L’économie s’est éloignée des autres sphères du pouvoir

SociétéUne étude démontre que les relations entre les différentes élites du pays ont été bouleversées ces dernières années.

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«Lorsque l’on a demandé à l’ex-patron du Credit Suisse, l’Américain Brady Dougan, combien de conseillers fédéraux dirigeaient la Suisse, il a répondu huit», raconte Felix Bühlmann, coauteur de l’étude «Transformation des élites en Suisse», publiée hier par l’Université de Lausanne. Auparavant étroitement interconnectées, les élites qui forment les sphères économiques, politiques et sociales font aujourd’hui bande à part, révèlent en substance les politologues.

La sphère économique est davantage tournée vers les relations avec l’extérieur. Bien davantage tributaires des décisions de l’Espace économique européen, les dirigeants des plus grandes entreprises de Suisse s’intéressent désormais moins à la politique de notre pays.

Ouverture de l’économie

Pendant la majeure partie du XXe siècle pourtant, les membres de l’élite suisse formaient un réseau aux ramifications étroitement liées, favorisé par la petite taille du territoire. L’étude de l’UNIL, qui a examiné le profil et le parcours de vie de quelque 200 000 âmes entre 1910 et 2010, observe que les réseaux se construisaient dès le début des études (en majorité de droit), ainsi qu’au service militaire.

Jusque dans les années 1980, le portrait-robot du petit monde qui dirigeait la Suisse pouvait donc se résumer ainsi: des hommes (100%), majoritairement suisses, titulaires d’un titre académique (70% en moyenne) et gradés de l’armée (45%), se partageaient plusieurs casquettes, jonglant entre une dizaine de mandats dans différents conseils d’administration et des fonctions politiques.

A partir des années 1990, l’économie suisse s’est peu à peu ouverte aux marchés boursiers ainsi qu’aux échanges avec l’Europe et le reste du monde. Les top managers des grandes entreprises helvétiques se sont, eux, progressivement éloignés des préoccupations des Suisses. Non seulement une grande partie effectue désormais sa formation dans d’autres pays, mais de plus en plus d’étrangers sont nommés à la tête des firmes. En 2010, un tiers des dirigeants des 110 plus grandes entreprises de Suisse étaient d’origine étrangère.

Résultat: les changements au sein du milieu économique l’ont éloigné des sphères politiques et sociales. «Les dirigeants de l’économie entretiennent un rapport très superficiel avec la Suisse», constatent les auteurs de l’étude.

La communication entre les deux sphères est désormais déléguée. «C’est l’une des raisons pour laquelle les lobbys se sont renforcés au parlement, explique Felix Bühlmann. Il s’agit d’une forme de délégation des tâches, vu que les différentes parties n’appartiennent plus aux mêmes réseaux.»

Nouveau système

Les Chambres ont également gagné en pouvoir. Auparavant, le consensus suisse se jouait lors de discussions de couloirs entre les partis, dans les recoins des pas perdus. Aujourd’hui, le débat se fait davantage sous les lumières du plénum. «Le débat politique est plus agressif qu’avant, il y a davantage de confrontations», estime Felix Bühlmann, qui impute la paternité de ce nouveau style politique à l’UDC. «Jusqu’aux trente dernières années, les libéraux possédaient le pouvoir. Ce parti de l’économie restait très proche des entreprises. L’arrivée de l’UDC, parti de l’opposition, marque la rupture avec cette collaboration.»

C’est pourtant le parti agrarien qui pourrait nouer la gerbe des milieux élitaires. L’UDC a longtemps compté dans ses rangs une très faible proportion d’universitaires, en comparaison avec les autres partis. Aujourd’hui, il se normalise peu à peu. Sa nouvelle mouvance intellectuelle, représentée par les Zurichois Roger Köppel, Hans-Ueli Vogt ou même Christoph Blocher, n’est pas totalement fermée aux échanges avec l’extérieur. «Cette branche-là favorise les échanges économiques avec des puissances comme les USA ou la Chine, tout en prônant une restriction maximale du flux de l’immigration. C’est peut-être là que se trouve la nouvelle charnière entre les milieux économiques et politiques.» (24 heures)

Créé: 14.07.2015, 06h56

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