Thierry Apothéloz: «Je veux apporter des solutions aux gens qui n’en ont pas»

Élection du Conseil d’ÉtatFils d’ouvriers, le candidat socialiste est déterminé à accéder au Conseil d’État. Il s’appuie sur son bilan de magistrat à Vernier.

Chouchou des congrès socialistes, Thierry Apothéloz promet de rester le même s’il accède au gouvernement.

Chouchou des congrès socialistes, Thierry Apothéloz promet de rester le même s’il accède au gouvernement. Image: Georges Cabrera

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Thierry Apothéloz, c’est le chouchou des congrès socialistes. Mais le candidat PS, qui se lance pour la deuxième fois dans la course au Conseil d’État, ne veut pas être le seul candidat de la gauche; il aspire à un vrai programme gouvernemental liant toutes les colorations politiques. Arrivé 6e lors du premier tour, il a obtenu à peine un millier de voix de moins que sa collègue sortante Anne Emery-Torracinta. Homme de terrain, fils d’ouvriers et enfant de Vernier, l’ancien travailleur social, qui vit au Lignon, promet de rester le même s’il accède au gouvernement. Interview à la mairie de sa commune, où il œuvre depuis quinze ans à l’Exécutif.

Vous avez échoué pour 1300 voix en 2013, c’est votre ultime tentative. Comment vous sentez-vous à l’approche du verdict?

Motivé, déterminé. Je vais faire campagne jusqu’au 6 mai midi. Je ne lâche rien. Si des signes sont encourageants, je sais ce que c’est que de perdre.

C’était une grosse déception en 2013…

Quand on se lance dans une telle campagne, on est forcément déçu, mais je connaissais les règles du jeu. Comme en sport quand tu finis 4e et que tu échoues au pied du podium. Si j’avais toujours été bien élu au niveau communal, je manquais de notoriété. Et puis après les élections, beaucoup de Verniolans m’ont dit qu’ils n’avaient pas voté pour moi car, contents des changements que j’avais apportés dans leur commune, ils n’étaient pas prêts à me laisser partir. Cette fois-ci, ils savent que mon mandat s’arrêtera, quoi qu’il arrive, en 2020. Et je leur dis: «Si vous êtes fiers de ce que nous avons fait au niveau communal, imaginez ce que nous pouvons faire à l’échelon cantonal!»

Fiers de quoi?

Que l’on parle de Vernier d’une autre manière. Quand je suis arrivé, on la qualifiait de ville poubelle, avec ses dépôts pétroliers et le projet de déplacer le Bureau des autos sur son territoire. Vernier est aujourd’hui devenue une ville novatrice. Lausanne, Neuchâtel, Yverdon, Thônex, Le Grand-Saconnex, pour ne citer qu’elles, s’inspirent de nos correspondants de nuit, qui travaillent à la tranquillité publique de la commune. On n’a pas de copyright, on est heureux de partager nos bonnes idées.

Lesquelles encore?

Notre réseau seniors qui mobilise acteurs publics et bénévoles pour lutter contre l’isolement, mais aussi le projet pilote «Senior plus» visant à leur offrir une aide administrative pour qu’ils évitent les tutelles. Sans oublier les contrats de quartier mis en place en 2005 qui permettent aux habitants, ces experts du quotidien, d’amener de la compétence aux autorités. Concrètement, nous déléguons à la population la gestion d’une enveloppe budgétaire, qui doit servir à des projets collectifs. Pas moins de 286 idées ont ainsi été proposées par la population depuis 2005. Lancy, Carouge, Onex, la Ville de Genève s’en sont inspirées. Citons encore la réhabilitation des Libellules, qui a entraîné la chute des incessants tournus d’appartements et des loyers impayés. Aujourd’hui, les gens veulent y revenir.

Malgré cela, la 2e ville du canton reste la plus précaire. Un aveu d’échec?

Vernier est composée de quartiers populaires, et donc de gens qui vivent de petits revenus, de l’aide sociale. Ceci ne se modifie pas d’un coup de baguette magique. Je remarque quand même que le rapport 2012-2014 du Centre d’analyse territorial des inégalités montre que le chômage recule à Vernier et que nous ne sommes plus le dernier de classe. Mais la population reste vulnérable à Vernier et il faut l’accompagner. Nous croyons à la présence du service public, c’est ce qui me motive à changer d’échelle. En accédant au Canton, je pourrais agir davantage en amont.

Quel département souhaitez-vous si vous êtes élu?

