Les jeunes expriment toujours plus leur mal-être

Santé mentaleSur les réseaux sociaux comme au 147, les questions liées au stress, à l’angoisse ou à l’estime de soi gagnent en importance.

Image d'illustration. Image: KEYSTONE

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«L’anxiété, c’est quand je ne réussis pas à sortir les mots de ma bouche malgré toute ma volonté de dire quelque chose.» Ce message traduit de l’anglais se trouve sur Instagram. Comme en réponse, on peut lire ailleurs: «Faites juste ce que vous pouvez faire aujourd’hui, OK?»

Sur la Toile, on trouve des publications de personnes qui souffrent ou se réjouissent de petites victoires contre leurs troubles psychiques; on trouve aussi des comptes bienveillants qui fournissent des conseils ou hébergent des dessins pour combattre «les fantômes mentaux». Ces bouteilles lancées dans la mer des réseaux sociaux ne sont de loin pas uniques. Sur Instagram, le hashtag «anxiety» enregistre plus de 9 millions de publications, «stress» plus de 4 millions, «insomnia» 3 millions… Parmi ces messages, beaucoup émanent de jeunes. Anxieux ou mal dans leur peau, ils le sont. Et ils le disent.

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Ce phénomène n’épargne pas la Suisse. Les enfants et les jeunes qui ont besoin d’un conseil ou sont en proie à des difficultés peuvent s’adresser à Pro Juventute, notamment en composant le numéro gratuit 147. En 2010, 24,8% de leurs demandes étaient liées au sexe et 12,1% aux problèmes personnels (pensées suicidaires, peur, état dépressif, mauvaise estime de soi…). Sept ans plus tard, ces dernières questions sont devenues le souci numéro un, évoqué dans 29,1% des cas, contre 11,8% pour le sexe.

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Surtout en Suisse romande

Ces difficultés apparaissent davantage chez les Romands (36,5% des requêtes auprès de Pro Juventute en 2016) que chez les Alémaniques (22,8%). Les francophones vont-ils moins bien ou l’expriment-ils plus volontiers? Cela reste un mystère. Mais l’étude Juvenir 4.0, qui interroge régulièrement les Suisses de 15 à 21 ans, confirme cette différence. Selon son édition 2015, les Romands sont plus nombreux à dire qu’ils ont régulièrement le sentiment d’être stressés ou débordés (54,9% contre 43,1% des Alémaniques et 51% des Tessinois). On y apprend également que les filles sont davantage concernées que les garçons (56% contre 37%).

Problèmes de sommeil à 11 ans

«Ces jeunes nous appellent parce qu’ils ne trouvent pas de réponses à leurs questions personnelles sur internet, raconte Laurence Zbinden, l’une des responsables du 147. Ils se sentent seuls face à leurs problèmes et ont besoin d’être écoutés. Ils nous parlent souvent de harcèlement, de pression pour bien faire les choses ou du choix de leur futur métier.» Et s’ils n’évoquent pas forcément des raisons précises, ils décrivent un mal-être. Quelles en sont les conséquences? Selon une étude de 2014 sur la santé des écoliers, 27% des enfants de 11 ans ont des problèmes de sommeil au quotidien ou plusieurs fois par semaine. «Toutes ces difficultés, si elles ne sont pas entendues, peuvent avoir un effet sur l’estime de soi, avertit Monique Ryf, responsable romande de Pro Juventute. Et une personne avec une mauvaise estime de soi aura une vie nettement plus compliquée.»

«Ils nous parlent souvent de harcèlement, de pression pour bien faire les choses ou du choix de leur futur métier»

Le site ciao.ch, qui fournit des informations aux Romands de 11 à 20 ans et répond à leurs questions, offre un autre observatoire de la jeunesse. «On voit que le stress à l’école, l’estime de soi et la façon de gérer les relations entraînent beaucoup de questions», confirme la directrice de l’association CIAO, Marjory Winkler. Sur ciao.ch, les sujets liés à l’estime de soi représentent 10% des pages vues et depuis la semaine dernière, les jeunes peuvent y poser des questions en choisissant ce thème. Marjory Winkler lie cette évolution à une libération de la parole. «Depuis quelques années, on met plus de mots sur certains concepts. Les jeunes ont aussi davantage le droit de dire qu’ils ont peur ou qu’ils sont harcelés.»

