«Je suis le chemin le plus difficile, celui du libéralisme»

EconomieLa Suisse prospère mais l’économie est sous le feu des critiques. Le ministre Johann Schneider-Ammann livre son analyse

«Nous sommes tous humains. (Rires.) Certains jours, nous sommes plus intelligents que d’autres où nous perdons un peu les pédales et commettons des erreurs», relève Johann Schneider-Ammann.

«Nous sommes tous humains. (Rires.) Certains jours, nous sommes plus intelligents que d’autres où nous perdons un peu les pédales et commettons des erreurs», relève Johann Schneider-Ammann. Image: Philippe Maeder

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Alors que les votations qui remettent en cause les règles actuelles se multiplient, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann s’exprime sur la relation entre la population et l’économie. L’ancien entrepreneur répond aux critiques tout en continuant d’assumer ses convictions libérales.

Nous votons le 30 novembre sur Ecopop, l’or, et les forfaits fiscaux. Laquelle de ces initiatives craignez-vous le plus?
Je crains les conséquences de toutes les trois. Le 30 novembre, nous avons besoin de trois non. L’initiative avec les suites les plus douloureuses serait bien sûr Ecopop. A très court terme, elle mettrait en péril les accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union européenne. Nous risquerions de nous trouver dans une situation défavorable en termes de compétitivité et de chômage. Et Ecopop ne doit pas servir de signal pour dire au Conseil fédéral: «Vous n’avez pas compris le message du 9 février.» Ce serait extrêmement dangereux.

Avec le Conseil fédéral, nous sommes en train de mettre en œuvre le vote du 9 février. Nous travaillons aussi pour donner à tous les citoyens des opportunités de trouver une place de travail. Cela marche. L’état d’esprit des entreprises change. Mais nous avons encore besoin de temps pour trouver des améliorations visibles pour tous, notamment dans le domaine de la main-d’œuvre spécialisée.

N’exagère-t-on pas les conséquences des initiatives?
Le risque existe de se montrer trop sûrs et de sous-estimer les suites de certaines votations. En ce moment, il est très difficile de convaincre les citoyens que le bien-être que nous connaissons, la sécurité, l’emploi, les taux modestes de chômage, que tous ces aspects ne sont pas garantis pour toujours! Une fois une erreur commise, ce n’est qu’une question de temps avant d’en ressentir les conséquences. Je ne veux ni moraliser ni faire peur, mais je pose la question à mon tour: quelles raisons expliquent que la Suisse se porte tellement mieux que ses voisins? Nous devons en parler.

Remarquez-vous que 2014 a déstabilisé en profondeur le tissu économique suisse?
Je remarque une incertitude systématique et une inquiétude. Je ne parlerai pas de déstabilisation. Le terme me semble trop fort, pour le moment du moins. Mais je connais le comportement des entrepreneurs: ils recherchent des conditions-cadres sûres, favorables au niveau international, et surtout qui répondent à une philosophie durable. Et cette philosophie ne peut être que libérale si l’on veut inviter à l’investissement. En ce moment, les entrepreneurs sont devenus plus prudents pour des raisons économiques globales, mais aussi en raison de la multiplication des initiatives hostiles à l’économie.

L’économie est inquiète. Mais n’a-t-elle pas elle-même poussé le bouchon trop loin?
L’économie a assurément manqué de sensibilité dans certains domaines. En 2002, alors président de Swissmem (ndlr: l’association faîtière de l’industrie des machines), j’avais mis en garde certains ténors des industries financières contre leurs excès salariaux. Oui, l’économie a fait des fautes et elle est, par conséquent, aussi responsable. Maintenant, tout ce que l’on peut faire est de revenir à la raison, à la coopération avec la politique, à la modestie. Nous pouvons et nous devons regagner la confiance, même si cela prendra beaucoup de temps. On ne doit jamais oublier non plus que pendant cette même période délicate, les entreprises ont été capables de défendre leur compétitivité, d’innover et d’assurer les places de travail. C’est bien pour cela que la situation est ambivalente aujourd’hui. D’un côté, nous critiquons, de l’autre, nous sommes reconnaissants.

