«Je suis contre la burqa, mais c'est aux cantons de trancher»

InterdictionLe Conseil des Etats enterre une initiative qui voulait bannir le voile intégral. Le peuple devrait avoir le dernier mot.

La sénatrice Karin Keller-Sutter (PLR/SG) s'est abstenue lors du vote pour ne pas donner l'impression de soutenir le port de la burqa.

La sénatrice Karin Keller-Sutter (PLR/SG) s'est abstenue lors du vote pour ne pas donner l'impression de soutenir le port de la burqa. Image: Keystone

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Pas question de bannir la burqa sur l'ensemble du territoire suisse. Contrairement au National, le Conseil des Etats a rejeté une initiative parlementaire de Walter Wobmann (UDC/SO) qui demandait l'interdiction de se dissimuler le visage. Le refus est avant tout lié à des questions de fédéralisme, puisque la gestion de l'espace public relève de la compétence des cantons. Le débat n'en a pas moins été intense devant la Chambre haute, tant la question du voile intégral suscite la polémique. Au moment du vote, la sénatrice Karin Keller-Sutter (PLR/SG) a préféré s'abstenir. Interview.

Pourquoi vous êtes-vous abstenue sur ce vote?
Je suis absolument contre le port d’une burqa ou d’un niqab. C’est un symbole d’oppression des femmes qui n’a rien à voir avec la religion ou la liberté individuelle. Le problème avec cette initiative parlementaire, c’est qu’elle exige un changement de la Constitution, dans un domaine où la compétence est cantonale. Pour des raisons fédéralistes, je ne pouvais donc pas soutenir ce texte, mais je ne voulais pas non plus le rejeter et donner le signal que je soutenais le port du voile intégral.

Vous préférez que la population tranche? Une initiative populaire est en train d'être lancée…
Si la population est appelée à se prononcer, je respecterai le choix de la majorité. Et je suis bien consciente du risque que ce soit les citoyens qui décident d’inscrire cette interdiction de la burqa dans la Constitution. Il y a en effet beaucoup de craintes vis-à-vis de l’islam radical, et cette votation pourrait servir d’exutoire.

Justement, le Parlement n’aurait-il pas intérêt à régler les choses lui-même pour éviter une campagne houleuse?
Non, je ne suis pas pour un contre-projet à cette initiative populaire. Les cantons concernés ont déjà pris leurs responsabilités. Quinze d’entre eux connaissent déjà des lois qui empêchent de se couvrir le visage. Que pourrait-on faire de plus? S’il reste des problèmes quelque part, il suffit aux autorités de ce canton de prendre leur responsabilité, et de trancher cette question.

Vous ne craignez donc pas une campagne émotionnelle qui pourrait déraper?
Non, cela ne me fait pas peur. La population est capable de discuter sereinement des valeurs, de la Constitution, de s’interroger sur la culture suisse. Je trouve même légitime de le faire. Lors d’un voyage en Arabie saoudite, j’ai abordé la question après que le Tessin a tranché l’interdiction du voile intégral. Et les Saoudiens ont tout à fait compris cette décision, car ils ont l’habitude de se tenir aux règles. (24 heures)

Créé: 09.03.2017, 12h15

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