«On n'est pas loin d'une solution entre l'UE et la Suisse»

Politique européenneLa délégation parlementaire UE-Suisse rencontre son homologue helvétique cette semaine à Strasbourg. Son président, l'Allemand Andreas Schwab, se veut confiant.

«Nous, députés, devons pousser les gouvernements à réfléchir à la manière de sortir de l’impasse.»

«Nous, députés, devons pousser les gouvernements à réfléchir à la manière de sortir de l’impasse.» Image: Roland Schmid

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Élu CDU au Parlement européen depuis 2005, Andreas Schwab fait partie des rares députés européens à connaître à fond le dossier suisse et s'est distingué dans le passé comme un partisan de la fermeté vis-à-vis de Berne. À 43 ans, ce natif de Rotweil, dans le Bade-Wurtemberg, vient de prendre la présidence de la délégation parlementaire UE-Suisse. Il accueille ce mercredi et jeudi à Strasbourg la délégation AELE-UE du Conseil national, présidée par Hans-Peter Portmann (PLR/ZH). Interview.

M. Schwab, comment abordez-vous cette rencontre avec les parlementaires suisses?
Je me félicite de cette visite. Il est important de se parler directement. Suisses et Européens sont beaucoup plus proches qu’on ne le pense. Nous allons voir comment travailler plus fortement ensemble, avec ce nouvel outil législatif (ndlr, l’accord institutionnel). Nous parlerons aussi du soutien de la Suisse à l’Europe centrale et de l’équivalence boursière.

Justement, le parlement à Berne s’apprête à voter le «milliard de cohésion», sous réserve qu’il n’y ait plus de discrimination. Or la suspension de l’équivalence boursière tant qu’il n’y a pas de ratification de l’accord-cadre est vue en Suisse comme une discrimination. La Commission européenne devrait-elle revoir sa position?
Il faut toujours parler de tout. Il n’y a pas de doctrine de l’UE, mais un gouvernement – la Commission – dirigé par Jean-Claude Juncker, et demain par Ursula von der Leyen. C’est la même chose côté suisse. Il faut que ces gouvernements s’entendent sur une coopération dans l’intérêt des citoyens. C’est la base. Et nous, députés, devons pousser les gouvernements à réfléchir à la manière de sortir de l’impasse.

En Suisse, rien ne bougera sur l’accord-cadre jusqu’au vote sur l’initiative UDC qui s’attaque à la libre circulation des personnes. Cela risque d’avoir des conséquences très concrètes. Par exemple, une disposition de l’accord bilatéral sur la reconnaissance mutuelle expire fin mai. Si elle n’est pas mise à jour, il y aura des problèmes d’exportation et d'importation de certains produits dont la certification ne sera pas reconnue. Comment éviter ce risque ?
La reconnaissance mutuelle est une idée importante que l’on ne veut pas remettre en cause. Les bases sont là. La Suisse doit accepter que le renouvellement de cet accord se fera mieux avec un cadre institutionnel.

En juin, le Conseil fédéral a demandé des clarifications à ce sujet, que la Commission lui demande à son tour de préciser. Comment sortir de l'impasse?
Les clarifications sont possibles. Je veux faire en sorte que l’on trouve une solution qui se base sur un intérêt commun. Le service européen d’action extérieure de la Commission a la capacité de communiquer. Côté suisse, le secrétaire d’État Roberto Balzaretti communique très bien aussi. Peut-être que le ton de la Commission a été trop fort dans le passé. Mais on n’est pas loin d'une solution. La présidente Von der Leyen traite cela avec beaucoup d’attention.

Ursula von der Leyen a choisi de laisser le dossier suisse entre les mains du commissaire Hahn. Un bon choix?
Selon nous, elle a joué sur la continuité, chose que nous partageons et encourageons fortement. C’est un très bon choix, car Johannes Hahn a su, pendant son précédent mandat, prouver ses compétences et assurer une bonne gouvernance de ses fonctions et une bonne gestion de son portefeuille.

Un des points de blocage actuels concerne les mesures suisses de protection du marché du travail. Vous-même êtes vu comme quelqu’un de critique à leur sujet et avez défendu l’application stricte du droit européen. Avez-vous changé de position?
Le seul moyen d’avancer est de clarifier les choses et d’expliquer que le but de l’Union est d’ouvrir les frontières. Il y a beaucoup de mesures possibles pour y arriver. Malheureusement, une partie de la Suisse défend un principe sans dire pourquoi il est nécessaire. Si elle le prouve, on peut discuter. Mais pour l’instant, il n’y a pas de débat sur le fond. C'est un dialogue de sourds.

