Les partis Verts sont-ils déconnectés de leur base?

VotationsAlors que la direction des partis écologiste et Vert’libéral appelait à voter non, la RFFA a largement séduit leurs électeurs.

Céline Vara lors de l'assemblée des délégués des Verts à Olten, le 5 mai 2018.

Céline Vara lors de l'assemblée des délégués des Verts à Olten, le 5 mai 2018. Image: Keystone

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Après le carton réalisé dimanche par la RFFA, certains membres des Verts sont en colère. «Combattre ce projet était une énorme erreur, lâche une personnalité influente du parti sous couvert d’anonymat. L’attitude jusqu’au-boutiste, ce n’est pas suisse. Les gens attendent de leurs élus des solutions. Cette tentative populiste et électoraliste de gauche a été totalement contre-productive.»

Les termes sont forts, ils sont à la hauteur du fossé qui sépare la direction des Verts de son électorat. Alors que le Parti écologiste était l’un des leaders à gauche du référendum contre la RFFA, sa base a largement soutenu la réforme, à hauteur de 61%, selon le sondage Tamedia (éditeur de ce journal).


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Plus préoccupant encore, l’argument martelé par les Verts – celui du risque de plomber les finances cantonales et communales avec des effets sur les services publics – n’a pas fait mouche. Il n’est cité que par un quart des personnes interrogées qui ont dit non ce dimanche. En clair, l’opposition de gauche a été inaudible.

«Dossier très complexe»

Ce résultat ne surprend pas Adèle Thorens (Verts/VD). La conseillère nationale avait fait partie des quelques élus écologistes qui avaient décidé de soutenir la réforme au Parlement, contre l’avis du parti. «Moi non plus je ne suis pas satisfaite à 100% de ce compromis. Mais la politique c’est l’art du possible. Nous obtenons malgré tout deux revendications fortes des Verts: la fin des privilèges fiscaux des multinationales et un renforcement de l’AVS. Du coup, je ne suis dès lors pas étonnée que notre électorat ait majoritairement accepté ce deal, même s’il était imparfait.»

Du côté de la direction du parti, on prend note du verdict des urnes, mais on refuse de parler d’erreur stratégique. «Lorsque nous avons pris la décision de lancer le référendum, nous étions largement soutenus par les membres et les sympathisants des Verts, rappelle Céline Vara, vice-présidente des Verts. Ce projet entraînera un important manque à gagner fiscal. Les années qui viennent seront difficiles pour les collectivités. Renoncer à combattre ce projet serait revenu à accepter les futures coupes dans les services publics. Aujourd’hui ce sont nos adversaires qui devront les assumer.»

Comment explique-t-elle que l’électorat n’ait pas été sensible à cet argument? «C’est un dossier très complexe, dont il est difficile de saisir les enjeux. Et en tant que «petit» parti, nous n’avions ni le temps, ni les moyens financiers pour informer de façon suffisamment large. Enfin, la question des deux milliards pour l’AVS a occulté le débat de fond sur l’équité fiscale.»

Craintes écartées

Alors que le parti a le vent en poupe, ce revers aura-t-il des conséquences? «Je ne pense pas, répond Adèle Thorens. Il y aurait un problème si nous nous éloignions de notre électorat sur l’écologie ou sur nos valeurs fondamentales, or ce n’est pas le cas ici.» Et de citer le cas du RBI, revenu de base inconditionnel, où là aussi les Verts n’avaient pas été suivis par la moitié de leur base, sans pour autant que cela génère une crise. «Nos électeurs peuvent accepter que le parti aille parfois un peu plus loin que leurs propres idées.»

Mais il n’y a pas que le Parti écologiste qui se trouve en décalage avec sa base. Les Vert’libéraux semblent également déconnectés. Alors qu’ils ont mené la campagne du non, la RFFA a fait un carton auprès leurs électeurs: 73% de votes favorables à la réforme. Autant dire que leur argument selon lequel on ne peut pas accepter un paquet qui lie AVS et fiscalité n’a pas passé. Au contraire. C’est cette idée de «bon compromis» qui explique en grande partie le oui massif au texte.

Difficile à expliquer

«Notre position n’était pas facile à expliquer, reconnaît Isabelle Chevalley (VD), vice-présidente des Vert’libéraux. Nous étions pour la réforme fiscale, mais refusions le financement supplémentaire pour l’AVS, car cela va compliquer toutes les prochaines réformes des assurances sociales. La gauche va vouloir gagner du temps, alors que nous n’en avons pas».

Pour le reste, Isabelle Chevalley n’est pas étonnée du soutien de la base. «La section vaudoise s’était prononcée pour le oui. Nos électeurs sont moins dans la stratégie politique et plus dans l’action, ils veulent aller de l’avant.» Mais elle reste convaincue qu’il fallait faire entendre cette vision portée par les jeunes du parti qui craignent pour leur retraite, «même si - faute de moyens - ce discours n’a pas été très perceptible».

Créé: 20.05.2019, 15h37

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