«Il y a une joie malsaine à voir trébucher nos élus»

PolémiqueLe Parti socialiste est mis sous pression par plusieurs affaires. Sa vice-présidente, Géraldine Savary, livre son sentiment.

La conseillère aux Etats réagit à des attaques contre des élus PS accusés de manquer de rectitude.

La conseillère aux Etats réagit à des attaques contre des élus PS accusés de manquer de rectitude. Image: JEAN-BERNARD SIEBER / ARC

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Affaire Kiener-Nellen sur l’optimisation fiscale, affaire Leutenegger sur les résidences secondaires. Le Parti socialiste voit plusieurs de ses élus fortunés accusés, dans la presse alémanique, de manquer de rectitude. L’ancien président du PS Helmut Hubacher estime que «celui qui a beaucoup d’argent fait des bêtises». La conseillère aux Etats vaudoise Géraldine Savary, vice-présidente du PS, réagit. Interview.

Les élus PS ont-ils un problème avec l’argent?
Non. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une sorte de tribunal médiatique qui s’instaure dès qu’un socialiste doit déclarer ses revenus, ses propriétés. C’est comme si on exigeait de ces élus, au-delà des questions légales, une austérité morale. Ils devraient presque vivre dans la précarité. Comme si un élu qui a une formation académique, un revenu confortable et des biens ne pouvait pas être au PS. Cela a toujours été une critique de la droite pour tenter de décrédibiliser un élu de gauche.

Peut-on être riche et militer au PS?
La situation financière d’un élu ne dit rien sur son engagement, ses convictions et sa sincérité. Pour un socialiste qui a une fortune, ce qui est essentiel, c’est de ne pas avoir acquis ces biens illégalement ou en abusant de privilèges quelconques. Il doit y avoir aussi une adéquation entre sa manière de vivre et sa pensée politique.

Donc pour le PS, il n’y a pas un risque d’avoir des élus fortunés.
Quelques élus ont un patrimoine familial important. Ils doivent faire en sorte que cette fortune ne les place pas du côté des puissants et de la défense de leur intérêt personnel. Et que constate-t-on? La plupart des élus PS qui ont une fortune ou des revenus élevés travaillent contre leur propre intérêt.

Vraiment? Que dire alors de la conseillère nationale Suzanne Leutenegger, qui achète une résidence secondaire via sa société familiale deux semaines avant la votation alors qu’elle est membre du comité d’initiative Weber?
Elle a acquis ce bien de façon légale, dans le cadre familial et pour le bien de sa nièce handicapée. Cela ne remet pas en cause sa sincérité de vouloir lutter contre l’extension des résidences secondaires.

Si, c’est de la double morale… Vous ne pouvez pas considérer que les résidences secondaires défigurent le paysage et en acheter une juste avant la votation!
Cette résidence secondaire aurait de toute façon été achetée par quelqu’un! Mme Leutenegger peut considérer qu’il y a trop de résidences secondaires et vouloir légiférer. De la même manière, elle peut avoir de la fortune et se prononcer pour une taxation plus élevée des personnes fortunées.

Problème, cette affaire vient après celle de la conseillère nationale Kiener-Nellen qui faisait de l’optimisation fiscale. Là aussi, ça ne vous dérange pas?
Ce cas est différent car nous condamnons les pratiques d’optimisation fiscale.

L’optimisation fiscale est tout à fait légale. Pourquoi alors condamner cette élue?
Je ne condamne pas la personne. Chacun de nous dépend aussi de son entourage, de son époux, de ses enfants, de ses parents. Cela complique les choix personnels. Je remarque, et ce n’est pas un hasard, que ces deux femmes étaient aussi très actives sur les dossiers politiques.

Il y a un complot contre elles?
Pas un complot. Mais une joie malsaine à voir trébucher des fem­mes qui ont mené la fleur au fusil de grandes batailles sur la justice fiscale.

Nous ne sommes pas les champions de la morale, mais de la politique. Nous voulons des lois.

L’ancien président du PS Hubacher s’énerve pourtant sur ces comportements qu’il qualifie de «fautes et stupidités»…
Doit-on vraiment exposer la vie privée des élus, ce qu’ils gagnent, ce qu’ils possèdent, le nombre de pièces qu’ils habitent? J’y vois la marque d’un tribunal médiatique. On parle de morale politique alors qu’on expose la vie privée des gens. C’est incorrect.

Comment pouvez-vous dire cela? Le PS est le champion de la morale. Il a toujours ce mot à la bouche…
C’est faux. Nous ne sommes pas les champions de la morale, mais de la politique.

Et sur le salaire des grands patrons qui s’en mettent plein les poches, sur l’accueil des réfugiés…
Non, c’est le PDC qui veut de la morale. Nous, nous voulons des lois. Sur les réfugiés, ce n’est pas une question morale mais politique. Le philosophe Comte-Sponville l’a très bien dit. Il est dangereux pour nos sociétés de passer du champ politique au champ de la morale. Nous avons une responsabilité d’avoir des pratiques personnelles qui interdisent les privilèges et qui respectent les lois mais nous devons aussi protéger notre vie privée. Déclarer nos revenus tous azimuts, c’est de la transparence hors de propos.

Des élus PS publient au centime près leurs revenus.
C’est une erreur. Il en va du respect de nos fonctions et de notre vie privée.

Avez-vous vécu personnellement une situation critique à cause de votre situation financière ou de vos relations?
Oui, bien entendu.

Vous pouvez développer…
Non. Disons que je pensais que les politiciens avaient autant de droits qu’un autre citoyen. En réalité, nous en avons moins. Ce qui n’est pas un problème vu que nous avons d’autres avantages.

En ne disant rien de concret, vous courez le risque qu’on vous accuse de bénéficier de passe-droits.
Non, j’évite les passe-droits et je suis très attentive à cela. Cela choquerait à juste titre la population. L’exemple: avoir une information sur un appartement à vendre. Ça ne va pas.

Un élu PS bernois se demande s’il va faire toutes les déductions fiscales auxquelles il a droit de peur de passer pour un profiteur.
Voilà où on en est. Cet élu possède une maison. La façon dont il gère ce bien ne regarde personne. C’est comme pour Geri Müller (ndlr: conseiller national écologiste argovien) qui a dû s’expliquer sur sa vie privée. Ce n’est bon ni pour la population, ni pour les médias, ni pour la politique.

Créé: 18.03.2015, 22h23

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.