La pression de réussir

Les ados d’aujourd’hui vont-ils moins bien que ceux d’hier? Marjory Winkler ne le pense pas, mais Pro Juventute estime que les enfants et les jeunes souffrent de plus en plus du stress. L’organisation mène d’ailleurs depuis l’an dernier une campagne nationale nommée «Moins de pression. Plus d’enfance». «Dans notre société, les changements sont plus rapides que par le passé, ce qui entraîne beaucoup d’incertitudes, détaille Monique Ryf. Les parents s’inquiètent notamment de l’avenir professionnel de leurs enfants.» Du coup, ils leur mettent la pression pour aller le plus loin possible dans leurs études et la place laissée au temps libre ou à l’insouciance se réduit.

La demande augmente

Le sujet, en tout cas, préoccupe. Un sondage publié en septembre par l’Association canadienne pour la santé mentale montrait que, tous âges confondus, 53% des personnes interrogées considéraient l’anxiété et la dépression comme une épidémie dans leur pays. Or celles de 18 à 34 ans le pensaient plus que les autres – avec une proportion de 59%.

À l’instar de ciao.ch ou de Pro Juventute, les professionnels se saisissent de la thématique. «Il se passe quelque chose», conclut Olivier Duperrex. Médecin responsable de la santé scolaire dans le canton de Vaud, il évoque son expérience personnelle: «Dans les congrès internationaux, ces questions de santé mentale deviennent toujours plus importantes. En Europe comme dans le reste du monde, les experts voient la demande augmenter dans ce domaine, tant pour la prise en charge que pour la prévention. Avoir accès à des adultes – dans l’école et en dehors – capables d’écouter, de soutenir et d’orienter ces jeunes est une réponse. Travailler sur le respect et le bien-vivre ensemble aussi.»

Créé: 15.10.2018, 07h12

Les réseaux sociaux «à double tranchant»

Lorsqu’on parle de santé mentale, les réseaux sociaux sont régulièrement montrés du doigt, notamment parce qu’ils amplifient le harcèlement. «Les influenceurs véhiculent en outre une forme de perfection, en la faisant passer pour la normalité. Une étude britannique a montré que cette comparaison avec eux peut être anxiogène», ajoute Stéphane Koch, conseiller en stratégie numérique qui intervient régulièrement dans les écoles. Pour cet expert, l’important est d’apprendre aux adolescents à maintenir une distance critique face à ces outils: «Il faut leur expliquer que tout cela est scénarisé et que les photos sont travaillées. Trop souvent, on néglige cet accompagnement en pensant qu’ils ont un ADN numérique. Mais savoir manier un ordinateur ou un portable ne signifie pas qu’on sait utiliser les informations qu’il fournit.»

De l’autre côté, les réseaux sociaux peuvent soutenir des personnes en proie à des difficultés. «Ils offrent un espace pour exprimer ses problèmes et les réponses vont plutôt dans le sens d’un soutien. L’information et l’humour permettent de mieux faire comprendre ces problèmes de santé mentale», résume Léonore Dupanloup, chargée de communication chez Stop Suicide. Certains réseaux sociaux diffusent aussi automatiquement un message proposant de l’aide si une personne effectue des recherches laissant craindre le pire, en suggérant par exemple d’appeler la Main tendue, au 143.

«En échangeant sur internet avec des inconnus, les jeunes peuvent se sentir plus libres que dans d’autres structures, conclut Marjory Winkler, directrice de l’association CIAO. Mais il y a un manque de contrôle, c’est pourquoi il vaut mieux utiliser des sites sécurisés, que ce soit le nôtre ou un autre.»

Dans la même logique, les infirmières scolaires, les médiateurs et les psychologues peuvent apporter leur soutien, ou encore la ligne ados de Malatavie (022 372 42 42).

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