Un agenda chargé pour le président tunisien

Visite d'EtatLes fonds Ben Ali, l'accord migratoire et la sécurité seront abordés lors des rencontres du président Béji Caïd Essebsi avec le Conseil fédéral.

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi est l'hôte de la Suisse pour une visite d'Etat de deux jours.

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi est l'hôte de la Suisse pour une visite d'Etat de deux jours. Image: AFP

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La Berne fédérale va mettre les petits plats dans les grands, demain, pour la visite d’Etat du président tunisien, Béji Caïd Essebsi. Ce dernier sera reçu par le Conseil fédéral in corpore avant de participer à plusieurs réunions ministérielles. La journée de vendredi sera consacrée à des rencontres avec les milieux économiques. Prévue en novembre dernier, la visite avait été annulée in extremis à la suite d’un attentat à Tunis. Le programme est resté le même et portera sur la transition démocratique, les relations économiques, la migration ainsi que la sécurité et le terrorisme.

Si les relations entre la Suisse et la Tunisie se sont nettement réchauffées depuis la chute du dictateur Ben Ali, en 2011, la pierre d’achoppement reste les fonds déposés en Suisse par son clan. Vu sa situation économique précaire, la Tunisie compte beaucoup sur cet argent, qu’elle estime à 540 millions de dollars, alors que Berne a recensé 60 millions de francs seulement dans les banques helvétiques. Par ses déclarations liant la réadmission de ses ressortissants à la restitution des fonds, l’ancien président Moncef Marzouki avait braqué les autorités suisses. La personnalité de Béji Caïd Essebsi, qui, à 89 ans, a un long parcours d’homme d’Etat derrière lui, devrait faciliter les contacts. «M. Essebsi a été ministre à plusieurs reprises sous le régime Bourguiba, il connaît bien la Suisse et Genève en particulier», rappelle Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM). Dans ce dossier, la difficulté pour Tunis est de démêler l’écheveau des montages financiers mis en place par le clan Ben Ali.

Malgré les menaces de Mar­zouki, les procédures de réadmission fonctionnent plutôt bien. La Tunisie, avec laquelle Berne a signé en 2012 un accord migratoire prévoyant des échanges professionnels en contrepartie, fait figure de modèle.

Sécurité et économie

Autre dossier à l’agenda, la sécurité et le terrorisme. Avec quelque 4000 jeunes partis guerroyer en Syrie et une Libye à feu et à sang pour voisine, la Tunisie est particulièrement exposée. Elle n’est pas épargnée non plus par les attentats qui ont un impact désastreux sur le tourisme. Si l’appareil répressif de l’ancien régime a été largement démantelé après 2011, de nouvelles structures sécuritaires ont été mises en place depuis. «Les deux pays ont un intérêt à partager leurs informations, en particulier pour suivre les jeunes de retour du djihad, souligne Hasni Abidi. Et la Tunisie est demandeuse d’équipements militaires et policiers.»

Dixième partenaire économique de la Suisse en Afrique, la Tunisie souhaite aussi un renforcement de la présence helvétique. «Swiss a supprimé ses vols et les entreprises tendent à se replier», observe le directeur du CERMAM. Or tout investissement est bon pour l’économie et une population touchée par un chômage à 15% – avec des pics à 40% dans les régions défavorisées – et, partant, pour diminuer l’attractivité du terrorisme auprès des jeunes.

Créé: 17.02.2016, 07h30

Une procédure interminable

Fonds Ben Ali Parmi les dossiers qui seront évoqués lors de la visite du président Essebsi en Suisse figurent les fonds Ben Ali. Plus de quatre ans après la Révolution de jasmin, quelque 60 mil­lions de francs détournés par le clan du dictateur déchu et réclamés par la Tunisie dorment toujours dans les coffres des banques helvétiques. En avril 2014, l’affaire semblait bien emmanchée: le Ministère public de la Confédération (MPC) ordonnait la restitution anticipée de 40 millions déposés par Belhassen Trabelsi, le beau-frère du dictateur. Le MPC estimait que l’origine criminelle de ces fonds était suffisamment établie. Une décision annulée en décembre 2014 par le Tribunal pénal fédéral (TPF), qui a jugé que le droit d’être entendu de Trabelsi n’avait pas été respecté. Depuis, le dossier n’a guère progressé.

Un autre élément est venu retarder les procédures: la querelle de compétence entre le MPC et son homologue genevois sur les dépôts du clan auprès de la banque HSBC. En décembre dernier, le TPF a tranché en faveur du Parquet genevois, ce qui devrait permettre de relancer la procédure.

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