Ce qui m’intéresse le plus, avant la répartition, c’est d’abord de construire un vrai programme de législature afin de rendre le gouvernement collégial et solide. Pour cela, il faut de la confiance, de l’humilité, une volonté partagée. Il faudra ensuite octroyer les départements en fonction des compétences des uns et des autres.

Vous seriez pourtant un faux consensuel! Sous votre air souriant et sympa, on vous dit calculateur. Et vous supporteriez mal la contradiction…

Quand on ambitionne de gouverner, il faut être capable de décider. Et il est vrai que j’ai un caractère déterminé. Mais je ne suis pas autoritaire. Si on veut que la population s’intéresse à la vie publique, on doit pouvoir expliquer nos actions. Or on a parfois de la peine à donner du sens aux décisions. Celles-ci doivent être comprises si on veut obtenir des résultats. Et je suis un homme du résultat, pas de l’utopie. Je veux apporter des solutions aux gens qui n’en ont pas.

En tant que président de l’Association des communes genevoises, vous vous êtes trouvé en porte-à-faux avec le Conseil d’État sur la répartition des tâches Canton-communes. Allez-vous changer votre fusil d’épaule?

Il est vrai que cela a parfois été chaud entre les deux entités. Surtout pour une question de méthode du Conseil d’État qui nous a effectivement rendus méfiants sur d’éventuels transferts financiers de charges. Le gouvernement a changé les règles du jeu en cours de route, usant de directives autoritaires. Alors oui, on est parfois monté aux barricades.


Partenaires de la police

On vous a beaucoup vu avec Pierre Maudet sur les questions de sécurité. N’avez-vous pas peur d’être sa marionnette?

Ce qui m’importe, ce n’est pas de m’afficher en tant que tel avec Pierre Maudet mais de trouver des moyens pour améliorer la sécurité des Verniolans. Sur ce thème, je ne peux pas travailler seul. Du reste, le Conseil d’État a trop fonctionné en silo. Les enjeux genevois sont suffisamment importants pour qu’on travaille ensemble. D’ailleurs, je ne suis pas d’accord avec le rôle d’arbitre que voudrait jouer Mauro Poggia (ndlr: candidat MCG) s’il devait y avoir trois élus de gauche et trois de droite. Cela signifierait qu’il y a deux groupes d’opposition dans le collège et nous aurions alors échoué à créer une dynamique d’équipe.

Vous avez initié le dispositif des correspondants de nuit. Certains le qualifient de méthode Bisounours…

Un rapport d’évaluation externe a montré que ce dispositif est efficace et efficient. On doit penser la sécurité comme un tout. Nous sommes complémentaires avec la police en travaillant sur la tranquillité publique 24 heures sur 24 et non pas sur les violences. Nos correspondants déchargent la police des problèmes de voisinage, de bruit. Elle peut ainsi se concentrer sur ses missions principales. La police elle-même appelle parfois les correspondants de nuit.

On vous reproche de ne pas avoir su préserver les emplois verniolans à Ikea et de ne pas avoir fait venir des entreprises à valeur ajoutée dans la commune…

Nous sommes les seconds couteaux sur le plan de la promotion économique. Nous n’avons aucune compétence pour faire venir telle ou telle entreprise. On subit le tissu économique, on ne le fabrique pas. L’État a doté Plan-les-Ouates des horlogers de luxe et Vernier d’Ikea. Cela dit, on a engagé un conseiller aux entreprises: il fait le lien entre les personnes qui recherchent un emploi et les patrons. Concernant Ikea, cette société engage des Verniolans, même si je regrette qu’elle n’en emploie pas davantage. L.B. et A.VA.

Créé: 28.04.2018, 10h18

Bio express

Naissance
Né le 31 janvier 1971 à Genève, ce fils d’ouvriers a grandi aux Avanchets jusqu’à l’âge de 24 ans. Puis il a passé cinq ans au Locle, comme éducateur dans un foyer pour adolescents, avant de s’installer en 1999 au Lignon. Le candidat des cités…
Politique
Thierry Apothéloz a exercé son premier mandat politique alors qu’il avait 26 ans en tant que conseiller municipal de la Ville du Locle. Siège ensuite au Grand Conseil genevois dès 2001. Quitte ce parlement prématurément en 2003, étant élu au Conseil administratif de Vernier. A été maire à sept reprises.
Également président de l’Association des communes genevoises depuis 2015 (membre depuis 2007) et vice-président de l’Hospice général.
Formation
Travailleur social, il a décroché un bachelor en droit à l’Université de Genève… alors qu’il gérait Vernier depuis huit ans.
Hobby
Thierry Apothéloz «aime beaucoup la photographie» – il a ouvert un compte Instagram à cet effet. Et le Portugal. L.B.

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