Les sénateurs repoussent la sortie de l’ère nucléaire

BerneLe Conseil des Etats ne veut pas fixer de date aux exploitants pour débrancher les réacteurs. Décision irresponsable, selon les antinucléaires.

Les Etats ne veulent pas limiter la durée de vie des centrales nucléaires. Ici, Leibstadt(AR).

Les Etats ne veulent pas limiter la durée de vie des centrales nucléaires. Ici, Leibstadt(AR). Image: Keystone

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Douche froide pour ceux qui rêvaient d’une sortie rapide du nucléaire. Le Conseil des Etats a refusé, mercredi, de poser un ultimatum quelconque aux électriciens pour stopper les réacteurs en activité. Une majorité de sénateurs a décidé que la sécurité était suffisamment garantie comme cela. Le compromis élaboré au Conseil national l’an dernier a été balancé dans la piscine de refroidissement. Il ne prévoyait pas exactement de date butoir, mais forçait l’exploitant d’une centrale, après quarante ans d’activité, à présenter un concept de sécurité complet pour les dix années suivantes. Sur cette base, l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) aurait accordé, ou non, un nouveau permis d’exploitation. Tout a été balayé par la majorité bourgeoise, qui ne garde que l’interdiction de construire de nouvelles centrales atomiques.

Le concept du National aurait amené «encore davantage d’insécurité, notamment pour l’approvisionnement en électricité», a justifié Roland Eberlé (UDC/TG). Un argument a surtout été brandi par la droite: le système de surveillance actuel fonctionne bien. L’exemple de Beznau I a été évoqué plusieurs fois: des irrégularités repérées dans la cuve de pression ont mené à l’arrêt du réacteur, le temps que des investigations soient menées. Doris Leuthard partage cet avis: «L’âge des centrales n’est pas la question car la sécurité pour la population doit être assurée en tout temps. Il faut pour cela que l’Autorité de surveillance ait les moyens de faire son travail, c’est déjà le cas», a estimé la ministre de l’Energie.

«L’âge des centrales n’est pas la question, car la sécurité doit être assurée en tout temps»

Plusieurs élus ont tenté de faire valoir que ce sont les gardiens de la sécurité eux-mêmes qui réclamaient davantage de prérogatives pour contrôler le parc nucléaire. «C’est l’IFSN qui nous demande d’adopter ce concept d’exploitation à long terme. Voulez-vous une autorité de surveillance qui n’ait pas les moyens d’exercer les compétences que nous prétendons lui confier?» a insisté le Genevois Robert Cramer (Les Verts). En vain. Le Genevois demandait aussi, avec Didier Berberat (PS/NE), de limiter la durée de vie des centrales à 50 ans. «En Suisse, nous avons tendance à souffrir d’un complexe de supériorité technique, a plaidé le socialiste. Et les Japonais aussi, avant Fukushima. Nous n’avons pas besoin d’aller jusque-là!»

Initiative des Verts refusée

Ce refus d’agender l’enterrement des centrales fâche les adversaires de l’atome. «Une majorité des sénateurs ont des liens avec une partie de l’économie liée de près ou de loin au nucléaire, voilà le résultat», se désole Christian van Singer (Les Verts/VD), vice-président de l’Alliance «Non au nucléaire». Certes, la loi stipule une interdiction de construire des centrales et une interdiction de retraiter des déchets. Mais elle ne constitue plus vraiment, sous cette forme, un contre-projet à l’initiative des Verts «Sortir du nucléaire». Cette dernière, qui demande un arrêt des réacteurs après 45 ans, a aussi été rejetée par les sénateurs mercredi soir.

Le paquet Stratégie énergétique 2050 retourne maintenant au National pour les divergences. «Cela pourrait prendre du temps et il n’est pas garanti que nous terminions avant le printemps 2016», prévoit le conseiller national Guy Parmelin (UDC/VD). A titre personnel, il se félicite des décisions prises par les sénateurs. Pendant ce temps, Greenpeace parle de «pur scandale». La guerre autour de l’atome continue. (24 heures)

Créé: 23.09.2015, 22h07

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