Les opposants à la loi sur le renseignement ne baissent pas les bras

TerrorismeMalgré les attentats, une partie de la gauche s'oppose toujours au renforcement des moyens du Service de renseignement de la Confédération. Interview.

Muriel Waeger est vice-présidente de la Jeunesse socialiste suisse.

Muriel Waeger est vice-présidente de la Jeunesse socialiste suisse. Image: Chantal Dervey - A

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Le référendum lancé par les Verts, le Parti Pirate, la Jeunesse socialiste suisse (JSS) et le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) contre la loi sur le renseignement (LRens) est sur la bonne voie. A quelque sept semaines de l'échéance, plus de 25'000 signatures ont été récoltées, ont annoncé hier les membres du Comité romand contre l'Etat fouineur. Alors que l'opposition à la LRens suscite toujours davantage d'incompréhension après les les attentats de Paris, le comité s'est expliqué hier à Lausanne. Interview de Muriel Waeger, vice-présidente de la Jeunesse socialiste suisse.

– Est-ce que vous ne cultivez pas la parano en rappelant toujours le scandale des fiches. Les choses ont changé depuis les années 80, non?
– L'affaire des fiches montre à quelles dérives on s'expose si l'on fait confiance aux services de renseignement. A l'époque, ils avaient agi sans base légale. Il ne faut donc surtout pas adopter une loi qui permettrait au Service de renseignement de la Confédération (SRC) de bafouer les règles fondamentales de l'Etat de droit.

– Vous vous opposez notamment à l'échange d'informations avec des services de renseignement étrangers. Mais comment lutter alors contre la criminalité et le terrorisme internationaux?
– Là aussi, les exemples passés sont édifiants: la Suisse a déjà toléré le transit, en toute illégalité, de prisonniers détenus par les Etats-Unis. Pour collaborer avec des services de renseignement étrangers, il faut avoir une monnaie d'échange, c'est-à-dire des informations. Concrètement, cela veut dire que le SRC pourrait être amené à faire de la rétention d'informations à l'égard des autorités de poursuite suisses afin de garder la primeur pour ses correspondants étrangers. Cela pourrait mettre en péril la sécurité du pays. Il vaut mieux en rester à une collaboration policière entre autorités judiciaires. La législation actuelle sur l'entraide pénale internationale le permet et donne déjà des moyens de surveillance suffisants.

– En refusant la LRens, est-ce que vous ne réservez pas l'exclusivité des nouveaux outils de communication aux criminels?
– La législation actuelle permet déjà d'utiliser ces outils, lorsque cela est justifié et sous le contrôle d'un juge. La LRens, en revanche, ne prévoit pas de contrôle judiciaire, ni de recours. Elle encourage une surveillance de masse sur Internet, au moyen de mots clés. Tous les spécialistes vous diront qu'une telle surveillance est inefficace car les personnes dangereuses se perdent dans la masse. Pour servir à quelque chose, la surveillance doit être ciblée et se fonder sur des indices.

– Quels ajustements seraient nécessaires pour la LRens soit acceptable, à votre avis?
– Les mesures de surveillance devraient être approuvées par un juge, qui puisse apprécier leur justification. Elles devraient s'appliquer dans le respect des droits fondamentaux. Enfin, l'interdiction de certaines associations devrait être biffée de la loi, ou assortie au moins d'un droit de recours au Tribunal fédéral.

(24 heures)

Créé: 24.11.2015, 14h19

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