Humiliées, les femmes appellent à la mobilisation

EgalitéCe 8 mars, les féministes descendent à nouveau dans la rue. Mais comment faire bouger les choses au-delà de ce jour?

"A travail égal, salaire égal" revendiquaient les femmes en grève le 14 juin 1991. Vingt-sept ans plus tard, le but n'est pas atteint. Image: Keystone

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La Journée des femmes prend ce jeudi 8 mars une dimension particulière. Il y a le mouvement #MeToo et sa dénonciation du harcèlement qui se poursuit sur les réseaux sociaux. La semaine dernière, un autre événement a mis les Suissesses en colère. Le Conseil des États a renvoyé en commission un projet visant à faire reculer la discrimination salariale avec les hommes. Pour les femmes, c’est une claque. Le principe de l’égalité salariale est inscrit dans la Constitution depuis plus de 35 ans, mais il n’est toujours pas une réalité. Et la différence de revenu entre les sexes reste de 18%, dont 7,4% ne sont pas explicables par des facteurs comme le temps partiel ou la formation.

Les féministes comptent bien ne pas laisser passer l’affront subi mercredi dernier. Elles pourraient même l’utiliser. «Nous avons été humiliées par les conseillers aux États, et il n’y a rien de tel que l’humiliation pour faire réagir. Les sénateurs ne l’ont peut-être pas réalisé», s’exclame la conseillère nationale Ada Marra (PS/VD).

«Une fenêtre pour lutter»

Les élus qui ont bloqué le projet du Conseil fédéral ont été cloués au pilori sur les réseaux sociaux. La conseillère nationale Rebecca Ruiz (PS/VD) avertit dans Le Temps: «Les sénateurs ont peut-être cru que, en dehors de ces murs, comme en d’autres temps, les femmes encaisseraient silencieusement l’affront. Ils se sont trompés.» Et la conseillère fédérale en charge du dossier, Simonetta Sommaruga, lance un appel dans Le Matin Dimanche: «Les femmes suisses ne doivent pas oublier qu’elles n’ont jamais rien obtenu gratuitement. Il faut peut-être se remobiliser, retrouver l’esprit de la grève des femmes de 1991.»

«Des associations se battent pour les femmes, mais la base s’est un peu endormie ces dernières années, renchérit Ada Marra. Je n’ai pas de leçon à donner, mais entre l’actualité suisse et internationale, nous avons une fenêtre pour mener une lutte plus radicale.» Pour la Vaudoise, il s’agit de replacer au cœur du débat la femme en tant que femme, et non en tant que mère ou épouse. «Aujourd’hui, le sujet est davantage abordé pour parler de fiscalité ou de compatibilité entre vies professionnelle et familiale. Nous devons aussi nous battre pour l’intégrité sociale, économique ou physique des femmes.»

Se remobiliser, certes. Mais comment? Dans l’immédiat, des manifestations sont annoncées dans tout le pays ce 8 mars. Et en particulier à Berne, entre 12 et 13 heures. «Le but est d’être plus visibles que les autres années», précise Babette Sigg, présidente des Femmes PDC. Cet appel sera-t-il entendu? L’ancienne conseillère nationale Maria Roth-Bernasconi (PS/GE) avoue que, même si elle s’est toujours battue pour les femmes, elle n’est pas descendue dans la rue tous les 8 mars. Cette année, elle y sera à Genève. «Avec la montée du populisme, les hommes semblent à nouveau oser dire certaines choses. Je suis à la retraite, mais le vote du Conseil des États m’a réveillée!»

Toucher les jeunes

Mais les femmes le savent, ces manifestations ne suffiront pas. Selon Ada Marra, les discussions doivent aussi être menées dans les écoles, pour toucher des jeunes femmes déjà sensibilisées par l’actualité. Les militantes pourraient-elles aller jusqu’à faire grève pour se faire entendre? «Si on réussissait à se mobiliser, cela ferait sens», répond Maria Roth-Bernasconi. Ce «si» est important. C’est lui aussi qui retient Babette Sigg: la démocrate-chrétienne doute que la participation serait suffisante pour atteindre l’objectif souhaité.

Présidente des Femmes PLR, Doris Fiala n’envisage pas une telle action. «Faire grève signifierait revenir à l’époque où les femmes n’avaient pas le droit de vote, estime la conseillère nationale (ZH). Le projet refusé aux États doit encore être débattu au National. La proposition de Simonetta Sommaruga n’est de loin pas exagérée. Je pense que nous devons parler à nos collègues et leur dire qu’ils risquent de perdre des électeurs dans les régions urbaines s’ils ne sont pas plus ouverts.»

Utiliser les réseaux sociaux

Sylvie Durrer pose une autre question: la grève est-elle le moyen à privilégier? Pour la directrice du bureau fédéral de l’égalité, il y a diverses possibilités pour se faire entendre. «Chaque génération doit inventer sa façon d’agir. On voit par exemple qu’au niveau international, la mobilisation s’est faite sur les réseaux sociaux avec le mouvement #MeToo. L’important est que les femmes fassent entendre leur voix, de même que les hommes favorables à l’égalité.»

Internet comme une façon de se battre, mais aussi comme un moyen d’informer, ajoute en substance Maribel Rodriguez. Directrice du Bureau vaudois de l’égalité, elle conclut par un appel: «Les citoyens doivent nous soutenir et pour cela, ils doivent avoir conscience que les droits des femmes sont récents, qu’ils ne sont pas toujours effectifs et qu’ils sont même remis en question.» Comme Ada Marra, elle met l’accent sur les plus jeunes, qui n’ont souvent pas conscience de cette fragilité. Et pour les toucher, elle préconise d’utiliser davantage les réseaux sociaux.

(24 heures)

Créé: 07.03.2018, 06h37

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