«En avril et mai, nous avons intercepté 20% d’illégaux de plus au Tessin»

FrontièresLe chef des gardes-frontière, Jürg Noth, parle de la pression migratoire, qui va aussi toucher le Valais.

Jürg Noth, directeur du Corps des gardes-frontière suisse: «La pression migratoire augmente au sud.»

Jürg Noth, directeur du Corps des gardes-frontière suisse: «La pression migratoire augmente au sud.» Image: KEYSTONE/Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Au nord, la situation s’est calmée. Au sud en revanche, la Suisse est confrontée à une pression migratoire qui augmente. Jürg Noth est bien placé pour en parler, puisqu’il dirige depuis 2003 le Corps des gardes-frontière suisse. Nous l’avons rencontré à Thoune, en marge du congrès du syndicat des douanes Garanto. Né à Genève, âgé de 58 ans, avocat de formation et ayant dirigé la police criminelle de la Ville de Berne, l’homme ne passe pas inaperçu chez les gabelous du haut de son 1,92 m. Interview.

Quel est le plus grand problème actuellement à la frontière suisse?
Comme il fallait s’y attendre, nous avons à la frontière sud une pression migratoire qui augmente. Sinon, nous avons une large palette de délits touchant la criminalité transfrontalière. Genève est un point chaud en la matière. L’arc jurassien aussi. Au Tessin, c’est plutôt la migration qui représente le plus grand problème. Quant à Bâle, elle est surtout touchée par la contrebande.

Vous dites que la pression migratoire augmente. Pourtant le Secrétariat aux migrations (SEM) publie des communiqués avec des chiffres à la baisse…
Nous ne parlons pas des mêmes chiffres. Les nôtres concernent les personnes illégales que nous interceptons, ceux du SEM comptabilisent les personnes dans le processus de l’asile. Nous renvoyons de façon conséquente toutes les personnes qui veulent uniquement transiter par la Suisse illégalement. Lors du second semestre 2015, la migration est en recul massif, notamment dans le nord de la Suisse. Nous n’avons plus cette migration secondaire à Bâle, Schaffhouse ou Kreuzlingen en provenance de l’Allemagne. Et nous avions peu de migration au Tessin au début de l’année. Mais, depuis trois mois, la situation a changé et la pression augmente régulièrement.

Dans quelles proportions?
Si je regarde les cinq premiers mois de l’année, et que je les compare aux mêmes mois d’hiver de l’année passée, on a des chiffres nettement plus hauts. Au Tessin, nous avons une augmentation de gens qui passent illégalement la frontière, à savoir sans papiers valables. Pour les seuls mois d’avril et mai 2016, nous avons intercepté 2121 personnes dans ce cas. Elles n’étaient que 1737 l’an passé à la même période. Ce qui représente une hausse de plus de 20%.

Ce ne sont donc pas seulement des requérants d’asile?
Non. Ce sont des gens que nous devons refouler car il existe un accord de réadmission avec leur pays d’origine. En 2015, sur les 31 000 personnes que nous avons arrêtées à la frontière, 13 000 faisaient l’objet d’un accord de réadmission.

Selon vous, comment va se développer la migration ces prochains mois?
A la frontière nord et est, cette année sera meilleure qu’en 2015. En revanche, sur toute la frontière sud, et pas seulement au Tessin mais aussi au Simplon (VS), la situation va se détériorer et la pression migratoire sera beaucoup plus forte.

A cause de la fermeture de la route des Balkans?
Pas vraiment. Pour l’instant nous n’avons pratiquement pas de Syriens à la frontière sud. Ce sont essentiellement des gens en provenance du Maghreb, de l’Erythrée, de l’Ethiopie, du Nigeria et de Gambie. Ils sont arrivés pour la plupart en Italie l’an passé et ils remontent vers la Suisse maintenant.

