«La Banque nationale n’a pas violé la loi»

La ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf parle franchement de la décision de la BNS sur l’euro, et du rôle passif du Conseil fédéral. Interview.

Image: PATRICK MARTIN

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Il y a une question que la ministre des Finances, Eveline Widmer-Schlumpf, n’aime pas. C’est lorsqu’on lui demande si elle va se représenter au Conseil fédéral en décembre. Elle botte en touche et garde toutes les options ouvertes. La conseillère fédérale répond sinon cash à tous les sujets qui fâchent: la décision de la BNS sur le taux plancher, le niveau supportable de l’euro et l’initiative PDC sur les familles. Interview.

La BNS a-t-elle violé la loi en décidant seule d’abandonner le taux plancher?
- Elle a la responsabilité et le devoir de prendre les décisions de politique monétaire en toute indépendance. A ma connaissance, elle n’a pas violé la loi.

L’article 7 de la loi sur la BNS dit pourtant ceci: «Avant de prendre des décisions importantes en matière de politique économique et monétaire, le Conseil fédéral et la Banque nationale s’informent mutuellement de leurs intentions». Vous n’avez pas été informés des intentions, mais de la décision!
- Nous avons un groupe de travail avec Johann Schneider-Ammann où nous rencontrons régulièrement la BNS. Celle-ci nous a toujours dit que le maintien du taux plancher dépendait fortement de ce qui se passait sur le marché. Le moment de l’abandon du taux plancher n’était pas connu, mais il a toujours été clair que cette décision viendrait par surprise.

Donc ça ne vous dérange pas que la BNS prenne sa décision, vous téléphone une heure avant, en vous mettant devant le fait accompli, au lieu de vous consulter au préalable?
- La BNS a dû décider très rapidement en analysant le marché et en tenant compte de la future annonce de la banque européenne. Quelle aurait été l’alternative? Que nous soyons informés très tôt, que la nouvelle se diffuse plus largement et qu’il y ait un risque de délit d’initiés. Je comprends la manière d’agir de la BNS.

C’est un geste de défiance de la BNS qui redoutait une fuite du Conseil fédéral?
- C’est une situation très difficile. Mais je ne ressens aucune défiance de la part de Thomas Jordan. Au contraire. J’ai travaillé intensivement avec lui sur d’autres dossiers comme pour l’accord sur le Renminbi avec la Chine.

On oublie l’article 7 donc. La BNS peut prendre n’importe quelle décision et elle vous l’annonce un peu avant.
- Pas n’importe quelle décision! Sur le taux plancher, qu’est-ce que cela aurait changé si nous l’avions appris un jour plus tôt? Rien. Nous n’avons en effet pas la connaissance et la compétence profondes des marchés, que possède le directoire de la BNS, pour formuler un avis fondé en quelques heures.

Vous trouvez le taux de 1,10 fr. pour 1 euro supportable et Schneider-Ammann parle, lui, de 1,15 fr. Qui faut-il croire?
- La différence n’est pas si grande, puisque j’ai parlé d’un taux supportable au-dessus de 1,10 fr. Avec un taux pareil, on pourrait maîtriser bien des problèmes.

On n’y est pas du tout puisque 1 euro vaut 1 franc…
- Regardons ce qui va se passer les quatre à huit prochaines semaines. Après, on pourra faire une analyse sérieuse pour savoir ce que l’on doit faire. Mais ces différences de change, on l’a vu par le passé, ne se résolvent pas par un paquet de mesures conjoncturelles, mais par une politique monétaire. La BNS va continuer d’être active même s’il n’y a plus de taux plancher.

Cela veut dire que l’on attend pendant huit semaines et que, si la parité dure, on demande à la BNS de racheter en masse des euros pour faire baisser le franc?
- C’est très réducteur. La BNS ne va pas attendre huit semaines avant d’agir. Et l’on verra quel effet déploie le taux d’intérêt négatif qu’elle a introduit. Quant au Conseil fédéral, il va analyser plus en détail la situation.

Si la parité persiste, que dites-vous aux patrons genevois et vaudois qui ont des sociétés tournées vers l’exportation?
- Que nous avons en route l’importante troisième réforme de l’imposition des entreprises qui baissera la fiscalité…

Mais cela va prendre des années!
- On peut aller vite. Cette réforme est très importante.

