Les PDC Romands ne veulent pas d'un dur à la présidence

PolitiqueSeul candidat à la présidence, Gerhard Pfister fait trembler les Latins. Un duel avec le modéré Martin Candinas se profilerait toutefois.

Le Zougois Gerhard Pfister, au centre, veut devenir le nouveau chef de file du PDC suisse.

Le Zougois Gerhard Pfister, au centre, veut devenir le nouveau chef de file du PDC suisse. Image: Keystone

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Il y a ceux qui vous le diront en face: Gerhard Pfister, seul candidat déclaré – pour l’heure – à la présidence du PDC n’est pas, pour les Romands, le chef de file rêvé. «C’est un homme de dossiers, rigoureux, intelligent. Mais il vote souvent avec l’UDC, et pas avec notre groupe parlementaire, et n’est pas toujours très connecté avec la base. C’est ce qui me gêne le plus», dit de lui le conseiller national Jean-Paul Gschwind (PDC/JU). Mais beaucoup préféreront garder l’anonymat pour confesser l’effet repoussoir que leur provoque la candidature de Gerhard Pfister. «Il ne passe pas, il n’est pas sympa!» dit l’un d’eux. «Je ne peux pas imaginer une minute que ce type soit président de notre parti. Il est intelligent, cultivé, mais il a fait de ces trucs», résume un autre démocrate-chrétien.

«Il ne passe pas, il n’est pas sympa!»

Par «trucs», il ne faut rien voir d’illégal. Juste une manière de qualifier l’attitude du conseiller national Gerhard Pfister (PDC/ZG), un franc-tireur déterminé dont certains de ses camarades se méfient à tel point que la légende fédérale l’a même parfois fait passer pour un espion de l’UDC! Son profil Smartvote le positionne très à droite sur les questions de sécurité, tandis que sa sensibilité environnementale est quasi nulle. Le Zougois de 53 ans veut verrouiller ce qui reste du secret bancaire, il n’hésite pas à critiquer vertement les cantons bénéficiaires de la péréquation financière, souvent des fiefs PDC (Valais, Fribourg, Jura, etc.), qu’il a même décrits une fois comme «l’OPEP des Alpes».

L’homme du 15/15

Chouchou des médias alémaniques, ce politicien professionnel n’a cure des critiques. La présidence du PDC occupée par Christophe Darbellay sera bientôt libre. L’assemblée des délégués désignera un nouveau chef de file le 23 avril à Winterthour (ZH). Gerhard Pfister a lancé sa candidature en début d’année, dans son fief zougois, en annonçant des ambitions claires. Sa vision pour son parti se résume en un mot-clé: 15/15, soit décrocher 15% des voix (contre 11,6% aujourd’hui) en 2023 et 15 élus au Conseil des Etats (13 aujourd’hui). Pour y arriver, il s’agit selon lui de serrer les rangs, d’avoir une ligne claire à laquelle le parti se tienne. Entendez par là: fini les positions girouettes!

Et ça semble plaire. Dans les médias alémaniques, les commentaires voyant dans le profil du Zougois une main de fer idéale pour redresser le navire PDC se suivent. Gerhard Pfister a aussi réuni 15 conseillers d’Etat autour de sa candidature, prouvant qu’il n’est pas là pour faire de la figuration. «Cette mise en scène, cette autoproclamation est très habile. Mais il y a un procédé de désignation interne au parti», relève un élu fédéral PDC. Pour qui il ne faudrait d’ailleurs pas surestimer les appuis du Zougois. «Il a toujours le même réseau derrière lui: les cantons alémaniques contributeurs à la péréquation et les PDC les plus sévères dans l’asile.»

L’espoir Martin Candinas

Pour faire barrage à Gerhard Pfister, une majorité des élus latins attendent donc comme le Messie la candidature de Martin Candinas. Ce conseiller national grison de 35 ans hésite depuis longtemps. Père de 3 enfants en bas âge, Romanche de la Surselva, il redoute une charge trop chronophage. Il rougit lorsqu’on lui demande ses intentions: «Je prendrai une décision d’ici à la fin du mois.»

Mais, dans les coulisses, on nous assure qu’il se lancera. Des clarifications sont en tout cas attendues au cours du séminaire de travail du parti qui se tient aujourd’hui et demain dans le canton de Schwytz: «J’attends de Martin Candinas qu’il fasse acte de candidature rapidement. Cela permettra aux gens de se positionner entre deux profils. Aujour­d’hui, tout le monde fait acte d’allégeance envers Gerhard Pfister parce qu’il s’est déclaré», estime le conseiller national Yannick Buttet (PDC/VS).

Un choix de ligne

C’est effectivement un choix de ligne que les délégués du PDC seront amenés à faire si le duel espéré a bien lieu. «Préfère-t-on aller vers une ligne plus stricte, plus contraignante, organisée, plus à droite, où une minorité ne se reconnaîtra pas? Ou alors vers une ligne plus souple, plus complaisante, tolérante, mais où toute l’amplitude du parti continuera de s’exprimer? C’est la grande question», résume Claude Béglé (PDC/VD). Mais que veut l’électorat démocrate-chrétien? «L’électeur vaudois, et genevois, a été plus habitué à la ligne Candinas. Mais je m’abstiendrai de donner un avis personnel», conclut le conseiller national. (24 heures)

Créé: 15.01.2016, 08h29

Vice-présidence romande à repourvoir

Le 23 avril, les délégués du PDC devront non seulement élire un nouveau président, mais aussi désigner un nouveau vice-président romand, pour remplacer le Fribourgeois Dominique de Buman. Les têtes pensantes du parti réfléchissent à un duo pour ce poste, sur le modèle PLR Christian Lüscher-Isabelle Moret. Et ils verraient bien le Chablaisien Yannick Buttet et le Genevois Guillaume Barazzone inaugurer ce tandem. «Cela pourrait bien marcher entre nous, car nous avons des profils très complémentaires, estime Yannick Buttet. Mais cela n’entre dans pas dans nos objectifs personnels. Et lui et moi avons suffisamment de travail. S’il le faut, ce serait pour servir le parti», note l’élu, qui est aussi président de la Commune de Collombey-Muraz.

Guillaume Barazzone, lui, est catégorique: il n’est pas intéressé. «Ce n’est pas compatible avec ma fonction à l’Exécutif de la Ville de Genève», précise l’élu, qui est aussi conseiller national. Le calendrier est particulièrement inopportun pour lui, car il devrait dès juin devenir maire de Genève, selon le tournus.

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