Les Suisses peuvent paraître comme des enfants gâtés. A Noël, ils ont reçu un cadeau qu’ils ont déjà cassé à Pâques. C’est votre sentiment?
Nous sommes tous humains. (Rires.) Certains jours, nous sommes plus intelligents que d’autres où nous perdons un peu les pédales et commettons des erreurs. J’ai deux enfants, aujourd’hui adultes. Je les aimais s’ils étaient très sages à Noël. Je les aimais aussi s’ils faisaient des bêtises entre Noël et Pâques. La question était: avaient-ils appris quelque chose après avoir fait une bourde ou s’être montrés égoïstes? Et en tant que parents, c’est en se montrant humbles et en faisant usage de notre expérience que nous pouvons offrir à nos enfants des perspectives positives.

Dans ce climat de défiance mutuelle, que peut faire le Conseil fédéral?
D’après moi, le Conseil fédéral doit avoir le courage de suivre une politique libérale, en fixant les conditions-cadres nécessaires, tout en laissant à chacun un espace de liberté et de responsabilité. Il doit expliquer clairement pourquoi ce pays est passé d’un état de pauvreté il y a cent cinquante ans à une société qui est l’une des plus prospères au monde. Le libéralisme a toujours joué un rôle important. D’un autre côté, le gouvernement s’efforce de garantir les mêmes droits et devoirs à tous les citoyens, quelle que soit leur catégorie sociale.

Vos collègues Doris Leuthard ou Simonetta Sommaruga ont utilisé un discours bien plus musclé. Votre attitude libérale est-elle adéquate?
Il est toujours beaucoup plus facile d’arriver avec des lois, des prescriptions, qui, par leurs qualités limitatives, ont un effet plus immédiatement perceptible pour le public. Je suis le chemin le plus difficile, celui du libéralisme, avec expérience, responsabilité et sens de la cohésion. Il nous faut trouver le chemin étroit pour éviter de tomber d’un côté ou de l’autre: soit celui où il y a trop d’entraves, soit celui où des égoïsmes trop provocants nous font perdre l’adhésion du peuple.

Êtes-vous favorable à une application stricte de l'initiative «Contre l’immigration de masse»?
J’ai toujours dit que si l’initiative «Contre l’immigration de masse» était approuvée, nous appliquerions le texte constitutionnel. Nous mettons en œuvre la réduction et le contrôle de l’immigration que le peuple demande. Mais en plus – et c’est important –, le texte mentionne qu’il faut le faire dans le respect des intérêts économiques globaux de la Suisse. Je constate ainsi que les initiants ne voulaient pas remettre en cause les relations bilatérales avec l’Union européenne et risquer le chômage. Autrement dit, nous devons faire une application correcte du texte d’après le vœu de la majorité du peuple tout en respectant les intérêts globaux de l’économie.

Créé: 24.11.2014, 11h01

Personnel

Schneider-Ammann se défend d'être en campagne

Johann Schneider-Ammann ne manque aucune occasion de se mettre sous les projecteurs depuis quelques mois, nettement plus présent dans les médias qu’auparavant. A-t-il peur pour l’économie du pays ou pour son destin personnel de conseiller fédéral? «Je n’ai pas peur pour moi, assure le libéral-radical. Je suis inquiet pour tous ceux qui seraient touchés en premier lieu par l’acceptation d’Ecopop, pour tous ceux dont les places de travail seraient menacées, notamment dans l’industrie de l’exportation. Et il s’agit d’abord des plus faibles.»

Johann Schneider-Ammann constate que le Conseil fédéral ne s’est pas assez engagé avant la votation du 9 février contre «l’immigration de masse» pour informer la population sur ses conséquences possibles pour le monde scientifique. Douche froide, la participation de la Suisse au programme Horizon 2020 a été brutalement suspendue, quelques jours seulement après le scrutin. «Pour cette raison, je m’exprime aujourd’hui très clairement, non seulement comme ministre de l’Economie mais aussi comme ministre de l’innovation et de la recherche.»

Soit, mais les élections fédérales de 2015 réservent peut-être des incertitudes pour les partis. L’UDC exige deux sièges au gouvernement et, après tout, ne devrait-elle pas les obtenir pour mettre en application sa propre initiative? Johann Schneider-Ammann ne commente pas. Sa propre ambition, dit-il, est de «continuer à défendre les conditions-cadres de ce pays de manière constructive. Le peuple doit réaliser que l’on ne fait pas de politique pour soi-même, mais pour la collectivité.» Et les résultats sont favorables, avec un taux de chômage qui reste modeste, fait-il remarquer. Le ministre conclut: «Ce qui compte pour moi est de défendre mes convictions et la prospérité du pays.»

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