«Christoph Blocher va politiser Lausanne Cités»

MédiasLe Zurichois reprend les parts de Tamedia dans les journaux gratuits GHI et Lausanne Cités. Des élus romands réagissent.

Image: Keystone

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Christoph Blocher étend son influence médiatique à la Suisse romande, en achetant les parts du groupe Tamedia dans les journaux gratuits «GHI» et «Lausanne Cités» (50%). En contrepartie, le groupe de presse rachète la «Basler Zeitung» à la société Zeitungshaus, dont le tribun zurichois est l'un des acteurs. Zeitungshaus reprend encore une participation de 65% à la société «Tagblatt der Stadt Zurich», détenue par Tamedia, ainsi que les journaux gratuits «Furttaler» et «Rümlanger» (100% Tamedia).

L'arrivée du tribun zurichois de ce côté de la Sarine suscite des inquiétudes à gauche. «Le risque est évidemment qu'il utilise ces médias gratuits à des fins de propagande», commente Roger Nordmann, président du groupe socialiste au Parlement fédéral. «Christoph Blocher avait dit qu'il ne voulait pas s'étendre en Suisse romande. Apparemment, il a changé d'avis. Cela est peut-être lié au déclin de l'UDC en Suisse romande et à l'absence d'effet Parmelin dans les urnes», glisse-t-il encore.

Interpellation annoncée

«Christoph Blocher est un politicien, et cela pose la question de l'indépendance des médias dans notre région», complète la conseillère nationale Adèle Thorens (Verte/VD). A ses yeux, ce danger est encore plus grand avec des gratuits: «Ils touchent un grand nombre de lecteurs, dont certains ne s'informent pas forcément avec d'autres médias.»

L'écologiste avait déposé une interpellation, l'an dernier à Berne, sur la concentration des médias. «Le Conseil fédéral m'avait répondu qu'avec les bases légales actuelles, il avait la possibilité de réagir. Je vais donc l'interpeller une nouvelle fois pour savoir s'il compte le faire.»

«Tout journal a la ligne éditoriale de son choix, répond le conseiller national Manfred Bühler (UDC/BE). Si cette ligne évolue parce que le propriétaire change, c'est très bien pour la démocratie. La pluralité des opinions a toujours été une bonne chose.»

«Je vous rappelle qu'il y peu, le «GHI» s'illustrait par sa proximité avec le MCG. Le titre n'a pas attendu Christoph Blocher pour faire dans la fronde journalistique», complète le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE). «Christoph Blocher place son argent en homme d'affaires. Si certains veulent jouer à se faire peur avec des scénarios de films d'horreur, ça les regarde. Le fait que Blocher, plutôt que Tamedia, reprenne un média en Suisse romande est un plus pour la diversité de la presse.»

«Il a 100% raison»

Le conseiller national Fathi Derder (PLR/VD), également rédacteur en chef de «L'Agefi», juge pour sa part que le Zurichois a «100% raison» d'investir dans la presse. «Ce secteur a un véritable avenir dans une société où la maîtrise des informations est essentielle. La diffusion des informations est un secteur stratégique et il l'a compris.»

Le Vaudois n'a aucun doute: «Christoph Blocher va politiser ces deux journaux et en faire un outil de diffusion de ses idées.» Cela ne lui pose pas de problème puisqu'il n'y a là aucun secret. «Les lecteurs sauront à quoi s'en tenir et ce sera à eux de décider s'ils veulent lire des articles de la droite populiste.»

Fathi Derder estime que «si Christoph Blocher peut dynamiser ces deux gratuits, c'est une bonne chose». Et d'ajouter: «On peut imaginer que des politiciens de tous bords qui ne les lisaient pas vont maintenant le faire pour connaître les opinions de l'UDC. Cela va enrichir le débat politique régional.»

«Je préfère des hebdomadaires qui tombent en toute transparence entre les mains de Christoph Blocher que des hebdomadaires qui disparaissent, renchérit Olivier Feller (PLR/VD). Cela étant, je doute que ces journaux deviennent des organes de l'UDC et refusent toute interview de personnes n'appartenant pas à la droite conservatrice.»

Craintes pour la diversité

L'annonce de ce mercredi ne concerne pas uniquement la Suisse romande et la conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD) s'inquiète de voir la «Basler Zeitung» dans le portefeuille de Tamedia. «La concentration des médias se poursuit», commente-t-elle, avant de rappeler que cette transaction est soumise à l'aval de la Commission de la concurrence (Comco). «Ce serait bien qu'elle soit un peu plus attentive à la question de la diversité de la presse.»

«Je tiens à cette diversité, mais empêcher une entreprise de racheter un titre paraît compliqué et délicat sous l'angle de l'indépendance des médias», réagit Olivier Feller. Au niveau public, le conseiller national vaudois se dit prêt à renforcer l'aide indirecte à la presse. «Mais ce soutien doit s'accompagner d'un contrat pour éviter qu'il serve à augmenter les bénéfices des entreprises actives dans le secteur et les dividendes de leurs actionnaires.»

Pour Roger Nordmann, «ces manœuvres montrent la nécessité d'un soutien public à la presse écrite payante pour éviter qu'elle soit inféodée à des partis politiques». Le socialiste propose notamment de prélever un nouvel impôt sur les recettes publicitaires que les géants d'Internet installés à l'étranger réalisent en Suisse. «Une taxe de 3% pourrait rapporter 50 millions de francs. Elle serait justifiée puisque ces sites ont siphonné la publicité qui, jusqu'alors, allait dans les journaux.» (24 heures)

Créé: 18.04.2018, 15h10

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