Combien de migrants passent la frontière suisse par jour?
C’est variable. Pendant une longue période, il y a eu 50 à 60 personnes. Puis ce chiffre est monté à 100. Lors d’un récent week-end, nous avons eu plus de 200 personnes par jour. Après, cela est redescendu à un peu plus de 100. Ce n’est donc pas alarmant, mais mon sentiment, c’est que la tendance est clairement la hausse.

On dépassera les 40 000 requérants d’asile cette année?
Oui, nous devons nous y attendre et nous sommes prêts.

Vous avez obtenu 48 postes supplémentaires pour un effectif global de 2073. Suffisant pour faire face à la pression migratoire?
Nous devons faire avec. Chacun dans l’administration aimerait bien avoir plus de moyens. Mais nous n’avons pas à nous plaindre car nous sommes une des unités, avec le SEM, à avoir obtenu des effectifs supplémentaires. Quarante-huit postes, ce n’est pas rien à l’échelle suisse.

De toute façon, vous pouvez compter sur l’armée si vous êtes dépassé?
Oui, c’est ce que prévoit le plan d’urgence. Il comporte trois scénarios. Le premier, avec 10 000 arrivées de requérants sur un mois, est maîtrisable sans problème avec nos propres forces. Le second, avec 10 000 arrivées mensuelles pendant trois mois consécutifs, est aussi gérable avec les polices cantonales. En revanche, si on a des arrivées de 6000 personnes en un jour, comme cela s’est produit en Autriche, alors là, nous avons besoin de l’armée.

Et qui commande dans ce cas-là?
C’est nous. L’armée nous est subordonnée pour les engagements subsidiaires. C’est la même chose lors du WEF à la frontière grisonne. La police militaire est sous les ordres des gardes-frontière.

Créé: 24.06.2016, 08h20

En chiffres

Le Corps des gardes-frontière (Cgfr) compte 2073 postes actuellement. Ce chiffre inclut les 48 postes supplémentaires pour lesquels le parlement a donné son feu vert.

Une quarantaine de personnes vont être formées dès juillet. La formation dure trois ans. Mais le nouveau directeur général des Douanes, Christian Bock, qui chapeaute administrativement le Cgfr, nous assure que les nouveaux venus pourront déjà être opérationnels en juillet 2017.

Le Cgfr a quatre missions stratégiques. La première, c’est bien sûr de contrôler la frontière depuis les postes fixes. Cela permet la surveillance du trafic routier, ferroviaire et lacustre.

La seconde mission comprend les contrôles sur le terrain, dans l’espace frontalier, sur les eaux frontières et dans le trafic ferroviaire transfrontalier.

La troisième mission consiste à contrôler les passeports dans les aéroports internationaux comme Genève, Zurich ou Bâle. Mais aussi les aérodromes non douaniers.

La quatrième mission est internationale. Elle comprend des engagements en faveur de l’Agence européenne pour la surveillance des frontières extérieures de Schengen (FRONTEX), des engagements en tant qu’airline liaison officers (agents de liaison des compagnies aériennes) et en tant que gardes de sûreté à bord d’aéronefs suisses dans le trafic aérien de ligne international (air marshals) ou dans les aéroports étrangers (ground marshals).

Articles en relation

Albert Rösti veut des gardes-frontières à Milan

Suisse Le président de l'UDC veut rétablir les contrôles systématiques aux frontières. Plus...

Hausse constante du nombre de gardes-frontière

Suisse L'effectif des gardes-frontière a été continuellement augmenté depuis 2011. Plus...

Gardes-frontière: la Suisse orientale mieux dotée?

Effectifs Le Conseil national a accepté mardi une motion qui exige une meilleure répartition des effectifs pour répondre à la hausse de la criminalité transfrontalière et de l'immigration. Plus...

Les gardes-frontières parés pour un afflux de réfugiés

Crise migratoire Les migrants choisissent pour l'heure l'Allemagne comme terre d'accueil, mais l'arrivée de grands groupes en Suisse est possible, estime le chef des gardes-frontières. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.