Chacun doit être présumé donneur d’organes

SantéLe Conseil fédéral veut changer de modèle, tout en continuant de consulter les proches des défunts.

Alain Berset se montre prudent en raison des questions éthiques qui sous-tendent le débat sur le don d’organes.

Alain Berset se montre prudent en raison des questions éthiques qui sous-tendent le débat sur le don d’organes. Image: Keystone

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C’est un débat très délicat que le Conseil fédéral a ouvert vendredi. Suivant l’initiative populaire de la Jeune Chambre Internationale Riviera «Pour sauver des vies en favorisant le don d’organes», il plaide pour un changement de système. Aujourd’hui, celui qui veut donner ses organes en Suisse doit l’indiquer expressément. S’il ne le fait pas ou si sa volonté n’est pas claire, il revient à ses proches de prendre la décision au pire moment.

Le gouvernement veut inverser le paradigme: dès 16 ans, qui ne souhaite pas donner ses organes devrait l’indiquer dans un «registre des refus». Mais le Conseil fédéral ne suit pas pour autant les initiants en tous points.

«L’initiative demande que le modèle du consentement présumé soit introduit au sens strict. Nous voulons l’élargir, explique le conseiller fédéral Alain Berset. Nous disons que la discussion avec les proches doit avoir lieu.» Il a ainsi mis un contre-projet indirect en consultation.

«Le système du consentement présumé permet d’augmenter la part de dons, on l’a vu dans d’autres pays européens»

La nuance est mince. Et les initiants, de jeunes citoyens de la Riviera vaudoise, parrainés par des élus de tous bords, sont positifs: «Cela va clairement dans le bon sens, affirme Julien Cattin, président du comité d’initiative. Le Conseil fédéral propose le consentement présumé, comme nous. Il nous rejoint aussi sur ce que nous prônons depuis le début, à savoir qu’en cas de doute, la consultation des proches est nécessaire. Par rapport au registre, cela va aussi dans le bon sens.»

Alain Berset le reconnaît toutefois: le modèle qu’il propose n’est pas une révolution. Le dernier mot reviendrait toujours aux proches. Mais le socialiste pense que le consentement présumé permettrait de leur enlever un poids sur la conscience. «De concert avec un plan d’action, le système du consentement présumé permet d’augmenter la part de dons, on l’a vu dans d’autres pays européens», relève-t-il. S’il avance prudemment, c’est par respect pour les questions éthiques qui sous-tendent le débat et aussi parce qu’en Suisse, les chiffres et sondages concernant le don d’organes montrent des contradictions.

Plusieurs options ouvertes

«Nous avons un taux de don d’organes plutôt bas en comparaison européenne, malgré le plan d’action lancé en 2013 et malgré les sondages qui indiquent que 80% des Suisses se déclarent favorables au don d’organes sur le fond», relève Alain Berset. Fin 2018, 1412 personnes étaient en attente de transplantation, tandis que 68 personnes sur liste d’attente sont décédées l’an dernier.

Car souvent, la volonté du défunt n’est pas connue. Outre les cartes de donneurs, le registre de la fondation privée Swisstransplant comptait à la fin août 60 253 personnes inscrites, dont 49 782 ont indiqué leur volonté de donner leurs organes. Parmi elles, 6158 Vaudois et 2356 Genevois. Ça reste peu. Aujourd’hui, «dans environ 60% des cas, et dans l’urgence, les proches refusent le don d’organes», précise Alain Berset. D’où la volonté de changer de système. Mais le conseiller fédéral ne préjuge pas aujourd’hui du résultat de la consultation ouverte. «Il faut plusieurs options sur la table pour pouvoir débattre», lance-t-il. La solution préférée par la Commission d’éthique pour la médecine humaine, à savoir un modèle de déclaration où chacun serait appelé à dire régulièrement s’il souhaite ou non donner ses organes, pourrait aussi s’inviter dans la discussion.

Les initiants restent confiants. «Si tous les acteurs suivent la voie tracée par le Conseil fédéral, il y a peu de raisons que l’on maintienne notre texte. Mais c’est trop tôt pour le dire. Nous ne voulons pas d’un consentement présumé «au rabais» et nous irons en votation s’il le faut», assure Julien Cattin.

Créé: 13.09.2019, 19h02

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