Schneider-Ammann: «Mon rêve? Annoncer un résultat positif avec l’UE»

InterviewAvant son discours d’ouverture du WEF, le président de la Confédération livre ses espoirs pour garder une Suisse ouverte et compétitive.

PrésidentPour cette année présidentielle, Johann Schneider-Ammann s’est donné une devise: «Tous unis pour l’emploi et la Suisse».

PrésidentPour cette année présidentielle, Johann Schneider-Ammann s’est donné une devise: «Tous unis pour l’emploi et la Suisse». Image: Jean-Paul Guinnard

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En vrai Bernois, il parle lentement. Et soupèse soigneusement chaque mot. Le nouveau président de la Confédération, Johann Schneider-Ammann, est un homme prudent. Et lorsqu’il dit se méfier «de toute forme de bluff», on le croit. Mais ce patron dans l’âme est aussi un homme de convictions engagé pour un libéralisme qui n’oublie pas le partenariat social. Son ambition présidentielle: une sortie de crise avec l’Union européenne «en respectant la volonté populaire». Entretien.

Cette année, vous irez au WEF comme président de la Confédération. Comment voyez-vous ce nouveau rôle?
Je serai en quelque sorte un copatron lors de l’ouverture de ce WEF. Le premier, c’est naturellement Klaus Schwab. Dans mon discours d’ouverture, je vais mettre l’accent sur le monde du travail et les nouveaux défis, comme la digitalisation. Je veux aussi parler de mes convictions profondes. Ce sont d’abord les conditions-cadres de la place industrielle suisse que je veux défendre. Elles doivent être une invitation à investir. Enfin, c’est le partenariat social qui me tient très à cœur. Durant tout le reste de la semaine, je vais rencontrer des chefs d’Etat, des patrons des plus grandes entreprises, des représentants du monde de la science. Mon agenda est absolument plein dès mercredi à midi jusqu’à samedi.

Davos a l’image d’une grande vitrine superficielle. Peut-on y trouver des solutions concrètes, notamment sur la question européenne?
Oui, bien sûr. En janvier 2011, c’est à Davos que j’ai ouvert avec le ministre chinois les négociations pour l’accord de libre-échange qui a été mis sous toit en 2014. Cette année, je vais concentrer mes contacts avec des représentants européens. Il faut absolument clarifier notre relation avec notre premier partenaire économique. Je vais leur expliquer notre politique intérieure et nos délais. Nous devons trouver une issue d’ici à février 2017. En Suisse, nous avons 25% d’étrangers. C’est une situation que les autres pays ne connaissent pas. Nous devons leur faire comprendre cela afin de les amener à accepter une solution particulière pour le voisin et ami qui s’appelle la Suisse.

Ce travail d’explication, on l’a déjà fait en 2014 et en 2015. C’est encore nécessaire aujourd’hui?
Si vous voulez vendre votre produit, vous devez en parler jour et nuit durant toute la période où vous essayez de convaincre votre acheteur. Et cela recommence une fois le deal conclu. Ce processus d’explication va donc continuer à l’avenir.

La Suisse veut une clause de sauvegarde. Allez-vous hausser le ton avec l’UE?
J’ai vu vendredi à Bruxelles le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et un des thèmes a été la procédure avec le Royaume-Uni. Nous suivons de près les discussions entre Bruxelles et Londres car les conditions offertes à la Grande-Bretagne influeront sur les discussions avec la Suisse. Les deux devraient présenter les lignes de force de leurs futures relations à la fin de février. J’espère que ça ira vite. Il est important que nous puissions rapidement avancer dans nos discussions. Jean-Claude Juncker et moi-même étions d’accord pour poursuivre nos consultations de façon plus intensive.

A combien estimez-vous la chance d’arriver à un accord avec l’UE?
Je ne m’avancerai pas à faire une prédiction concrète. Dans ces cas-là, je dis généralement: fifty-fifty.

Simonetta Sommaruga a fait un gros travail l’an dernier pour relancer les discussions. Maintenant, c’est vous. Ce changement de partenaire n’est-il pas un handicap pour la Suisse?
On ne reprend pas de zéro. Soyez assurées que je me coordonne au maximum avec Simonetta Sommaruga, qui reste responsable du dossier de la libre circulation des personnes. Bruxelles doit réaliser que c’est la Suisse qui est à la table, et pas elle ou moi. Et je pense que je peux aussi apporter ma contribution car je connais Jean-Claude Juncker depuis des années. Nous ferons tout pour trouver une solution commune qui respecte les intérêts des deux parties.

Dans ce genre d’échanges, vous êtes des personnes ou simplement des rôles?
Les deux. On se parle ouvertement et amicalement. Mais chacun défend sa propre position. Tous deux, nous sommes habitués à ne pas faire de cadeau. On fait une claire distinction entre le style de discussion et le contenu des négociations.

