«Dans le futur, il y aura des éoliennes et beaucoup de toits bleus»

VisionLe débat de la décennie sur notre avenir énergétique va démarrer à Berne. Parole aux grands acteurs.

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Le National attaque lundi le dossier Stratégie énergétique 2050. D’où viendra l’électricité de nos enfants? Parole aux écologistes, partisans d’un changement radical. La Vaudoise Adèle Thorens, coprésidente des Verts suisses, livre ses convictions.

La majorité politique ne veut plus fixer de date pour la sortie du nucléaire. Déçue?

Oui, ce qui est incroyable c’est qu’après Fukushima la majorité politique de ce pays voulait sortir du nucléaire. Trois ans plus tard, on nage en pleine contradiction. L’Inspection fédération de la sécurité nucléaire (IFSN) nous disait avant Fukushima qu’il fallait remplacer nos vieilles centrales après 40 ou 50 ans. Maintenant qu’il n’est plus question d’en construire de nouvelles, la stratégie énergétique veut permettre aux vieilles centrales de fonctionner plus de 60 ans! Quel paradoxe.

Mühleberg sera éteinte en 2019, car plus assez rentable. Pourquoi ne pas faire confiance aux électriciens?

Mühleberg est un bon exemple de marchandage. L’IFSN a demandé des investissements massifs dans la sécurité pour 2017. Mais les exploitants ont annoncé qu’ils maintiendront la centrale jusqu’en 2019 et négocient les adaptations demandées. Je pose la question: le risque nucléaire est-il acceptable? Une installation va tourner encore cinq ans alors que l’IFSN dit qu’elle n’est plus aux normes. La majorité politique trouve cela normal? Moi pas.

Mais il n’y a pas d’alternative. On coupe le courant?

Non, les projets d’énergies alternatives, solaire, hydraulique, éolien, qui sont en attente d’un soutien, ont un potentiel de production comparable à celui de Mühleberg et de Beznau. Et l’Europe est en surproduction d’électricité au point que les prix ont chuté. Il n’y a pas lieu d’avoir peur d’une coupure de courant.

Est-ce qu’on ne sera pas forcés d’acheter du courant étranger, pas forcément vert?

Si on doit le faire, ce sera parce qu’on ne nous aura pas assez suivis! Notre vision est cohérente: nous réclamons un développement crédible des énergies alternatives avec des incitations fortes. Nous nous engageons pour une fiscalité écologique qui doit établir la réalité des coûts. Et là, le nucléaire ne sera plus du tout compétitif, avec ses risques et ses déchets qui restent dangereux pendant des milliers d’années. Le risque de devoir acheter momentanément de l’électricité étrangère existe mais nous le faisons déjà et il en existe aussi qui est durable. Et le risque de tirer de vieilles centrales est bien plus grave. Comme responsable politique je refuse de le faire courir à la population. Ou alors que le peuple en prenne lui-même la responsabilité en votation.

Ce débat ne sert donc à rien?

Au contraire, il y a aussi de bonnes choses dans la stratégie énergétique: une planification territoriale pour les barrages et les éoliennes, un compromis pour les conflits avec la protection du paysage, des mesures de traçabilité pour le courant, des améliorations pour la protection du climat et surtout une amélioration de la RPC (ndlr: l’aide fédérale pour soutenir le courant renouvelable). Mais les objectifs de développements des renouvelables sont tellement faibles qu’ils seront probablement dépassés par la réalité avant 2020. Les Verts seront forcément minorisés et traités d’extrémistes. Décourageant?

Nous sommes un parti de visionnaires, nous lançons des idées en précurseurs. Notre initiative populaire pour la sortie du nucléaire met la pression et permet de mener ce débat sur le tournant énergétique à Berne. Parfois nous incarnons les «méchants utopistes» mais nous ne sommes pas du tout extrémistes, nous savons aussi soutenir les compromis, comme sur les conflits entre énergies renouvelables et paysage. Tous les pas dans la bonne direction sont bons à prendre, c’est l’objectif qui nous intéresse. Je ne fais pas de politique pour être aimée ou avoir de la reconnaissance. J’ai des convictions et il m’importe que les choses bougent.

Comment voyez-vous notre avenir énergétique?

Il y aura des éoliennes et beaucoup de panneaux solaires, il y aura des toits bleus. Il y aura probablement moins de voitures, car nous gérerons mieux notre mobilité. Mais elles seront électriques et fonctionneront au courant vert. Et il y aura beaucoup moins de gaspillage d’énergie grâce à des appareils et à des bâtiments efficients. (nxp)

Créé: 28.11.2014, 07h23

Pour la conseillère nationale Adèle Thorens (Verts/VD), la lumière peut venir des énergies renouvelables. (Image: PATRICK MARTIN)

Berne montre l’exemple

Le débat sur la stratégie énergétique 2050 qui devait démarrer hier matin au Conseil national a été repoussé à lundi à cause d’un retard dans le planning des débats. Mais la Confédération a tenu à envoyer hier un signal fort: elle a signé avec les entreprises publiques (CFF, La Poste, Swisscom, Sykyguide et les écoles polytechniques fédérales) une déclaration pour accroître l’efficacité énergétique de 25% d’ici à 2020.
«L’Administration fédérale n’attendra pas le résultat des débats, mais elle veut montrer l’exemple», a expliqué hier la conseillère fédérale Doris Leuthard. La déclaration comprend pas moins de 39 mesures, ciblées sur les bâtiments, les transports, ou l’informatique. Par exemple, il ne sera plus question d’installer de nouveaux chauffages alimentés aux énergies fossiles à partir de 2016. Les CFF ont pour ambition de plus rouler qu’avec du courant issu d’énergies renouvelables, comme l’hydraulique, dès 2025. La Poste, qui possède déjà 5500 scooters électriques, va bannir tous ses deux-roues à essence en 2016.

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