Guy Parmelin, les hasards d’un destin fédéral

PortraitL’ambition du Vaudois a mûri en secret. Coriace sur le fond, sage dans la forme, le voilà au défi de ne pas décevoir.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dans Portrait des Vaudois, de Jacques Chessex, on déniche quelques perles qui, mieux que de grands discours, racontent l’homme et le politicien Guy Parmelin, élu mercredi quinzième conseiller fédéral de son canton. Il ne faut pas se tromper, avertit le poète: «Le Vaudois est un lent, apparemment, mais qui sait où il va et y va.»

L’apparente bonhomie de Guy Parmelin (Voir l'interview-vidéo ci-dessous) n’est pas incompatible avec une détermination que nombre d’observateurs n’ont pas correctement évaluée. Et voilà le Vaudois au pinacle, porté au Conseil fédéral par des circonstances favorables dont il a su tirer parti, le coup de griffe leste. Déjà il était entré en politique un peu par hasard, en 1994. Cette année-là, il manquait un nom sur la liste UDC pour le Grand Conseil vaudois. Il avait fallu recompter les voix. Parmelin fut élu pour un suffrage.

Nul ne sait depuis quand Guy Parmelin songe au Conseil fédéral. Mais sa force a été de croire en son destin. L’instinct sûr, il a senti qu’il pouvait être la bonne personne au bon moment. Ses douze années aux Chambres fédérales lui ont appris les codes et les règles qui régissent l’Assemblée fédérale, seule compétente pour élire les membres du gouvernement. Dans la configuration de cette élection, les principaux paramètres jouaient en sa faveur.

Une ambition secrète

Guy Parmelin était pourtant presque inconnu des Alémaniques jusqu’à l’annonce de sa candidature. La NZZ lui a posé la question humiliante: «Etes-vous un Hinterbänkler?» surnom peu flatteur donné au wagon de parlementaires effacés. Il faut dire que le politicien de Bursins n’a jamais montré de talent pour se mettre en scène. C’est un discret, sur la retenue s’agissant de sa propre personne. Rares sont ceux qui ont vu grandir son ambition ces dernières années. Malin, Parmelin!

«Cette fois je suis prêt», a-t-il simplement répété pendant les semaines de la campagne au Conseil fédéral. Oublié, le conseiller national refusant il y a cinq ans de briguer le Conseil d’Etat vaudois. A l’époque, son inclination à privilégier une vie confortable et peu exposée fut raillée. Peu porté aux croisades suspectes, il laissa médire en silence. Cette aventure-là ne l’inspirait pas. N’a-t-il pas eu raison de suivre son chemin, à Berne, sans coup férir, mais avec obstination?

Dur et honnête

Il est devenu incollable dans son domaine de spécialisation, les assurances sociales. Il a gagné le respect de ses pairs au parlement en jouant la partition du politicien UDC dur en affaires mais d’une honnêteté jamais prise en défaut; coriace sur le fond mais toujours ouvert au dialogue et respectueux de ses contradicteurs.

Sans soutien de son canton ni de la Suisse romande, peu à l’aise à l’idée d’un troisième siège au Conseil fédéral, le Vaudois a su rendre crédible sa candidature dans son propre groupe. Quand l’UDC l’a retenu sur son ticket, il s’est laissé porter par les alizés favorables. Il a évité toutes les chausse-trapes. Des faiblesses évidentes sont apparues au grand jour (les langues, l’expérience de conduite), mais sa personnalité répondait au besoin dominant d’harmonie. Rond et poli, sans aspérités ni arêtes, il a fait s’enrager ceux qui tentaient, en vain, de le déstabiliser. Son caractère aimable, sa simplicité et sa modestie, son solide bon sens: tous ces traits ont rassuré et fait de ses rivaux – le Zougois Aeschi en particulier – des candidats épouvantails et imprévisibles.

Que ce soit clair: la victoire du Vaudois n’est pas celle de la mollesse. Il est à l’aise avec 95% des positions de l’UDC Suisse. Son parti l’a choisi. La direction du parti, son inspirateur Christoph Blocher en tête, ne pourra pas dire que Parmelin est un demi-conseiller fédéral, comme elle le fit avec Samuel Schmid. Le Bernois accéda au Conseil fédéral sans le Stempel de l’UDC.

