment de signatures pour son initiative qui veut torpiller la libre circulation (voir encadré). Et pour ne rien arranger le calendrier joue contre la Suisse. «Ça devient très compliqué. Il faut négocier d’ici à l’automne, soit avant les élections européennes et fédérales de 2019, explique Laurent Wehrli (PLR/VD).» Et de prendre l’image d’un alpiniste sur une arête. «Il reste possible d’avancer, mais si on trébuche sur le moindre caillou, on tombe dans le vide.» À gauche ou à droite.

Face au pessimisme des politiques, Cenni Najy, chercheur à l’Université de Genève et spécialiste des questions européennes, fait preuve de davantage d’optimisme. «On a fait des avancées sur des points importants, notamment sur le règlement des différends. Les mesures d’accompagnements posent encore problème, mais on peut trouver une solution.» Il est persuadé que la gauche et les syndicats finiront par se rallier.

Il ne reste plus beaucoup de temps à Cassis pour avancer sur ce dossier. S’il veut toucher aux mesures d’accompagnement, une discussion avec les partenaires sociaux et les cantons semble indispensable. «Le but est toujours d’arriver à un accord-cadre d’ici à octobre», répétait-il encore samedi devant l’assemblée du PLR. (24 heures)

Créé: 27.06.2018, 22h12

«Notre initiative du 9 février n’a pas été appliquée»

L’UDC a annoncé ce mercredi avoir récolté 125'000 paraphes depuis mi-janvier pour son initiative «de limitation» visant à résilier l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE et l’AELE. Interview de la vice-présidente, Céline Amaudruz.



– Les signatures ont été réunies en un temps record. Avez-vous déployé des moyens supplémentaires par rapport aux précédentes initiatives?
– Les moyens ont été identiques mais la réponse du citoyen sans discussion, y compris en Suisse romande! Ce succès rapide montre que la libre circulation est un thème qui préoccupe.

– Voulez-vous renégocier l’accord ou le supprimer?
– Tout est envisageable. Soit les négociations aboutissent à un nouvel accord dans lequel chacune des parties peut se retrouver, soit il doit être dénoncé.

– Pourquoi s’attaquer à cet accord alors que le taux de chômage en Suisse est au plus bas et que les entreprises peinent à recruter du personnel qualifié?
– Dans la pratique, les entreprises pourront toujours aller chercher les personnes qualifiées là où elles se trouvent, il n’y aura donc pas d’incidence sauf que lorsque le personnel se trouve en Suisse, il aura la priorité sur les travailleurs étrangers.

– Le modèle de préférence «light» adopté suite à l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse» accorde déjà la priorité aux travailleurs suisses…
– Justement, c’est une préférence «light». Notre initiative acceptée le 9 février 2014 n’a pas été appliquée. C’est pourquoi nous en avons relancé une.

– Les enquêtes montrent que les Suisses rechignent à effectuer les activités les moins qualifiées. Qui effectuera ces tâches?
– Dénoncer la libre circulation n’équivaut pas à fermer les frontières mais à choisir qui peut les franchir. On a l’impression que l’économie va s’arrêter dès lors que peuple et cantons auront accepté le texte, c’est rigoureusement faux. La Suisse n’a pas attendu la libre circulation pour faire tourner l’économie.

– Le président de l’UDC a dit au «Blick» que le texte ne menaçait pas l’ensemble des Bilatérales. Or la clause guillotine lie les sept accords des Bilatérales I. L’UDC ne dit-elle pas la vérité aux Suisses?
– L’UDC dit précisément la vérité aux Suisses contrairement aux europhoriques béats qui considèrent qu’il convient de tout accepter. On nous annonce à chaque fois une catastrophe en cas de désaccord comme le font déjà les partisans de l’adhésion au sujet de la directive sur les armes qui jettent aux orties une tradition et un sport nationaux. Il s’agit de négocier et de ne pas simplement se coucher.

Benjamin Keller

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