Les antibiotiques sous surveillance

MédecineLa Confédération étudie la possibilité d’effectuer des contrôles de l’usage de ces médicaments. Les médecins, eux, mettent en place des directives

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Des Nations Unies jusqu’au CHUV ou aux HUG, la guerre contre les bactéries résistantes aux antibiotiques bat son plein. Elle passe aussi par Berne, qui a lancé l’an dernier une stratégie nationale et un programme de recherche sur le sujet (lire ci-contre). Il y a quelques semaines, des représentants de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) se sont encore rendus aux Pays-Bas. Précurseur, ce pays mène des contrôles dans les hôpitaux. Une piste intéressante, selon la Confédération.

Davantage de contrôles?

Ces résistances sont la conséquence d’une mauvaise utilisation des antibiotiques. «Aux Pays-Bas, les contrôleurs surveillent l’usage de ces traitements et la qualité de façon générale, précise Daniel Koch, responsable de la division Maladies transmissibles à l’OFSP. Nous avons l’impression que cela a permis d’améliorer la situation.» En Suisse, un tel mécanisme existe dans le secteur alimentaire, mais pas dans le monde médical. «Nous réfléchissons à l’opportunité d’agir en ce sens», poursuit Daniel Koch, qui confirme une information parue dans Le Matin Dimanche et la SonntagsZeitung.

«Ces résistances augmentent le coût des soins et la mortalité des patients»

Laurence Senn, responsable en hygiène, prévention et contrôle de l’infection au CHUV, s’interroge sur la mise en œuvre d’un tel projet: «Qui effectuerait de tels contrôles? Peu de gens ont cette expertise en Suisse. Et comment dire qu’une prescription est appropriée ou pas? Ce n’est pas tout noir ou tout blanc.» Selon elle, il faudrait davantage sensibiliser les professionnels. Par exemple en diffusant largement les données sur l’utilisation des antibiotiques dans nos hôpitaux.

Consommation en hausse

Ces informations sont récoltées par le Centre suisse pour le contrôle de l’antibiorésistance anresis.ch. Entre 2004 et 2013, la consommation a augmenté de 36%. Ces données, toutefois, concernent uniquement les hôpitaux de soins aigus et sont quantitatives. Ainsi, on ne sait pas quel traitement est choisi contre quelle maladie, explique Laurence Senn. «De temps en temps, un hôpital effectue un tel audit. Mais cela reste local», détaille-t-elle. Stephan Harbarth, du Service prévention et contrôle de l’infection des HUG, ajoute que les quantités varient beaucoup d’une ville à l’autre. «Dans les cantons d’Uri et de Nidwald, elles semblent même insuffisantes en milieu ambulatoire.» Plutôt que des contrôles généralisés, il faudrait selon lui mener des audits dans les régions les plus touchées. Ceux-ci pourraient par exemple être réalisés avec l’aide des pharmacies.

Quel est le bon usage?

Reste une question: quel est le bon usage des antibiotiques? Pour l’heure, il n’existe pas de directive nationale à l’intention des médecins. «Nous prescrivons ceux que nous voulons, du moment qu’ils ont été autorisés par les autorités de surveillance, décrit Laurence Senn. Les seules recommandations sont celles de certains hôpitaux, et elles restent cantonales.» Stefan Kuster, infectiologue à l’Hôpital universitaire de Zurich, ajoute que les établissements moins importants et les médecins de ville, qui traitent d’autres types de maladies, ne disposent souvent pas d’un tel outil.

Elaboration de directives

Le centre national de prévention des infections, Swissnoso, a empoigné ce problème. Avec les associations suisses d’infectiologie et de microbiologie, il prépare des lignes directrices à l’intention de tous les praticiens. Le but est de rendre un avis pour chaque maladie: ce travail devrait se poursuivre jusqu’en 2019 environ. «Les médecins connaissent les indications dans les grandes lignes, précise Stefan Kuster, également responsable adjoint de la recherche et du développement chez Swissnoso. Mais les détails peuvent poser problème et les praticiens prescrivent trop souvent des antibiotiques à large spectre (ndlr: qui augmentent les risques de résistance)

«La seule publication de directives ne suffira pas, poursuit Stefan Kuster. Il faudrait aussi contrôler leur application.» Selon lui, des spécialistes pourraient visiter les hôpitaux ou effectuer des évaluations de cas au hasard. Le Zurichois soutient donc les réflexions actuelles de la Confédération. Et, sans aller jusqu’à parler de sanctions, il estime que les cantons pourraient être informés des résultats de ces sondages. «Ils auraient alors la possibilité d’agir si les règles n’étaient pas respectées», conclut-il.

Créé: 18.10.2016, 09h08

Des bactéries qui posent de gros problèmes

Quelle est la situation en Suisse? La réponse varie d’un germe et d’une maladie à l’autre. Ainsi, nos hôpitaux ont beaucoup moins de problèmes avec les staphylocoques dorés multirésistants qu’il y a une dizaine d’années. Par contre, les colibacilles multirésistants, comme la bactérie intestinale E. coli de type BLSE, posent problème. «Ces résistances augmentent le coût des soins et la mortalité des patients, précise Stephan Harbarth, des HUG. Cette évolution nous inquiète, mais nous ne sommes pas dans un scénario apocalyptique.»

Au niveau mondial, la situation est en revanche «très mauvaise», complète Daniel Koch, de l’OFSP. Chaque année, plus de 700 000 personnes meurent à cause de ces superbactéries. Le problème, particulièrement vif dans les pays émergents, reste en général régional. «Mais ces bactéries peuvent aussi s’exporter avec les voyageurs ou le transport de marchandises, précise Laurence Senn. Et s’il n’y a pas de mesures de protection, un cas peut entraîner une dissémination assez rapide, par exemple dans un hôpital.»

L’élevage animal est aussi montré du doigt. Selon Stephan Harbarth, les fruits et légumes provenant par exemple d’Afrique du Nord pourraient encore poser problème. Il rappelle qu’une épidémie de gastro-entérite hémorragique due à la bactérie E. coli présente dans des graines germées a fait 47 morts en Europe, en 2011.

Le Conseil fédéral a inscrit cette lutte parmi les priorités de son programme Santé 2020. Une stratégie a été élaborée par l’OFSP, avec les offices fédéraux de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires, de l’agriculture et de l’environnement. Un programme national de recherche y est aussi consacré, le PNR 72. Il y a quelques semaines, les spécialistes présentaient leurs projets, qui seront sélectionnés prochainement. Stephan Harbarth et son collègue Benedikt Huttner proposent par exemple de développer un programme informatique devant aider les médecins dans leurs prescriptions. Laurence Senn mène aux CHUV une étude qualitative pour savoir quels antibiotiques sont utilisés contre quelles maladies. Lancé l’an dernier, le PNR 72 se poursuit jusqu’en 2023.

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