Négocié en secret, le compromis de Vera Weber tient le choc

Résidences secondairesL’UDC et le PLR ont décidé en quelques heures d’appliquer l’initiative avec plus de fermeté. Vera Weber savoure une victoire.

Adrian Amstutz, chef du groupe UDC à Berne, en discussion avec Vera Weber.

Adrian Amstutz, chef du groupe UDC à Berne, en discussion avec Vera Weber. Image: Keystone

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Retournement complet au Conseil national! Sous les yeux ébahis de la gauche, l’UDC et le PLR ont soudain décidé, mardi matin, d’appliquer la Lex Weber avec plus de fermeté que prévu. Les présidents de groupe Adrian Amstutz (UDC/BE) et Gabi Huber (PLR/UR) ont plaidé pour renoncer à certaines exceptions. Des affaiblissements de la loi que leurs propres partis avaient pourtant élaborés l’an dernier. En fin de matinée, les groupes PLR et UDC se sont rangés à une quasi-unanimité derrière ce compromis négocié en secret avec Vera Weber. Nombre d’élus hésitaient encore lundi soir sur la marche à suivre.

Le compromis en trois points laissera moins de marge aux propriétaires pour contourner la limitation des résidences secondaires. Plus question, par exemple, d’accorder des permis dans le cas où les appartements sont proposés à la location sur Internet. Ce n’est pas ce que voulait initialement l’UDC, a admis Adrian Amstutz: «Nous avons discuté pendant deux semaines avec Vera Weber, dit-il, cherché activement un accord et fait une pesée d’intérêts.»

Selon l’UDC, il y avait au moins deux choses à gagner dans ce compromis. Premièrement, «la Fondation Helvetia Nostra s’est engagée à ne pas déposer de référendum si les trois exceptions litigieuses sont supprimées par le parlement», explique l’entrepreneur bernois. Deuxièmement, le parti nationaliste peut mettre en avant son souci d’appliquer strictement la volonté populaire. Adrian Amstutz: «Le peuple s’est exprimé et notre parti est celui qui le prend le plus au sérieux, lance-t-il. C’est lui notre patron et pas le Conseil fédéral!»

De quoi susciter des sarcasmes à gauche. «Vous ne donniez guère l’impression de soutenir l’initiative Weber ces deux dernières années, a persiflé Roger Nordmann (PS/VD). Est-ce parce qu’on est en pleine saison du slalom spécial?» Mais, devant tant de bonne volonté à droite, les Verts, le PS et les Vert’libéraux n’avaient plus qu’à retirer leurs propres propositions de minorité. Une majorité leur était acquise.

Vera Weber exulte

Dans la salle des pas perdus, Vera Weber exultait: «Je suis surprise que nous ayons pu trouver un compromis qui fonctionne si bien, avoue la fille de Franz Weber. On est sur le bon chemin pour espérer une application plus correcte de l’initiative. Mais il faudra encore voir ce que votent les Etats.»

Le PDC et le PBD ont refusé de suivre le reste de la droite. «Depuis lundi soir, on ne peut plus compter sur le PLR et l’UDC… Le PDC est le seul et dernier grand parti à défendre les régions de montagne», a lancé Daniel Fässler (PDC/AI). Pour le Valaisan Yannick Buttet, «les autres partis capitulent sans combattre. Ils assumeront leurs choix face au Valais et au canton de Vaud.»

Le poing dans la poche

Jean-René Germanier, lui aussi Valaisan, avoue avoir avalé la potion à grand-peine: «C’est la voix de la raison qui a parlé, parfois il faut lâcher du lest. Heureusement, toutes les exceptions n’ont pas été éliminées.» Autre adversaire de la Lex Weber, Olivier Feller (PLR/VD) ne peut que faire le poing dans sa poche: «La peur du référendum l’a finalement emporté. Ce compromis est acceptable, sauf pour la branche hôtelière.»

Lui aussi membre de la Commission d’aménagement du territoire (CEATE) du National, Guy Parmelin (UDC/VD) a été tenu à l’écart des négociations avec Vera Weber. Il se montre philosophe: «Il faut parfois admettre qu’un compromis, même insatisfaisant, vaut mieux qu’une guerre d’usure. C’est de la realpolitik!»

Malgré les durcissements de la loi acceptés par la droite, la gauche a dû avaler quelques couleuvres, mardi matin matin. Les Verts et les socialistes auraient souhaité renvoyer au Conseil fédéral un projet de loi mité d’exceptions. Proposition rejetée. Cependant, Adèle Thorens, coprésidente des Verts, salue le revirement de la droite: «Ce n’était pas gagné d’avance, avoue la Vaudoise, on va dire que c’est de la magie politique!» Le débat sur la Lex Weber devrait se poursuivre et se terminer aujour­d’hui. Puis il repassera à la moulinette des Etats. (24 heures)

Créé: 03.03.2015, 22h12

Moins de possibilités d'assouplir la loi

Grâce au compromis passé avec Vera Weber, la majorité du Conseil national a renoncé mardi à inscrire trois exceptions dans l’application de la Lex Weber.

Il n’est désormais plus question de construire plus de 20%
de résidences secondaires dans une commune à condition de les proposer à la location sur une plate-forme commerciale.
Plus question non plus de transformer un vieil hôtel
non rentable en résidences secondaires. Le faire pour la moitié de la surface de l’hôtel resterait possible. Un compromis qui surprend la ministre Doris Leuthard: «On peut prévoir des difficultés pour la mise en œuvre d’une telle disposition», prévient la conseillère fédérale. Le Conseil fédéral proposait, lui, d’autoriser la reconversion de la totalité d’un ancien hôtel, tandis que les Etats ne voulaient pas entendre parler d’une telle possibilité.

Plus question, enfin, d’autoriser des résidences secondaires dans des bâtiments «dignes d’être conservés», une notion floue qui autoriserait des interprétations trop larges. Des exceptions ont cependant passé la rampe, mardi. Les nouveaux hôtels pourront créer des logements hors plafond. Et les communes ayant peu de résidences secondaires n’auront pas besoin de dresser un inventaire de leurs logements.

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