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«Les opposants rêvent de reconstruire des centrales. Voilà leur plan B!»

Artisan du compromis trouvé au Parlement, Roger Nordmann (PS/VD) défend le projet.

«Il y aura peu d’éoliennes et beaucoup d’installations solaires car leurs coûts ont beaucoup baissé et qu’elles sont bien acceptées», prédit le socialiste vaudois Roger Nordmann.
«Il y aura peu d’éoliennes et beaucoup d’installations solaires car leurs coûts ont beaucoup baissé et qu’elles sont bien acceptées», prédit le socialiste vaudois Roger Nordmann.
FLORIAN CELLA

S’il est un sujet sur lequel il est intarissable, c’est bien la Stratégie énergétique. Roger Nordmann a été l’un des artisans du compromis autour du plan de sortie du nucléaire. Un plan qu’il estime aujourd’hui équilibré - «très suisse, construite par concessions mutuelles pour obtenir une majorité». Le socialiste vaudois, président de Swissolar, dénonce les «affirmations fausses» et les non-dit des opposants. Interview

– On sait qu’on ne construira pas de nouvelles centrales. A-t-on vraiment besoin de la stratégie énergétique et de l’Etat pour sortir du nucléaire?

– Dans tous les pays du monde, l’Etat a un rôle important dans l’approvisionnement énergétique. La vraie motivation des référendaires, c’est de pouvoir un jour reconstruire des centrales nucléaires. D’ailleurs le président de l’UDC Albert Rösti est aussi président de l’association du nucléaire (AVES) et de Swissoil, le lobby des vendeurs de mazout. Quels seraient les plans B? Le premier serait de miser sur les énergies fossiles. Le deuxième, de relancer le nucléaire, ce qui exigerait d’énormes subventions étatiques et un oui du peuple. Le troisième, c’est l’importation du courant étranger, ce qui n’amène aucune valeur ajoutée, augmente la dépendance énergétique du pays et l’expose aux fluctuations des prix.

– Vous devez aussi faire face à une opposition qui vient des protecteurs de la nature, notamment Philippe Roch qui estime qu’on a sacrifié le paysage sur l’autel de l’énergie.

– Monsieur Roch lance des affirmations fausses. La loi sur la protection de la nature et du paysage, qui règle le droit de recours des associations n’est pas modifiée. Le seul changement, c’est que dans des sites comme la vallée de Joux, inscrits à l’inventaire suisse de la protection du paysage, les installations importantes d’énergie renouvelable seront d’intérêt national, tout comme l’objectif de protection. Et il faut faire une pesée des intérêts. Les plus grandes menaces pour l’environnement, ce ne sont pas les éoliennes, c’est le réchauffement climatique qui bouleverse tout l’écosystème. Et c’est un accident nucléaire.

– Mais n’avez-vous pas sous-estimé l’opposition des anti-éoliens?

– Les éoliennes polarisent, c’est vrai, mais ce n’est qu’une petite partie de l’approvisionnement. Leur intérêt, c’est qu’elles apportent davantage d’électricité en hiver qu’en été. Le jour où on a une meilleure technologie, on pourra les démonter. En outre, les cantons devront faire une planification des énergies renouvelables. Cela leur permettra de créer des zones d’exclusion. En réalité, il y aura peu d’éoliennes et beaucoup d’installations solaires car leurs coûts ont beaucoup baissé et qu’elles sont bien acceptées.

– Reste que le solaire produit surtout en été, alors que les besoins sont en hiver.

– Le solaire est très bien étalé dans l’année, il produit un tiers en hiver, et deux tiers en été. Dès le mois de février, il produit très fort. Cela permettra donc de concentrer l’utilisation de l’énergie hydroélectrique sur le cœur de l’hiver. L’autre avantage du solaire, c’est qu’il produit le jour, lorsque la demande est la plus élevée. Cela dit, il faut continuer à développer aussi l’hydraulique, la géothermie, la biomasse et l’éolien.

– Cela fait 30 ans qu’on nous prédit cette révolution du renouvelable.

– On a désormais remplacé un sixième du nucléaire par du renouvelable. Les deux piliers pour la Suisse seront l’hydraulique qui peut encore faire des gains d’efficacité, et le solaire. Mais toutes les énergies renouvelables ont des profils différents et complémentaires.

– On parle de 40 francs par ménage. Mais mieux isoler les bâtiments fera augmenter les loyers. Et si on veut des appareils moins gourmands, il faudra en acheter d’autres. Tout cela va coûter cher au consommateur.

– On dépense entre 25 et 30 milliards pour l’énergie. En gagnant en efficacité, on réduit cette facture. Bien sûr qu’il faut investir, mais investir intelligemment, quand on doit de toute façon remplacer une voiture, un système de chauffage ou refaire une façade. Les locataires ont tout intérêt à ce que le propriétaire investisse dans l’isolation pour faire baisser les frais de chauffage et améliorer le confort. D’ailleurs l’ASLOCA soutient la Stratégie.

– Mais reconnaissez que parler de 40 francs par ménage, c’est un mensonge!

– Absolument pas. 40 francs, c’est ce que la loi prévoit comme prélèvement additionnel pour financer la production d’électricité renouvelable. Mais le vrai calcul, c’est comparer la stratégie énergétique avec d’autres solutions, telles que l’importation de masse ou la construction de nouvelles centrales. Ces deux alternatives coûtent au moins aussi cher, sans produire de valeur ajoutée en Suisse. Avec son référendum, l’UDC défend davantage les intérêts de Poutine et de l’Arabie saoudite que ceux de la classe moyenne suisse!

– Pascal Couchepin pointe du doigt le subventionnement à tout va du projet, y compris pour les barragistes. Que lui répondez-vous?

– Si on suit sa logique, personne n’investit en Suisse car le prix du courant est trop bas pour permettre des amortissements. De plus, les installations hydroélectriques existantes feront faillite et seront vendues à l’étranger. Le jour où le prix de l’électricité remontera, les bénéfices seront partis à l’étranger. C’est le libéralisme absolu. Je pense que ces installations payées par les consommateurs suisses doivent rester en mains suisses. Brader nos barrages est une politique à courte vue!

– L’approvisionnement peut-il être garanti, alors que seule la moitié de l’électricité des centrales sera remplacée par du renouvelable?

– C’est une première étape. Remplacer un peu plus de la moitié du nucléaire et de faire baisser drastiquement l’usage des énergies fossiles, c’est l’objectif de ces 10 à 15 prochaines années. Mais il est évident qu’il faudra aussi remplacer la deuxième moitié de la production nucléaire. On sera dans une bien meilleure situation si on a déjà remplacé la moitié du courant nucléaire par du renouvelable!

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