Allez-vous vous battre pour un nouvel accord institutionnel? Les milieux économiques semblent prêts à faire une croix dessus.
Le Conseil fédéral a décidé de trouver une solution dans le domaine institutionnel. Cela n’est pas remis en question. Mais, pour le moment, nous mettons la priorité sur la mise en œuvre de l’article 121a (ndlr: limitation de l’immigration de masse) et la libre circulation des personnes. Personnellement, je pense qu’il est difficile d’arriver devant le peuple avec un paquet global. Il faut gagner chaque votation et le gouvernement doit présenter une solution majoritairement acceptable.

Mais, sans accord institutionnel, il n’y aura pas de nouveaux accès au marché européen.
C’est une question de priorités. On ne peut pas tout faire en même temps. Mais on ne remet pas en cause le fait qu’il nous faut aussi une solution sur le plan institutionnel.

Le dossier européen se joue aussi en Suisse. Il faudra convaincre. Comment allez-vous vous engager?
Dès que nous connaîtrons la solution, nous devrons intensifier nos efforts et aller au contact direct de la population pour expliquer aux gens, face à face, ce que nous avons fait et quels sont les enjeux. Nous devons les convaincre.

N’est-ce pas trop tard d’attendre un accord pour communiquer? Vos adversaires martèlent tous les jours leurs slogans antieuropéens!
J’en ai assez de ces accusations d’attentisme! Je m’engage depuis des années pour les Bilatérales. J’essaie d’expliquer partout où c’est possible pourquoi elles sont importantes: en tant que conseiller fédéral, mais aussi du point de vue de mon expérience d’ancien entrepreneur. Je l’ai d’ailleurs fait devant l’UDC à l’Albisgüetli, vendredi dernier. Dans les coulisses, nous travaillons et nous nous préparons. Mais nous ne pouvons pas, en toute conscience, parler d’une solution qui ne serait que virtuelle. Il nous faut d’abord clarifier les choses.

La votation du 28 février sur l’initiative de mise en œuvre de l’UDC peut aussi être un danger pour la libre circulation. Le Conseil fédéral s’engage-t-il suffisamment dans la campagne?
J’ai pris position publiquement plusieurs fois. Ma collègue Simonetta Sommaruga, qui est responsable du dossier, s’engage aussi. Adopter une telle initiative serait une provocation vis-à-vis de l’UE. Les milieux économiques sont en train de s’engager. J’ai souhaité que mes anciens milieux ne soient pas trop passifs. Swissmem (ndlr: industrie des machines), Interpharma et SuccèSuisse (ndlr: plate-forme libérale) s’engagent.

Au-delà de l’Europe, où sont vos priorités cette année?
Nous négocions plusieurs accords de libre-échange avec des pays émergents, en Asie-Pacifique – Malaisie, Vietnam, Indonésie, Philippines. Et surtout nous nous préparons, au sein de l’AELE, à l’éventuelle adoption d’un accord bilatéral (TTIP) entre les Etats-Unis et l’UE, d’ici à la fin du mandat d’Obama. Nous devrons réagir rapidement. D’un jour à l’autre, les droits de douane seront réduits de 6% à 8% entre les Etats-Unis et l’Union. Les obstacles techniques au commerce seront levés. Ce sera un vrai défi pour l’industrie et l’agriculture suisses.

Certains conseillers fédéraux ont savouré leur année de présidence. On pense à Pascal Couchepin ou à Doris Leuthard. Et vous, avez-vous déjà senti cette euphorie présidentielle?
Ces derniers jours, j’ai plusieurs fois éprouvé un sentiment de respect, de joie, de souveraineté et d’humilité. J’ai rencontré la semaine dernière les ambassadeurs du monde entier. La moitié d’entre eux ont demandé notre appui pour aider leur pays à lutter contre le chômage et à renforcer la formation professionnelle. Cela m’a fait prendre conscience à quel point nous avons de la chance. La Suisse est à un niveau de développement très élevé et le monde nous respecte pour cela. Nous avons une responsabilité vis-à-vis des pays qui souffrent le plus. Notre coopération pour le développement est utile et nécessaire. Le pire pour nous serait de faire preuve d’arrogance. Je lutte contre toute forme de bluff.

Que rêvez-vous d’accomplir durant cette année présidentielle?
Je me suis donné une devise: «Tous unis pour l’emploi et la Suisse».

Et un acte fort?
Pouvoir annoncer: «Mes chers compatriotes, nous avons obtenu un résultat positif dans nos négociations avec l’UE. Nous préservons les accords bilatéraux, tout en respectant la volonté du peuple.»

Créé: 20.01.2016, 07h27

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