Plus libéral que les agrariens

Guy Parmelin tiendra la ligne blochérienne, mais il amènera au Conseil fédéral une culture politique respectueuse des institutions, héritée d’un canton qui déteste les conflits, se méfie de tous les excès, aspire au juste équilibre et à?l’harmonie. L’ancien conseiller d’Etat vaudois Claude Ruey est de la même région que Guy Parmelin – La Côte, ce lieu clair et rêveur, tout en douceurs et en perspectives ouvertes et profondes. Il a vu mûrir le politicien Parmelin au Grand Conseil vaudois, puis a siégé avec lui à Berne. Il témoigne: «De tout temps, je l’ai connu plus libéral qu’agrarien, plus à cheval sur la responsabilité individuelle que les paysans traditionnels de l’UDC, plutôt centristes dans le sillage de leur conseiller d’Etat Marcel Blanc.» C’était avant la vague blochérienne sur laquelle a surfé le paysan-vigneron de Bursins. Claude Ruey confie: «Je lui en ai voulu pour son engagement frontal contre l’immigration massive, le 9 février 2014. L’initiative de l’UDC cause du tort au canton. Mais il est impossible de se brouiller avec Guy Parmelin.»

«On ne lui connaît aucun ennemi»

Isabelle Moret, à ses côtés à la Commission santé et social du National, abonde dans le même sens: «On ne lui connaît aucun ennemi. Il travaillera bien avec tout le monde, au Conseil fédéral et avec le parlement.» C’est sûr, ce n’est pas le Vaudois qui bousculera le Conseil fédéral, le fera sortir de sa zone de confort. «Si on doutait qu’Aeschi puisse faire du bien au Conseil fédéral, on est certain que Parmelin ne lui causera pas de mal», résume un protagoniste de l’élection d’hier.

Cette aptitude à se fondre dans le moule et à travailler dans l’esprit de la collégialité, c’est la force du Vaudois, et en même temps sa faiblesse. Excellent mécanicien des assurances sociales, capable de mettre de l’huile dans les rouages de la machine et pouvant, selon les besoins, changer une pièce usée par une autre, saura-t-il s’imposer en ingénieur capable de penser comment donner plus de puissance au moteur qui fait tourner la machine Suisse? Le pas est immense.

C’est la grande inconnue qui subsiste à son égard. Il est élu avec le bénéfice du doute. La fonction peut révéler l’homme. L’inverse est aussi vrai: si Guy Parmelin ne grandit pas avec la fonction, il court le risque d’être épinglé pour amateurisme. Féroce, l’essayiste François Cherix, membre du Parti socialiste, avertit: «Je crains que le canton de Vaud ne soit renvoyé à sa caricature: le cliché insupportable du Vaudois, terrien et convivial, gentil mais opportuniste, peu dangereux parce que peu compétent. C’est une menace qui plane avec Guy Parmelin.»

Porté par la vague blochérienne

A l’exception de sa présidence très compétente de la Commission santé et social du National, on ne lui connaît guère de faits majeurs au parlement. Il a présidé, en rassembleur, la section UDC vaudoise quand elle était sortie du marasme causé par la dramatique éviction de Pierre-François Veillon du Conseil d’Etat vaudois. Elu comme agrarien au Conseil national en 2003, il n’a jamais cherché à freiner le glissement du parti des paysans vaudois vers la radicalisation blochérienne. Au contraire, il s’est laissé envelopper par ce mouvement gagnant.

En 2007, il vit comme un choc la non-réélection de Christoph Blocher au Conseil fédéral. L’UDC vaudoise est divisée. Il en est sa figure de proue à Berne et il est assailli de téléphones. Les appels à soutenir la dissidence qui se dessine à Berne et aux Grisons dans le sillage de la nouvelle élue, Eveline Widmer-Schlumpf, le laissent de marbre. Guy Parmelin choisit sans états d’âme la fidélité à Blocher et à l’UDC Suisse, qui gagne et fait gagner le parti dans son canton. Huit ans plus tard, il en récolte les fruits: c’est lui qui hérite du siège laissé vacant par la Grisonne.

Dans son terroir

Issu d’une famille de paysans qui travaille la terre de Bursins depuis 1536, les pieds enfouis vingt centimètres dans son terroir, Guy Parmelin, 56 ans, aurait pu étudier. Mais il est fier d’avoir appris le métier d’agriculteur après sa maturité. S’il a repris le domaine familial avec son frère cadet, cela fait des années que la politique l’occupe presque entièrement. Avec son épouse, Caroline, enseignante d’allemand – un père zurichois et une mère bavaroise –, il n’a pas d’enfants. La musique classique et l’opéra les réunissent. L’homme de la terre se méfie de la grandeur, sauf celle de Beethoven.

Créé: 09.12.2015, 22h51

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.