Le Conseil fédéral bouleverse nos vies

Covid-19Le gouvernement décrète la quasi-fermeture de toutes les écoles et l’interdiction des manifestations de plus de 100 personnes. Priorité absolue au combat contre le coronavirus.

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Quand la présidente de la Confédération pénètre vendredi dans la salle de conférence de presse, suivie par Karin Keller-Sutter, Alain Berset et Guy Parmelin, les visages sont graves et tendus. «La situation est difficile et sérieuse, explique dans les trois langues nationales Simonetta Sommaruga. Mais nous avons les moyens d’y faire face sur le plan médical et financier.» Le gouvernement vient de sonner la charge contre la vague de coronavirus qui s’abat sur le pays. Le but? Freiner l’épidémie pour qu’elle ne sature pas le réseau de santé comme en Italie.

Pour ce faire, des mesures «drastiques» sont prises: quasi-fermeture des écoles; interdiction de rassemblement de plus de 100 personnes pour les piscines, centres de loisirs, musées, centres sportifs et stations de ski – et de 50 dans les restaurants, bars et discothèques, personnel compris; filtrage à la frontière sud du pays; aide d’urgence de 10 milliards, etc.

Applicables immédiatement

Les mesures gouvernementales, applicables immédiatement, vont transformer la Suisse. Il faudra travailler, s’amuser, s’instruire, garder ses enfants et veiller sur ses grands-parents autrement. Et, outre les règles d’hygiène de base, toujours cultiver la célèbre «distanciation» sociale. «Pour freiner l’épidémie, il faut ralentir notre vie sociale pendant quelques semaines», conclut Alain Berset, le chef du Département de l’intérieur.

Ce gros coup de massue n’intervient-il pas trop tard? Alain Berset martèle que non: «Nous n’avons pas agi trop tard. Nous avons pris les bonnes décisions, au bon moment pour qu’elles soient efficaces. Il ne suffit pas de décréter des ordonnances politiques si elles ne sont pas comprises et appliquées. Si vous prenez trop tôt une mesure draconienne, la population dirait: «Mais ils débloquent, là!»

Le Conseil fédéral lance aussi un appel solennel à la population à changer son comportement. Il vise notamment les personnes qui prennent le virus à la légère et mettent en danger les personnes à risque que sont les seniors et les malades chroniques. «Ces mesures n’ont un sens que si elles sont respectées», déclare Simonetta Sommaruga.

Écoles fermées, mais…

Les cours et les activités dans les écoles, les hautes écoles et les centres de formation sont interdits jusqu’au 4 avril. Le message pour les parents est clair: gardez vos enfants à la maison. Ce qui équivaut à une fermeture des écoles. Mais pas tout à fait. «Il serait catastrophique que les enfants soient gardés par les grands-parents, qui représentent un groupe à risque», souligne Alain Berset. Voilà pourquoi il demande aux Cantons de prévoir une structure d’accueil à l’école primaire pour les enfants qui ne pourraient pas être gardés par les parents. Mais pourquoi le gouvernement, qui a répété pendant des semaines qu’il ne voulait pas fermer les écoles, s’est-il résolu à le faire? Il a pris connaissance d’une étude du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies qui vient d’être publiée. Elle conclut qu’il faut fermer les écoles, mais ne pas mettre les grands-parents à contribution. Qu’en est-il des crèches? Là, le Conseil fédéral refile la patate chaude aux Cantons. Certains ferment, d’autres laissent ouvert.

Quid des transports?

Toutes ces mesures visent à éviter le plus possible que les gens se trouvent dans des espaces confinés. Or ce dispositif semble souffrir d’un gros point noir: les transports publics. «Ce point a été abordé, rassure Simonetta Sommaruga. Le Conseil fédéral encourage les entreprises à favoriser le télétravail et appelle les employeurs à faire preuve de souplesse pour éviter les heures de pointe.»

Ceux qui le peuvent doivent se déplacer à pied ou à vélo. Il rappelle aussi que des mesures ont été prises pour protéger les chauffeurs. Une offre de base doit être maintenue, estime le Conseil fédéral. L’OFSP recommande par ailleurs de prendre ses distances dans les gares et arrêts de bus. Les personnes qui présentent des symptômes d’une maladie respiratoire ne doivent en aucun cas utiliser les transports publics. Enfin, les trajets de loisirs doivent être évités. CarPostal et les CFF ont déjà annoncé annuler des offres.

Front républicain

C’est suffisamment rare pour être signalé, ce plan est soutenu par tous les partis. «Ça va bouleverser nos vies, mais je fais une entière confiance au Conseil fédéral et j’appelle la population à faire de même, réagit Christian Lüscher (PLR/GE). Nous sommes arrivés au moment M, où nous devons agir.» Roger Nordmann (PS/VD) est du même avis. «Le PS appelle toute la population à suivre ces recommandations. Ça concerne toutes les générations, qui doivent sortir le moins possible. Nous devons non seulement appliquer les règles d’hygiène et de prudence, mais aussi montrer notre solidarité.» Des mesures que Charles Juillard (PDC/JU) qualifie de nécessaires et proportionnées, compte tenu de la gravité de la situation. «Désormais, c’est aux Cantons de s’harmoniser pour éviter la cacophonie.» Pour Céline Amaudruz (UDC/GE), la situation a évolué si vite que le Conseil fédéral devait réagir. «Je salue ces mesures, même si je note des incohérences, notamment sur la tenue de la session parlementaire. Comment peut-on autoriser 246 élus à siéger à Berne, alors qu’on ferme les écoles?» Pour Lisa Mazzone (Verts/GE), «la session ne peut pas se dérouler comme ces deux dernières semaines». Pour le reste, à l’image des élus de tous partis, elle appuie les décisions du Conseil fédéral.

Créé: 13.03.2020, 21h34

Quels droits pour les parents?

A 16 ans Une personne qui ne peut pas faire garder son enfant peut-elle ne pas travailler? Oui, à condition que celle-ci ne soit pas «indépendante» et nécessite une attention parentale, estime Paul Michel, avocat spécialiste en droit du travail. Selon lui, la limite devrait se situer à 16 ans. Un employé peut refuser de devoir faire du télétravail si son enfant a moins de 9 ou 10 ans: on considère qu’en sa présence, il sera difficile de travailler.

La paie Le parent qui s’absente pour s’occuper de son enfant doit être payé, comme le prévoit la loi lorsqu’une personne est empêchée de travailler sans faute de sa part pour l’accomplissement d’une obligation légale – ici, celle d’entretien. Mais la paie n’est garantie que pour une période qui croît en fonction de l’ancienneté. Si la question n’est pas réglée par convention, un collaborateur en première année d’emploi reçoit son salaire trois semaines. De la cinquième à la fin de la neuvième année, c’est trois mois de paie, ainsi de suite.

Garde L’employé doit chercher à réduire l’empêchement et donc des solutions de garde, précise Paul Michel. «Si le conjoint peut, il doit s’en occuper.» Le collaborateur qui reste à domicile ne peut pas être licencié. Combien de temps? «Il n’y a pas de durée fixée par la loi. La limite se trouve dans un éventuel abus de droit par l’employé.» Ces principes s’appliquent aussi aux employés à temps partiel. Ils valent pour tous les contrats suisses, et donc pour les frontaliers. L’avocat n’a pas connaissance de droit à une aide financière pour organiser la garde.
G.S.

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