Mais n'est-il pas légitime de vouloir se protéger contre le dumping salarial?
L’accord sur la table prévoit déjà des solutions équitables et respectueuses de l'ordre juridique suisse. Il n’affecte pas la compétence de la Suisse en matière de détermination des niveaux de rémunération, tout en respectant le rôle des syndicats dans l’application des règles sur les conditions de travail. L’UE et la Suisse partagent de surcroît l’objectif d’un niveau élevé de protection sociale et le principe «à travail égal, salaire égal», que les travailleurs soient Suisses ou Européens.

Percevez-vous une inquiétude dans la région frontalière du Bade-Wurtemberg, d’où vous venez?
Il y a des intérêts contradictoires. Certains disent: on ne peut plus accepter ce qui se passe en Suisse, d’autres veulent au contraire plus de coopération. On retrouve le même dilemme en Suisse. Les choses seraient plus faciles si les citoyens voyaient plus concrètement leur intérêt mutuel avec leurs voisins. Beaucoup de gens en Suisse souhaiteraient aller plus loin dans la coopération, mais pour cela, on a besoin de sécurité. La votation suisse de l’an prochain est importante et j’espère que le résultat sera positif pour la libre circulation.

Autre source de blocage: les aides d’État, dont Bruxelles veut que la régulation se fasse sur la base du droit européen. L’Union peut-elle revenir là-dessus ?
Là aussi, c’est un dialogue de sourds. Il y a une réglementation de l’Union qui aide les États à continuer à soutenir leurs entreprises. Ces aides sont aussi disponibles dans les Cantons. Le débat actuel sur le risque de contentieux est excessif. Nous pouvons arriver à une clarification.

En août, le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, a menacé de fermer la frontière entre la Suisse et l’Allemagne, malgré les règles de l’espace Schengen, à cause de l’immigration illégale. Est-ce un risque?
Nos amis suisses font un travail remarquable dans ce domaine du contrôle des frontières. Les problèmes qui ont amené cette remarque viennent plutôt d’Italie, par où ces gens sont amenés à prendre la fuite vers l’Allemagne. Pour arriver à une solution, il faut de toute façon que l’Italie soit autour de la table.

Comment abordez-vous la suite des discussions avec la Suisse?
Les Suisses sont souverains. La Suisse est souveraine. C’est à elle de décider si elle souhaite maintenir cette excellente relation avec l’UE. Si elle met fin à la libre circulation, elle devra faire face au fait que tous les autres accords tomberont. Si elle ne le fait pas, il est important d’élargir la focale. Certains Suisses nous disent: on ne veut pas du statu quo parce qu’il ne couvre pas assez de domaines. L’accord-cadre faciliterait les choses. Et pour la Commission, c’est une précondition.

Prévoyez-vous de rendre la visite que vous font vos homologues suisses?
Oui, nous irons en Suisse en 2020. Nous espérons trouver, dans un beau cadre, un moment calme pour discuter tranquillement.

Créé: 26.11.2019, 19h00

Un écologiste ami de la Suisse au Parlement

Pour Berne, Sven Giegold est désormais l’autre homme à suivre du côté du Parlement européen. Cet Allemand né aux Canaries il y a 50 ans, élevé dans le Nord de l’Allemagne et député européen depuis 2009, vient d’être élu vice-président de la délégation UE-Suisse. En 10 ans, il s'est taillé une solide réputation auprès de ses homologues, comme de la presse.

«Sven vous rappelle», dit son assistant au téléphone. Et il le fait, toujours. Il appartient à cette famille des Verts nourris de christianisme (il est luthérien) dont les combats contre les excès de la finance ou la surexploitation de la planète s’ancrent dans une éthique de responsabilité. Les Européens seraient trop riches, trop éduqués, trop chanceux, en somme, pour ne pas montrer l'exemple.

Au sujet de la Suisse, il commence à faire entendre une autre musique. «Nous les Verts au parlement européen, nous pensons que l'UE n'est pas assez claire sur la fiscalité et le blanchiment d'argent. Mais d'un autre côté, on peut se demander si c’est la bonne stratégie de mettre une telle pression sur la Suisse. C’est une petite économie ouverte, qui compte beaucoup de travailleurs migrants. Son système fonctionne avec le soutien des partenaires sociaux.» Il admet cependant qu’«en Allemagne certaines entreprises se sentent discriminées» par les règles suisses.

Sans préjuger de la ligne qui sera celle de la délégation présidée par son compatriote chrétien-démocrate Andreas Schwab, ni de la nouvelle Commission von der Leyen, il appelle au pragmatisme. «On doit être raisonnable et essayer de débloquer, sinon on perdra tout par manque de progrès», dit-il.

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