Conseil fédéral: femmes de droite… en marche!

PolitiqueAlors que le Tessinois Ignazio Cassis fait figure de favori, de nombreuses voix s’élèvent pour qu’une femme PLR succède obligatoirement soit à Burkhalter, soit à Schneider-Ammann.

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En marche! Non, il ne s’agit pas de politique française, ni d’Emmanuel Macron. Mais d’une revendication des femmes suisses de la majorité des partis politiques pour qu’une candidate PLR accède au Conseil fédéral. Depuis que Didier Burkhalter a annoncé son départ, c’est en effet un homme qui tient le rôle de favori: le Tessinois Ignazio Cassis, chef du groupe PLR au parlement. Il faut dire que la présidente du parti lui a bien rendu service. Petra Gössi a lourdement insisté sur le critère latin du futur papable au gouvernement, mais a évacué sans états d’âme la question du sexe. Pour elle, pas question d’avoir un «quota femmes».

Critère géographique ou de genre?

Les femmes du parti ne l’entendent pas de cette oreille. Et elles ne comptent pas se laisser impressionner par le critère géographique, qui est répété en boucle par la presse depuis l’ouverture de la course au Conseil fédéral, il y a une semaine. «Si le canton du Tessin n’est plus représenté au Conseil fédéral depuis 1999, les femmes PLR ne le sont plus depuis 1989», tonne l’ancienne présidente du Conseil national Christa Markwalder (PLR/BE), qui siège toujours à la Chambre du peuple. «Le groupe des femmes PLR fixe un ultimatum au parti. Soit nous élisons une femme pour remplacer Didier Burkhalter, soit, si la manœuvre échoue, nous en élisons une obligatoirement lors de la succession de Johann Schneider-Ammann.»

Voilà qui est clair. Cet objectif est largement partagé par les élues de gauche. La conseillère nationale Lisa Mazzone (Verts/GE) trouve «rétrograde» la position de Petra Gössi de ne pas lever le petit doigt pour la cause féminine. «Il est essentiel d’avoir des femmes dans les Exécutifs politiques si l’on veut faire évoluer leur rôle dans la société. Cela a des implications jusque dans le monde économique.» La conseillère aux Etats Liliane Maury Pasquier (PS/GE) déplore aussi la timidité du PLR sur la question: «On a l’impression que ce n’est plus un thème à droite, qu’il y a moins de pression qu’avant. Je rappelle que le Conseil fédéral a connu un temps une majorité féminine.» Aujourd’hui, il n’y a plus que Doris Leuthard et Simonetta Sommaruga.

Le genre au Conseil fédéral, une marotte de la gauche? Non. Au PDC, plusieurs conseillères nationales en sont restées comme deux ronds de flan en lisant les critères PLR pour les papables. C’est le cas d’Ida Glanzmann (PDC/LU): «Moi non plus je ne suis pas pour des quotas femmes. Mais de là à passer la question des femmes sous silence, c’est incompréhensible. Il faut que le PLR aille discuter avec ses candidates potentielles.»

Trois papables latines

Justement, quelles sont les femmes qui se verraient bien au Conseil fédéral? En Suisse romande, la conseillère nationale vaudoise Isabelle Moret et la conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro y réfléchissent déjà. Mais attention, une troisième larrone, qui cumule l’atout Tessin ET femme, vient de sortir du bois. L’ancienne conseillère d’Etat et conseillère nationale Laura Sadis manifeste son intérêt, selon la RTS. Ces trois femmes se gardent bien de se déclarer ouvertement candidate. Pour plusieurs raisons. D’abord elles doivent se déterminer chacune pour savoir si elles ont vraiment envie de se lancer dans l’arène. Ensuite, elles doivent s’assurer du soutien de leur section cantonale. Enfin, elles doivent évaluer la concurrence et sonder leurs soutiens au sein du groupe parlementaire PLR, voire de l’Assemblée fédérale.

Les femmes PLR ne foncent donc pas tête baissée car, si on peut dire, chatte échaudée craint l’eau froide. Il y a un passé plutôt lourd à digérer. En 1989, la seule conseillère fédérale PLR de l’Histoire, Elisabeth Kopp, a été poussée à la démission suite à un appel téléphonique sensible à son mari. En 2003, la conseillère aux Etats bernoise Christine Beerli mordait la poussière face à Hans-Rudolf Merz. En 2009, la conseillère nationale et ancienne conseillère d’Etat genevoise Martine Brunschwig Graf se faisait écarter du ticket pour la succession Couchepin par son jeune collègue Christian Lüscher. Dernier épisode douloureux: en 2011, la conseillère d’Etat saint-galloise Karin Keller-Sutter, portée aux nues par la presse, retombe brutalement sur terre alors que le peu médiatique Johann Schneider-Ammann entre au Conseil fédéral.

Ticket homme-femme?

Ida Glanzmann et Liliane Maury Pasquier souhaitent aujourd’hui un ticket homme-femme pour la succession de Burkhalter. Christa Markwalder ne l’exclut pas mais reste dubitative: «L’histoire nous montre qu’avec un ticket homme-femme, nous avons toujours perdu.» Pour elle, il faut absolument assurer l’élection d’une femme de droite lors de la succession de Burkhalter, ou de Schneider-Amman au plus tard. Lisa Mazzone vole à son secours et propose une solution… radicale. «Le PLR présente au moins une femme pour la succession de Didier Burkhalter. Si cela ne marche pas, lors de la succession Schneider-Ammann, le parti présente alors un ticket composé uniquement de deux femmes.»

