Les deux initiatives agricoles s’écroulent dans les sondages

AlimentationÀ deux semaines du scrutin, il n’y a plus de majorité ni pour la proposition des Verts ni pour celle d’Uniterre. Les résultats révèlent un Röstigraben.

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Les carottes semblent cuites pour les deux initiatives agricoles soumises en votation le 23 septembre. Selon le dernier sondage Tamedia (éditeur de ce journal), le texte des Verts «pour des aliments équitables» ne recueille plus que 43% d’avis favorables. Celui d’Uniterre pour la souveraineté alimentaire 39%. La chute est vertigineuse. En un mois, le soutien aux deux initiatives s’est effondré d’un tiers (voir graphique).

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Pour Fabio Wasserfallen et Lucas Leemann, les deux politologues qui ont analysé les résultats, «c’est notamment au sein de l’électorat PDC et UDC que le recul a été le plus fort». À noter que le sondage débouche sur un Röstigraben frappant: le oui reste majoritaire en Suisse romande, aussi bien pour l’initiative des Verts (57%) que pour celle d’Uniterre (54%). Une différence culturelle que l’on retrouve souvent sur les thématiques liées à l’alimentation (Cassis de Dijon, traçabilité des produits, etc.).

«Campagne sans scrupule»

Pas de quoi rassurer les initiants, qui accusent le coup. «Ces résultats sont évidemment décevants, réagit Adèle Thorens (Les Verts/VD). Ils sont le fruit d’une campagne sans scrupule de nos opposants qui menacent les citoyens de hausses de prix et falsifient les positions de certains de nos soutiens, comme la Fédération romande des consommateurs.»

La FRC vient en effet de diffuser un communiqué de presse où elle met les points sur les i. «Contrairement à ce que laissent penser les annonces publiées dans la presse par le Comité du 2 x NON, la FRC soutient l’initiative pour des aliments équitables et laisse la liberté de vote concernant celle d’Uniterre.»

Adèle Thorens refuse toutefois de s’avouer vaincue. «Il faut bien que les citoyens se rendent compte que s’ils refusent ces deux textes, la situation ne va pas rester la même qu’aujourd’hui. Il suffit de voir les projets d’accords de libre-échange du Conseil fédéral avec la Malaisie ou les pays de l’Amérique du Sud, qui ouvriront notre marché à de l’huile de palme issue de la déforestation et à de la viande provenant d’élevages industriels. Cette vision est malheureusement partagée par les milieux économiques. Avenir Suisse vise la fin des structures agricoles familiales. Seules quelques vastes exploitations intensives survivraient et on importerait le reste d’exploitations étrangères du même type. Avant de voter, les citoyens doivent se demander quelle agriculture ils veulent, et ce qu’ils souhaitent avoir dans leur assiette.»

Vendredi dernier, Avenir Suisse suscitait en effet la colère des paysans en présentant une vision ultralibérale du secteur. Le think tank arrive à la conclusion que l’agriculture suisse coûte 20 milliards par an, et appelle à une réforme impérative de cette politique agricole, «une des plus coûteuses du monde».

Ce fait de campagne peut-il changer la donne? «Il est possible que certains agriculteurs votent oui pour protester contre Avenir Suisse ou Johann Schneider-Ammann, répond Isabelle Moret (PLR/VD), qui défend un double non. Ce que j’aimerais leur dire, c’est que voter, ce n’est pas pousser un coup de gueule. Les paysans ont tout à perdre en cas de oui. Si les denrées qui viennent de l’étranger sont produites aux normes suisses, comment voulez-vous que nos agriculteurs puissent conserver leur avantage qualitatif, alors que leurs coûts de production sont plus élevés?»

L’argument qui fait mouche

Pour le reste, la Vaudoise se réjouit des résultats du sondage. «C’est encourageant, mais il faut que nous restions mobilisés jusqu’au bout. Les gens ont bien compris que, sous des aspects sympathiques, ces deux initiatives auront des graves conséquences pour les consommateurs. Les produits seront plus chers, puisque nous importons 50% de nos denrées alimentaires, mais il y aura aussi moins de choix. L’État n’a pas à dire aux Suisses ce qu’ils doivent manger et acheter.»

Un argument qui fait mouche, puisqu’il est le premier à être cité par ceux qui s’apprêtent à rejeter le texte des Verts. Concernant l’initiative d’Uniterre, c’est le risque de protectionnisme du secteur agricole qui est mis en avant.

À noter enfin que selon ce sondage, l’article constitutionnel sur le vélo passerait la rampe avec 57% de oui. Cette enquête d’opinion a été réalisée en ligne, 10 230 personnes de toute la Suisse y ont participé entre le 6 et le 7 septembre. (24 heures)

Créé: 12.09.2018, 07h00

Deux textes cousins mais différents

Initiative pour des aliments équitables



Standards de production

En se concentrant sur la production, cette initiative veut développer l’offre en aliments qui respectent l’environnement et les animaux, et qui sont produits dans des conditions de travail équitables.

Aliments suisses

Pour la production indigène, des normes doivent permettre de respecter ces standards.

Importations

Ces prescriptions sont valables pour les denrées importées non transformées ou légèrement transformées. Par exemple, les œufs et la viande provenant d’élevages intensifs industriels ne pourront plus être commercialisés. Pour les autres denrées (comme les pizzas surgelées), cette règle s’appliquera à plus long terme, avec certaines exceptions possibles. Des contrôles seront effectués.

Environnement

L’initiative demande de lutter contre le gaspillage et de promouvoir les produits locaux et de saison.




Initiative pour la souveraineté alimentaire



Politique agricole

Cette initiative veut aussi promouvoir une agriculture indigène et durable. Pour cela, elle met l’accent sur la politique agricole, qui doit être réorientée vers la petite paysannerie.

Conditions de travail

L’État doit garantir des prix équitables, de bonnes conditions de travail et des salaires convenables dans le secteur agricole. II doit favoriser une augmentation du personnel, préserver les surfaces cultivables et harmoniser les conditions de travail des salariés dans tout le pays.

Importations

La Confédération doit veiller à ce que les normes sociales et écologiques appliquées en Suisse vaillent aussi pour les importations. Pour cela, elle peut prélever des droits de douane sur les produits qui ne sont pas conformes ou interdire certaines importations. Cette régulation doit également permettre de développer la production indigène. Il n’y a pas de subventions à l’exportation.

OGM

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont interdits.

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