Donc le message aux patrons, c’est «Débrouillez-vous!»
- Non! Mais cela n’a aucun sens que je détaille maintenant les mesures que nous pourrions éventuellement prendre. Il faut analyser concrètement la situation branche par branche. Et déterminer quelles sont les mesures transitoires efficaces possibles.

Après sa décision sur le taux plancher, la BNS doit-elle encore verser 1 milliard à la Confédération et aux cantons pour 2014?
- L’accord avec la BNS est très clair: tant que la réserve pour distribution future ne tombe pas en dessous de zéro, un montant de 1 milliard est à verser aux cantons et à la Confédération. Nous sommes actuellement en négociation avec la BNS sur un versement supplémentaire, car l’accord prévoit d’augmenter ce montant, si la réserve dépasse 10 milliards.

Vu les chiffres records de 2014, vous êtes pour le versement de 2 milliards au moins?
- Un milliard, au minimum. Pour ce qui va au-delà, nous discutons avec la BNS et les cantons.

Créé: 30.01.2015, 09h25

«Je ne suis pas pour une déduction grand-mère»

Concernant l’initiative du PDC du 8 mars, vous avez le problème de tous les ministres des Finances. Vous ne voulez jamais lâcher d’argent, même pour aider les familles.

Cela sonne bien, «aider les familles». Mais la vraie question est de savoir si c’est juste et équitable. Les compléments de revenus, l’AVS, l’AI sont imposables. Pourquoi les allocations familiales, qui augmentent le revenu, ne le seraient-elles pas? Les pertes annuelles se monteront à environ 760 millions pour les cantons et les communes et à 200 millions pour la Confédération. Qui va payer à la place?

«Personne!» répond le président du PDC. Il affirme que l’argent sera dépensé par les familles, créera des emplois, et générera des nouvelles recettes fiscales…

Ils disent tous cela. Mais je n’y crois pas. Je le répète, il en va de la justice fiscale. Un garde-frontière qui reçoit une prime en raison de la cherté de la vie parce qu’il habite Genève paie des impôts dessus.

C’est un argument administratif. Ce qui compte, c’est que les familles aient plus d’argent.

L’Etat fait déjà beaucoup en finançant les écoles, les transports, le système de santé, qui sont très utilisés par les familles. Est-il raisonnable de demander encore plus d’argent aux personnes seules ou aux couples sans enfants?

Vous estimez donc que les familles sont suffisamment aidées?

Oui. On a fait déjà beaucoup. J’ai soutenu les améliorations en leur faveur ces dernières années. Il y a eu les réductions de prime maladie pour les familles modestes, l’extension des structures pour la petite enfance, la cantine scolaire avec des tarifs selon le revenu. Il y a eu aussi les allocations pour perte de gain en cas de maternité. Enfin, il y a eu plusieurs allégements fiscaux. Ils représentent environ 3,5 milliards à la charge de l’Etat. Tout cela est parfaitement justifié. Mais ne venez pas me dire que l’on ne fait rien pour les familles. Ce n’est pas juste.

Vous avez dit non à l’initiative UDC pour les familles, vous dites non à celle du PDC. En gros, vous dites toujours non.

Pas du tout. Je me suis engagée pour que la Confédération poursuive la déduction pour les frais de garde effectifs des enfants par des tiers. Cela nous coûte 60 millions, mais ils sont justifiés. En revanche, je ne suis pas pour n’importe quel projet comme une «déduction grand-mère». Je garde avec plaisir mes petits-enfants sans dédommagement de l’Etat.

Les Suisses veulent moins d’immigration. Les inciter à faire plus d’enfants, c’est une responsabilité de l’Etat, non?

Ce n’est pas en premier lieu une question d’argent et de primes. Regardez ce qui se fait en Suède. L’élément déterminant est de bénéficier des structures externes qui accueillent les enfants en dehors de l’école. Cela permet aux parents de trouver le bon «mix» entre vie familiale et vie professionnelle. Il y a encore des progrès à faire dans certains cantons.

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