À l’UDC, personne ne lynche son président démissionnaire

SuisseMalgré un bilan en demi-teinte, les membres de son parti s’accordent à dire qu’Albert Rösti a «fait le job».

Conseiller national le mieux élu cet automne, le Bernois de 52ans dit tirer les leçons du recul de son parti.

Conseiller national le mieux élu cet automne, le Bernois de 52ans dit tirer les leçons du recul de son parti. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quatre ans et puis s’en va. Dès le printemps prochain, Albert Rösti ne sera plus le patron de l’UDC Suisse. Le Bernois de 52 ans l’a annoncé ce dimanche dans les colonnes du «SonntagsBlick». Celui qui a été le conseiller national le mieux élu du pays justifie paradoxalement son départ par la défaite de son parti aux élections fédérales de cet automne (–12 sièges), à la suite du socialiste Christian Levrat il y a six semaines (–7 sièges entre le National et les États, et douze ans à la tête du PS).

Mais aussi en raison de «dysfonctionnements», parfois «majeurs» dans certaines sections cantonales, qu’il s’agisse de frictions internes ou de militantisme de base comme la pose d’affiches ou la présence aux réunions. Et l’ingénieur agronome de formation – fils de paysans – ne se dit pas l’homme de la situation pour restructurer les maillons faibles, lui-même se définissant davantage comme un «designer» que comme une «main de fer».

«C’était une surprise lorsqu’il nous a fait part de ses doutes sur son envie de continuer, durant la session», réagit la vice-présidente du parti, Céline Amaudruz. «C’est cependant une décision que l’on peut légitimement comprendre: je pense que j’aurais pris la même que lui. C’est assez sage et particulièrement responsable de penser davantage à son parti qu’à soi, sachant que l’on a quatre ans pour se reconstruire en vue des fédérales de 2023, et que le travail doit commencer dès maintenant.» La Genevoise estime en revanche que le recul des dernières élections «ne peut pas être complètement imputé à son président»: «Ce n’est pas une défaite personnelle. Il est certes le meneur, mais il y a également une responsabilité individuelle des candidats. Sans compter que cette année tous les partis gouvernementaux ont perdu des sièges...»

Elle-même se dit en tout cas «à disposition». «C’est quelque chose que j’aurais envie de faire, mais il faudra d’abord voir si les membres de l’assemblée des délégués m’accordent à nouveau leur confiance pour la vice-présidence, car nous avons aussi perdu des sièges en Suisse romande, et j’ignore s’il y a des intéressés pour ce poste-là.»

Chef de campagne dans les cantons francophones, Oskar Freysinger tient à saluer le départ d’un «type bien». «C’est quelqu’un que j’aime beaucoup, de respectueux, qui a une certaine douceur dans sa manière d’être. Mais qui ne lâche rien sur le fond!» Pour le Valaisan, Albert Rösti ne s’est pas retiré sous la pression de l’aile zurichoise du parti: «Ils auraient plutôt été contents qu’il continue. Parce qu’il est béton sur les arguments – il n’a jamais trahi notre ligne. Et il le fait de manière assez sympathique.»

Pour l’ancien vice-président de l’UDC, le «mauvais résultat» de cet automne s’explique essentiellement par la vague verte. «Un seul sujet a occupé la politique et les médias pendant environ un an et demi avant les élections. Que pouvait faire Rösti là contre? On aurait mis n’importe quel président à la place, le résultat aurait été le même: nous ne pouvions que limiter les dégâts.» Mais aussi par une crise migratoire en nette baisse en comparaison avec 2015. «En Italie, Salvini bloquait les flux venant du sud, et Angela Merkel avait trouvé un arrangement avec la Turquie d’Erdogan: nous n’avions plus cette pression des migrants qui est quand même l’un des sujets majeurs qui fait que les gens votent pour nous.»

Car à l’interne, personne ne trouve rien à redire sur le positionnement du parti sur le climat. «Je ne crois pas que nous devions changer notre position», confirme le Vaudois Michaël Buffat, élu au National depuis cinq ans. «Nous sommes des défenseurs du climat, mais avec une vision différente des Verts. Nous proposons du concret, en favorisant une agriculture de proximité, plutôt que davantage de taxes ou d’interdictions.»

