Protection des données: «La Suisse est restée à l'ère de la carte Cumulus»

BerneAvec l'arrivée d'un nouveau préposé et la révision de la loi, la protection des données sera un des enjeux de l'année à venir.

En échangeant des messages, en surfant sur Internet, chacun laisse des traces qui, lorsqu’elles sont combinées et analysées, fournissent toutes sortes d’informations.

En échangeant des messages, en surfant sur Internet, chacun laisse des traces qui, lorsqu’elles sont combinées et analysées, fournissent toutes sortes d’informations. Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ça bouge sur le front de la protection des données. En désignant le vice-directeur de la police fédérale Adrian Lobsiger pour le poste de préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT), le gouvernement n’a pas manqué d’inquiéter les défenseurs de la sphère privée. En pleine campagne contre la loi sur le renseignement, certains milieux ont voulu y voir le signe d’une prise de pouvoir de l’Etat fouineur sur la protection des données.

Malgré ces remous, la nomination d’Adrian Lobsiger sera vraisemblablement confirmée à la session de printemps. Le parlement devra aussi se pencher sur la révision de la loi sur la protection des données (LPD). Conseiller national vaudois (PLR), Fathi Derder entend profiter de l’occasion pour déposer une interpellation demandant au Conseil fédéral d’examiner si les tâches du préposé doivent être élargies et, le cas échéant, si les moyens dont il dispose sont suffisants. «La Suisse en est restée au temps de la carte Cumulus», estime l’ancien homme de radio qui suit de très près le dossier.

Ne pas diaboliser

Pour mémoire, le poste du préposé représente un 60% actuellement. Le taux d’occupation de son remplaçant devra être déterminé par les Chambres. On parle de le relever à 80%. Par ailleurs, les services du PFPDT sont actuellement dotés de 28,2 emplois en équivalent plein temps.

Jean-Philippe Walter, qui assure l’intérim jusqu’à la confirmation d’Adrian Lobsiger, l’a dit lui-même: les moyens actuels ne suffisent pas. Fathi Derder estime cependant que, avant de parler d’effectifs, il convient de se pencher sur les missions du PFPDT et de prendre en compte l’évolution technologique.

«De par ses activités, chacun émet en permanence des masses de données», rappelle le libéral-radical. Qui refuse d’ailleurs de diaboliser le phénomène et estime que nombre de ces données sont créées pour nous faciliter la tâche – accélérer une recherche, par exemple – ou carrément pour notre bien. «Je pense au domaine de la santé. En identifiant les caractéristiques de chaque patient et des maladies dont il souffre, on pourra définir des traitements et des médicaments sur mesure, beaucoup plus efficaces et avec moins d’effets secondaires que les produits actuels.»

Big Data ou Big Brother?

Tout le monde cependant n’observe pas au travers de lunettes roses la croissance exponentielle des données – on parle d’un facteur quatre depuis l’avènement du stockage numérique, au début des années 2000. Après tout, Big Data ressemble un peu trop à Big Brother.

C’est que le phénomène s’est accompagné d’une explosion des capacités d’analyse qui permettent, en combinant les données provenant de plusieurs sources, de rassembler toujours davantage d’informations sur les habitudes et la vie d’un individu. Les enjeux commerciaux sont évidents, pour ne rien dire de la surveillance des personnes si l’Etat ne joue pas le jeu de la protection des données.

Fathi Derder, qui ne partage pas cette vision pessimiste, estime toutefois qu’il serait imprudent d’accorder une confiance aveugle à l’Etat et aux entreprises. «Le système libéral repose sur la confiance, mais on ne vit pas non plus dans un monde idéal. Les gens se méfient beaucoup de l’usage qui est fait de leurs données, même si des entreprises comme Google ne peuvent se permettre la moindre incartade car les conséquences seraient dévastatrices pour elles.»

Révision en retard

Si l’enjeu est de taille, la révision de la loi sur la protection des données a pris du retard. Les ministres concernés – Simonetta Sommaruga, Johann Schneider-Ammann et Alain Berset – sont convaincus de la nécessité d’agir. Mais à droite et dans l’économie, on ne partage pas forcément le libéralisme vigilant de Fathi Derder: la protection des données est souvent perçue comme une entrave à la liberté des affaires.

L’attentisme actuel s’explique aussi par la volonté de Berne de suivre le traitement du dossier par Bruxelles. Cette dernière sera certainement plus restrictive que les Etats-Unis, plutôt libéraux en la matière, et la Suisse devrait s’aligner sur cette position.

Créé: 29.12.2015, 18h29

Articles en relation

Berne veut un superflic pour protéger nos données

Société numérique Le choix du nouveau préposé, issu de FedPol, fait des vagues. Le malaise illustre l'importance prise par le thème des données. Plus...

L'accord avec les Etats-Unis désormais remis en cause

Protection des données La Suisse est également touchée par la décision de la Cour européenne de justice d'invalider le cadre juridique qui couvre le transfert de données personnelles vers les Etats-Unis. Plus...

Berne a lancé une procédure concernant Windows 10

Protection des données Le préposé fédéral à la protection des données a lancé une procédure d'éclaircissement concernant le système Windows 10 de Microsoft, lancé cet été. Plus...

Windows 10: Berne sommée de protéger la sphère privée

Protection des données Selon le Parti pirate suisse, Microsoft violerait la sphère privée des utilisateurs. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.