Dans les jeux de pouvoirs compliqués pour le Conseil fédéral, les femmes ne sont pas les dernières à jouer tactique. On soupçonne ainsi Karine Keller-Sutter de s’être rapidement retirée de la course la semaine dernière pour mettre toutes les chances de son côté. Si Ignazio Cassis est élu en septembre, elle aura un boulevard pour la prochaine vacance. A l’inverse, les femmes latines doivent secrètement se réjouir du rôle de favori de Cassis. Cela en fait une cible médiatique de choix. Le Tages-Anzeiger le surnomme déjà «Krankencassis» (Cassis maladie) pour son rôle d’élu lobbyiste à la solde des assureurs . (24 heures)

Créé: 21.06.2017, 23h42

La succession Burkhalter

Laura Sadis



Née en 1961, la Tessinoise a un diplôme d’experte fiscale et un parcours politique complet. Elle a siégé au Législatif de la ville de Lugano et au parlement cantonal. Elle est élue au Conseil national en 2003. Mais quatre ans plus tard, elle quitte déjà Berne pour entrer au gouvernement cantonal tessinois. Elle y assume la fonction de cheffe du Département des finances et de l’économie. Elle rendra son tablier en 2015 en se disant fatiguée des jeux politiciens et des attaques, notamment celles de la Lega. Etait-ce reculer pour mieux sauter au Conseil fédéral? En tout cas, elle a le double atout «Tessin et femme» qui pourrait lui permettre de faire tilt dans cette élection. Reste à savoir si elle a l’énergie pour résister dans le chaudron bernois. Certains n’y croient pas et la décrivent comme trop réservée, voire fade.


Jacqueline de Quattro



Née en 1960, licenciée en droit, Jacqueline de Quattro a suivi un parcours de juriste avant de fonder sa propre étude d’avocat. Après avoir été municipale à La Tour-de-Peilz, elle entre au gouvernement vaudois en 2007. Elle y est solidement installée et plutôt appréciée. Mais dix ans, cela fait un bail et elle pourrait succomber aux sirènes de Berne. Surtout qu’elle parle parfaitement le dialecte alémanique puisqu’elle est née et a passé ses jeunes années à Zurich. En tant que ministre, la Vaudoise connaît la Berne fédérale, mais elle n’y a jamais siégé, ce qui constitue un handicap. Elle devra bosser les principaux dossiers pour se mettre à niveau. Si elle se lance dans la course, elle a un gros atout dans sa manche de kimono: elle est ceinture noire 3e dan de judo. Cela va impressionner les vieux mâles de l’Assemblée fédérale.


Isabelle Moret



Née en 1970, cette avocate de formation est bien connue dans la Berne fédérale. Elle est entrée au Conseil national en 2006. Le parti lui a rapidement confié la vice-présidence qu’elle a assumée jusqu’en 2016. Elle a fait son trou en politique en se spécialisant sur les questions sociales et de santé, deux domaines qu’elle maîtrise bien. La gauche lui en veut actuellement pour son opposition résolue à Prévoyance 2020. Mais cela a l’avantage de renforcer son image chez les PLR alémaniques, qui trouvent les Romands trop étatiques. Maîtrisant les trois langues nationales, elle a eu le temps de tisser tout son réseau à Berne. En revanche, contrairement à ses deux concurrentes potentielles, elle n’a pas l’expérience d’avoir dirigé un Département avec de nombreux fonctionnaires.


La succession Schneider-Ammann

Karin Keller-Sutter



Née en 1963, elle a suivi une école de commerce à Neuchâtel et l’école d’interprète à Zurich. Ce qui fait qu’elle parle, entre autres, parfaitement le français. Elle a déboulé sur la scène fédérale en 2010 pour briguer la succession de Hans-Rudolf Merz. Auréolée de son image de «dame de fer» de la sécurité en tant que conseillère d’Etat à Saint-Gall, on la voyait élue face au terne Johann Schneider-Ammann. Grave erreur. Elle perd l’élection mais revient à Berne comme conseillère aux Etats en 2011. Depuis, elle tisse sa toile en silence, élargit sa palette de thèmes politiques et attend son heure. Il y a fort à parier qu’elle sortira bientôt de sa boîte. Avec, cette fois-ci, les atouts cumulés d’être une femme, de connaître le sérail et de représenter la Suisse orientale. Une région absente du Conseil fédéral.


Petra Gössi



Née en 1976, elle a une licence en droit et un diplôme postgrade en criminalité économique. Elle fait du conseil aux entreprises dans le domaine fiscal. Elue en 2016 à la présidence du PLR, elle n’a pas encore réussi à faire oublier son prédécesseur, Philipp Müller. Mais elle devient de plus en plus à l’aise dans son rôle de cheffe, même si elle a dû encaisser un gros revers: la déroute de la réforme fiscale des entreprises (RIE III). Petra Gössi ne nourrit pas une ambition dévorante pour le Conseil fédéral. Elle aurait peu de chances si elle était opposée à Karin Keller-Sutter, notamment en raison de ses lacunes en français. Mais si la favorite de Saint-Gall devait renoncer, alors Petra Gössi pourrait se retrouver sous les projecteurs. La dernière présidente de parti à avoir fait le coup s’appelait Doris Leuthard.

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