Heinz Brand, le favori UDC...par défaut

Election du Conseil fédéralMalgré la profusion de noms avancés, l'UDC cherche toujours la perle rare.

Heinz Brand joue la carte des minorités sur son site Internet.

Heinz Brand joue la carte des minorités sur son site Internet. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Est-ce parce qu’il est Grison? Parce qu’il est le spécialiste des migrations du parti? Depuis des mois, bien avant le raz-de-marée de l’UDC aux élections de dimanche, le nom de Heinz Brand revient comme papable pour défier Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral.

A 60 ans, ce juriste peut se targuer d’un parcours sans faute sous la Coupole. En 2011, il entre au Conseil national. Il devient rapidement l’un des ténors de la Commission des institutions politiques. Normal, diront certains, il a été haut fonctionnaire dans l’Administration cantonale grisonne, où il s’occupait notamment des questions d’asile et d’étrangers. Heinz Brand défend vigoureusement la ligne dure de son parti, tout en se montrant affable et courtois. Il préside la Commission de l’immunité, tandis que Christian Lüscher en est le vice-président. Le Genevois se souvient: «Nous avons eu des cas compliqués. Or il s’est toujours montré objectif, appliqué et consensuel.» Selon lui, Heinz Brand répond donc aux critères de base posés par le PLR – a minima la collégialité – pour être élu en tant qu’UDC au Conseil fédéral.

«Il manque de rayonnement»

Marié à une Grisonne venant d’une vallée italophone du canton, Heinz Brand joue aussi la carte des minorités sur son site Internet, qui distille ses salutations dans les quatre langues nationales. Sensibilité rare pour un UDC alémanique. Il a récemment pris la présidence de SantéSuisse, la faîtière des assureurs maladie, ajoutant de la diversité à son portefeuille d’activités.

Reste que le policé Heinz Brand pourrait pâtir de son image de bourgeois gentilhomme pour siéger dans un Conseil fédéral qui n’en manque déjà pas. «Il manque de rayonnement», souffle une élue bourgeoise. «Je rappelle que les citoyens grisons n’ont pas voulu de lui au Conseil d’Etat», souligne le vice-président du PDC, Dominique de Buman.

A ce stade, il reste malgré tout le favori UDC à la course au siège de la ministre PBD Eveline Widmer-Schlumpf. La commission de sélection mise en place par le parti a certes auditionné une dizaine de candidats, selon les dires du président Toni Brunner. Mais les noms sortis jusqu’à présent dans la presse souffrent tous d’un handicap potentiellement gênant.

Le sénateur schaffhousois Hannes Germann? Trop mou, «ce serait un deuxième Samuel Schmid pour l’UDC», craint un observateur politique. Le conseiller d’Etat zougois Heinz Tännler? Malheureusement pour lui, son passé comme employé de la FIFA pourrait rapidement le mettre dans une position délicate. Les conseillers nationaux Hansjörg Knecht (AG) et Thomas de Courten (BL) restent des Hinterbänkler, des inconnus à Berne. Le premier est de surcroît un pronucléaire primaire, ce qui pourrait jouer contre lui. Quant au populaire pilote d’avion Thomas Hurter (SH), ses antipathies avec l’actuel conseiller fédéral UDC Ueli Maurer pourraient avoir raison d’une candidature à l’interne, avant même qu’il ne puisse défendre ses chances devant l’Assemblée fédérale.

Parmi les jeunes stars, Roger Köppel (ZH) paraît trop frais, tandis que le jeune Thomas Aeschi (ZG), tout droit sorti de Harvard, est vu parfois comme un petit soldat de Christoph Blocher. Quant au chef de campagne Albert Rösti, il a le même problème qu’Adrian Amstutz: il est Bernois. Le gouvernement en compte déjà deux.

Manque de pot pour l’UDC, les candidats «parfaits», selon les critères énoncés par le PLR, qui jouera un rôle-clé dans l’élection du gouvernement, ne sont pas intéressés. Ainsi le sénateur Roland Eberle (TG) ou l’entrepreneur Peter Spuhler (TG), ancien conseiller national influent qui défend les Bilatérales.