Responsable d’agence bancaire, le quadragénaire partage la critique faite aux sections locales de l’UDC par son président démissionnaire, lequel a «fait le job qui était attendu». «Elles se sont un peu trop reposées sur notre succès national des dernières années. On a par endroits un peu oublié ce qu’est le travail de militantisme. Les sections romandes fonctionnent bien, à l’exception de Neuchâtel, où il faudra peut-être un plus grand soutien du parti.» Et d’estimer que le ou la futur·e président·e devra impérativement maîtriser le français, ce qui n’était pas le cas de Toni Brunner durant huit ans: «C’est en Suisse romande que nous avons le plus fort potentiel de croissance pour 2023.»

«Rösti était très apprécié dans les régions francophones: c’est quelqu’un de très agréable, proche de sa base, qui a répondu présent à chaque fois qu’on faisait appel à lui et qui a toujours essayé de trouver des solutions», lance pour sa part le conseiller national fribourgeois Pierre-André Page. À ses yeux, le ou la successeur du Bernois devra davantage s’engager pour que les sections cantonales et communales fassent de la place aux jeunes – «et surtout aux femmes» –, «en évitant de verrouiller les postes importants».


Quatre papables dans une succession sans favori

Sur le papier, Thomas Aeschi (40 ans) aurait toutes ses chances. Reconnu au sein de son parti en tant que chef du groupe parlementaire sous la Coupole, le Zougois est aussi l’un des plus jeunes élus UDC à Berne, et parle aussi bien l’allemand que le français ou l’italien. Diplômé de Harvard en administration publique, le consultant d’affaires n’a cependant pas la popularité ou le charisme du président démissionnaire, et encore moins celui de son prédécesseur Toni Brunner. Il y a quatre ans, le parlement lui avait préféré le Vaudois Guy Parmelin lors de la succession d’Eveline Widmer- Schlumpf.

Contrairement au Zougois, Magdalena Martullo-Blocher (50 ans) aurait le charisme nécessaire à la fonction. En tant que fille du stratège historique de l’UDC et vice-présidente depuis l’an dernier, celle qui siège comme conseillère nationale depuis quatre ans est très respectée dans son parti. Directrice générale de l’une des plus grandes entreprises du pays, le puissant groupe grison EMS Chemie (acquis par Christoph Blocher au milieu des années 80), la Zurichoise pourrait difficilement mener de front les deux mandats. Elle-même reconnaît n’avoir que peu de temps à consacrer à la politique.

Meilleur élu tous partis confondus en 2015, alors qu’il était novice en politique, Roger Köppel (54 ans) est devenu le maître à penser de l’UDC, son éminence grise, aux capacités oratoires reconnues. Réélu brillamment il y a deux mois avec le meilleur résultat de son canton, le Zurichois a essuyé une défaite cuisante à l’élection au Conseil des Etats. Ancien journaliste à la NZZ puis au Tages-Anzeiger, Köppel règne sur «Die Weltwoche» depuis le virage à droite de l’hebdomadaire, en 2001. C’est son principal handicap: diriger un journal ou un parti, il faut choisir.

Céline Amaudruz (40 ans) est la seule Romande à avoir une petite chance de pouvoir figurer parmi les candidats à la succession Rösti. Vice-présidente du parti au même titre que Magdalena Martullo-Blocher, elle occupe le poste depuis plus longtemps (printemps 2016). Au Conseil national depuis huit ans, la gestionnaire de fortune préside la section genevoise de l’UDC depuis juin 2018. Il y a trois semaines, la quadragénaire était parvenue à convaincre un gros tiers du Parlement de consacrer le débat urgent d’actualité de la Chambre basse à la criminalité transfrontalière, en partant d’une problématique régionale.

Créé: 22.12.2019, 21h49

Articles en relation

Albert Rösti: «L’UDC a manqué de provocation»

Les perdants du jour Le président Albert Rösti revient sur la défaite cinglante de son parti aux élections fédérales, qui perd une dizaine de sièges. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 16 janvier 2020
(Image: Bénédicte) Plus...