«Si la révision échoue, nous irons devant le peuple»

Protection de l'environnementLa présidente des Verts Adèle Thorens se montre plutôt pessimiste quand à la nouvelle loi sur l'environnement qui sert de contreprojet à l'initiative «Pour une économie verte».

Image: Keystone

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Le National a vidé jeudi un peu plus de sa substance la révision de la loi sur la protection de l'environnement (LPE) qui servait de contre-projet à l'initiative des Verts pour une économie verte. La droite a fait bloc contre cette révision estimant que la Suisse doit avoir une loi en la matière la moins restrictive possible pour l'économie. Lors du débat aux États, les sénateurs ont largement réduit la portée du texte de Doris Leuthard invoquant les charges supplémentaires pour les entreprises. Au National, les orateurs de droite ont poursuivi sur la même lancée. Réaction avec la présidente des Verts Adèle Thorens.

24 heures - Pour l’instant, la LPE, qui avait déjà subi une cure d’amaigrissement aux Etats est également malmenée au National. Etes-vous déçue?

Adèle Thorens - Il y a un point fort pour nous dans cette révision qui a échoué, comme aux Etats, c’est la prise en compte de l’impact écologique de la Suisse à l’étranger. La majorité de ce Parlement fonctionne comme si la Suisse était coupée du monde et que la mondialisation n’avait pas eu lieu depuis les années 80. Il s’agit de moderniser la LPE qui date de 1983. Aujourd’hui, 70% de notre impact écologique a lieu à l’étranger, cette proportion a donc beaucoup augmenté et le Parlement refuse d’en tenir compte. Par contre, il est toujours prêt à demander aux pays en développement des mesures pour qu’ils réduisent leurs émissions de CO2 à notre place! Mais quand il s’agit de prendre des mesures pour que des produits importés que nous consommons ici aient un moindre impact, là il n’y a plus personne!

On l’a vu : la droite économique a fait bloc contre cette révision. Même le PDC n’a pas suivi dans son intégralité sa conseillère fédérale Doris Leuthard…

C’est très paradoxal. Nou sommes dans une situation où les majorités sont très serrées et il y a au sein du PDC des gens qui votent effectivement contre le projet de loi de leur propre ministre. A cause de ces quelques voix, nous avons perdu sur certaines points importants.

Vous estimez quand même avoir gagné sur quelques points. Lesquels ?

Ce qui est important et qui n’a été que peu contesté dans toutes les discussions, c’est le fait qu’enfin, on a introduit dans la loi la notion de préservation des ressources. Cela paraît absurde aujourd’hui, mais notre LPE actuelle ne parle que de prévenir ou de gérer des pollutions et de substances néfastes. Il n’est fait nulle part mention de la surexploitation des ressources qui est l'un des plus grands problèmes environnementaux au monde. Ce principe a donc passé au Parlement, il est dans la loi et n’est pas contesté. C'est la moitié du chemin. Il y avait deux points pour nous: la gestion des ressources et l’impact de la Suisse à l’étranger. On a gagné le premier, mais perdu le second. Nous avons aussi obtenu aussi un instrument intéressant, comme la plateforme pour l’économie verte qui va réunir les entreprises - qui l’ont d’ailleurs plébiscitée - pour échanger les bonnes pratiques en la matière. Des mesures pourront aussi être prises avec la branche concernée pour réduire les emballages, qui constitue 30 à 50 % des déchets de nos poubelles.

Et vos principaux échecs, mis à part l’impact écologique de la Suisse à l’étranger? Nous avons perdu sur un point particulièrement absurde ce jeudi : l’introduction dans la loi d’un article supplémentaire sur le principe de subsidiarité. C’est non seulement inutile, car ce principe est déjà inclu dans deux autres articles de la révision, mais en plus c’est dangereux, car cela implique que l’ensemble de loi soit soumis au principe de subsidiarité. Or cela pourrait constituer un recul majeur des politiques environnementales car ce principe dit qu’il faut d’abord se baser sur des mesures volontaires. On peut le faire dans certains domaines sans problème, mais pas par exemple pour les substances dangereuses pour lesquelles des prescriptions sont indispensables. Je suis sûre que le Conseil des Etats va corriger ce point, tant il est absurde et dangereux.

Allez-vous du coup maintenir votre initiative «Pour une économie verte» ou imaginez-vous encore pouvoir la retirer?

Je dirais que la non-prise en compte de l’impact de la Suisse à l’étranger est très grave. C’est vraiment une grande lacune de cette révision à nos yeux si cela reste en l'état. La question est de savoir maintenant si les mesures liées à ce principe vont être maintenues ou pas dans nos prochains débats. Car le vote qui a eu lieu aujourd'hui ne concerne que le principe. Nous allons encore voter sur les mesures qui permettent de limiter l’importation de certaines matières premières particulièrement dommageables à l’environnement en encourageant celles qui sont labellisées. C'est possible pour l’huile de palme, le bois et le coton. Tout dépendra de ce que va voter le Parlement là-dessus. S’il ne veut pas parler de principe, mais prendre des mesures efficaces pour limiter notre impact environnemental à l’étranger, dans ce cas-là, la situation serait différente. On aurait quand même un résultat.

Mais vous semblez plutôt pessimiste!

Les débats d’aujourd’hui illustrent un processus que l’on a déjà vu ces derniers mois. Le durcissement et la fermeture de ce Parlement sur les questions environnementales se sont vraiment accrus, on l’a vu aussi avec la Stratégie énergétique. Et je crains que l'on n'arrive à un vote sur l'ensemble négatif, de pur dogmatisme, à la fin des débats. Et dans ce cas-là, il est évident que nous irons devant le peuple, non seulement avec notre initiative «pour une économie verte».

(nxp)

Créé: 10.09.2015, 16h30

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