Restent quelques outsiders, parmi lesquels Guy Parmelin. Si l’on considère les déclarations récentes des présidents de partis, le conseiller national vaudois semble avoir davantage de chances encore que le favori Heinz Brand (lire ci-contre). Mais il ne se fait pas trop d’illusions, même s’il admet que «le train ne passe qu’une fois». (24 heures)

Créé: 20.10.2015, 06h59

Tony Brunner, le candidat repoussoir

Toni Brunner, le président de l’UDC Suisse, au Conseil fédéral? Le scénario vient d’un certain Christoph Blocher. Le père spirituel du parti appelle de ses vœux une candidature de son poulain, Toni, 41?ans, sept ans de présidence pour une défaite dans les urnes en 2011 et une large victoire compensatoire cette année. Ce scénario a tout l’air d’une diversion, tant le Saint-Gallois n’a aucune chance face à l’Assemblée fédérale. «Toni Brunner ne parle pas un mot de français! s’exclame Christian Lüscher (PLR/GE). Et je ne crois pas qu’il ait envie de devenir conseiller fédéral.»

Par ses carences linguistiques, Toni Brunner est déjà hors jeu. Et s’il peut se targuer d’une expérience stratégique, il n’est pas connu pour ses connaissances de fond des dossiers. Mais enfin, une candidature Brunner repoussoir pourrait avoir l’effet de favoriser, voire d’imposer, le «vrai» candidat en cas de retrait d’Eveline Widmer-Schlumpf
et de ticket à deux noms de l’UDC. (Image: AFP )

Guy Parmelin, l'alibi romand a le bon profil

Guy Parmelin serait le candidat idéal, si l’on en croit le président du PDC, Christophe Darbellay, et son homologue du PS, Christian Levrat. Tous deux disent qu’ils pourraient soutenir un 2e UDC au Conseil fédéral, pour autant qu’il soit Latin. A ce prix-là, le nom de Guy Parmelin s’impose rapidement. Mais le Vaudois n'est pas dupe: «J’ai un intérêt, mais je reste lucide. Les acrobaties de M. Levrat en particulier m’ont un peu fait sourire ces derniers temps. Il y a déjà deux Romands au Conseil fédéral.» Et si, finalement, le bloc de gauche était pris à son propre jeu, avec une candidature Parmelin portée jusqu’au bout? Christian Lüscher (PLR/GE) applaudit: «Ah oui, ce serait fantastique de voir si Levrat et Darbellay sont des personnes sérieuses et crédibles!»

Auditionné par la commission de sélection de son parti, Guy Parmelin se donne encore un temps de réflexion avec sa section avant de confirmer ou non le maintien de sa candidature pour un premier tour interne. (Image: Keystone )

Marco Borrodori, le coup de poket tessinois

Marco Borradori pourrait-il créer la surprise italophone? Depuis le vote du 9 février 2014, il y a à Berne une volonté marquée d’apaisement face au Tessin, mis sous forte pression migratoire. Président du PLR, Philipp Müller admettait récemment que «nous avons un peu oublié le Tessin ces dernières années. Il est important de trouver rapidement un conseiller fédéral pour ce canton.» Problème: l’UDC n’a pas le personnel suffisant au sud des Alpes, où la Lega règne. D’où l’appel à Marco Borradori.

Maire de Lugano depuis 2013 après avoir été conseiller d’Etat, populaire, le léguiste est souvent comparé à Mauro Poggia à Genève: il incarne la face respectable de son parti, soluble dans un gouvernement. «Sa candidature m’étonnerait quand même, il faudrait qu’il devienne UDC», observe Dominique de Buman (PDC/FR). Mais le coup de poker Borradori fait bruisser les rumeurs à Berne pour le retour en grâce d’un canton en manque de reconnaissance. (Image: TI-PRESS)

Articles en relation

L’UDC a cartonné dans les cantons romands

Elections fédérales L'Union démocratique du centre comptera un représentant valaisan et fribourgeois de plus à Berne. Plus...

Les raisons du succès de l'UDC

Elections fédérales Qui a voté pour le parti de Toni Brunner? Comment les voix se sont-elles reportées d'autres formations? Première analyse Plus...

Roi des élections ou «Berlusconi suisse», Roger Köppel divise déjà

Portrait L’élection record du patron de la «Weltwoche» confirme le succès de la nouvelle élite intellectuelle de l’UDC. Plus...

La stratégie UDC pour gagner au Conseil fédéral

Politique Le parti nationaliste avance ses pions pour éjecter en douceur Eveline Widmer-Schlumpf. Analyse des cinq points-clés. Plus...

Le dilemme cornélien d’Eveline Widmer-Schlumpf

Conseil fédéral Battre en retraite ou briguer un nouveau mandat, ne serait-ce que pour mettre la pression sur l’UDC et offrir un vrai choix au parlement: la Grisonne devrait vite trancher. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 14 novembre 2018
(Image: Bénédicte) Plus...