«La grève, ce n’est pas démodé»

Mouvements sociauxLa Suisse commémore les 100 ans de la grève générale. Et aujourd’hui? Les débrayages restent d’actualité, assure le syndicat Unia dans un ouvrage. Décodage avec un militant.

L’année 1918 a été marquée par de violents conflits sociaux en Suisse, dont l’apogée a été la grève générale, en novembre. Ici, une manifestation sur la Paradeplatz, à Zurich. Le mouvement s’est arrêté après trois jours sans obtenir d’avancées. Mais plusieurs des progrès sociaux qui étaient revendiqués se concrétiseront durant le XXe siècle. Depuis, la Suisse n’a plus connu de telle grève générale. Une explication pourrait être qu’avec la démocratie semi-directe les conflits se résolvent par les urnes. Le mouvement qui s’en rapproche le plus est la grève des femmes, en 1991. Comme il s’agissait d’une grève politique, elle est toutefois absente de la statistique officielle.

L’année 1918 a été marquée par de violents conflits sociaux en Suisse, dont l’apogée a été la grève générale, en novembre. Ici, une manifestation sur la Paradeplatz, à Zurich. Le mouvement s’est arrêté après trois jours sans obtenir d’avancées. Mais plusieurs des progrès sociaux qui étaient revendiqués se concrétiseront durant le XXe siècle. Depuis, la Suisse n’a plus connu de telle grève générale. Une explication pourrait être qu’avec la démocratie semi-directe les conflits se résolvent par les urnes. Le mouvement qui s’en rapproche le plus est la grève des femmes, en 1991. Comme il s’agissait d’une grève politique, elle est toutefois absente de la statistique officielle. Image: Gallas, Zurich, in La Patrie Suisse, numéro 657

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En 2018, la Suisse célèbre les 100 ans de la première et seule grève générale qu’elle ait connue au niveau national. Les commémorations ont débuté il y a quelques jours, avec un colloque à Berne. Une histoire ancienne? Le syndicat Unia assure le contraire. Il revient dans un ouvrage* sur les grèves qui ont marqué le début du XXIe siècle. Andreas Rieger, ancien coprésident d’Unia qui a supervisé cette parution, explique ce que signifient aujourd’hui ces mouvements sociaux pour les syndicats.

Que représente pour vous la grève générale de 1918?
C’est le mouvement syndical le plus fort de l’histoire helvétique. Beaucoup des revendications sociales et politiques émises à cette époque ont été reconnues par la suite. Les ouvriers se sont battus pour une journée de huit heures, qu’ils ont obtenue deux ans plus tard. Ils demandaient aussi l’AVS, qui existe depuis 1948. Sans oublier le droit de vote des femmes, un combat qui a été plus difficile.

Aujourd’hui, la grève, ce n’est pas dépassé?
Depuis le milieu des années 1990, ces mouvements sont au contraire en recrudescence. Depuis la crise économique, les patrons se prêtent rarement à des progrès sociaux. Et les grèves ont repris, que ce soit pour éviter des licenciements ou pour obtenir de meilleures conditions de travail.

Débrayer, ce n’est pas dans l’ADN helvétique!
Jusqu’au milieu du siècle passé, les travailleurs suisses débrayaient aussi souvent que leurs collègues européens. Ce n’est qu’à partir de 1955 que les grèves ont quasi disparu dans notre pays et qu’a commencé l’exception de la paix sociale. Celle-ci a été temporairement troublée dans les années 1970, quand la crise a provoqué des licenciements collectifs. Le calme est revenu avec la haute conjoncture des années 1980. En Suisse, nous avions même une pénurie de forces de travail qui renforçait la position des syndicats. La plupart des questions se réglaient à la table des négociations.

Pourquoi n’y a-t-il plus eu de grève générale depuis un siècle?
La Suisse, comme l’Allemagne ou la Suède, n’a plus cette tradition. Cela peut s’expliquer par le poids des négociations collectives dans les branches. Et par notre démocratie semi-directe, avec la possibilité de lancer un référendum ou une initiative populaire pour exprimer des revendications politiques, comme c’est en général le cas lors de grèves générales.

Les questions légales n’expliquent-elles pas aussi la retenue des Suisses à faire grève?
Des gens pensent que la grève n’est pas permise en Suisse, ce qui n’est pas vrai. Des CCT ont des clauses de paix du travail, qui interdisent aux employés de débrayer tant qu’elles sont en vigueur. Mais cette règle existe aussi à l’étranger, et n’empêche pas tous les mouvements. Je dirais plutôt qu’il y avait une forme de tabou en Suisse. Cela est peut-être lié au fait que, jusqu’en l’an 2000, le droit de grève n’était pas reconnu dans la Constitution. Il était garanti par des accords internationaux que nous avions signés, mais l’inscription dans la loi fondamentale a aidé à lever le tabou.

Vous dites que ces mouvements sont plus nombreux depuis quelques années. Avez-vous des chiffres?
Nous constatons qu’entre 1944 et 1948 il y avait en moyenne 33 grèves par année, contre deux entre 1981 et 1990. Depuis l’an 2000, l’Office fédéral de la statistique recense trois à dix grèves par an (ndlr: les grèves recensées durent au moins une journée de travail). Celles-ci ont impliqué plus de 6000 travailleurs par année – le même chiffre qu’entre 1944 et 1948. En comparaison européenne, il y a peu de grèves en Suisse. Entre 2006 et 2015, 1,8 travailleur sur 1000 a débrayé chaque année en Suisse, contre 123 en France. Mais à la différence d’autres pays, ce nombre a plutôt augmenté.

Les actions enregistrées ces dernières années sont-elles différentes de celles du passé?
La nouveauté, c’est que des employés du secteur tertiaire, des services, font grève. Jusqu’alors, il s’agissait d’ouvriers du second œuvre, de l’industrie ou du bâtiment. Depuis les années 1990, on a vu des mouvements dans des hôtels, une assurance ou des centres de distribution… À côté des ouvriers, des chercheurs qualifiés ont débrayé chez Merck Serono (en 2012 à Genève) ou chez Novartis (en 2011 à Nyon). Cela dit, les événements qui impliquent le plus de personnes sont ceux dans le bâtiment et les services publics. Dans ces grèves modernes, la communication joue un grand rôle. Les grévistes développent leurs symboles et logos, se montrent plus créatifs… Chez Merck Serono, par exemple, il y a eu une flashmob sur une chanson de Michael Jackson. Tout cela est lié au fait qu’il faut communiquer avec l’extérieur et se faire connaître pour obtenir le soutien de la société.

Les Suisses gardent en tête la grève de la Boillat, qui s’est soldée par un échec…
Nous estimons que, parmi les grèves suivies par notre syndicat entre 2000 et 2016, environ 10% n’ont pas du tout atteint l’objectif souhaité. Dans quelque 40% des cas, le but a été largement atteint, et partiellement pour les 50% restants. Comme ces mouvements sont assez rares dans notre pays, ils ont un retentissement particulier dans la société et les médias. Ils font impression et mobilisent souvent les autorités pour chercher une médiation. (24 heures)

Créé: 30.11.2017, 07h04

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