Le Tessin attend l’application du 9 février avec impatience

ImmigrationLe canton mise beaucoup sur l’application de l’initiative UDC pour sortir de ses difficultés, surtout avec ses frontaliers.

Le parti Lega Sud Ticino a été porté sur les fonts baptismaux hier à Bellinzone. Un mouvement proche de la Ligue du Nord italienne et qui fâche la Lega dei Ticinesi par ses aspects «pro-frontaliers».

Le parti Lega Sud Ticino a été porté sur les fonts baptismaux hier à Bellinzone. Un mouvement proche de la Ligue du Nord italienne et qui fâche la Lega dei Ticinesi par ses aspects «pro-frontaliers». Image: CARLO REGUZZI/KEYSTONE

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Il y a un an, les Tessinois acceptaient à 68,2% l’initiative «Contre l’immigration de masse» – près de 18 points de plus que la moyenne nationale – au terme d’une campagne des plus émotionnelles. Dans ce canton, le texte de l’UDC a été perçu comme la solution aux problèmes liés à la proximité avec l’Italie. Chaque jour, quelque 60 000 Italiens passent la frontière pour venir travailler en Suisse. De nombreuses entreprises profitent de cette main-d’œuvre bon marché pour exercer une pression sur les salaires. Rares sont les semaines sans que la presse tessinoise n’évoque des cas de dumping salarial ou de discrimination à l’embauche, notamment via des offres d’emploi réservées aux Italiens.

Depuis l’annonce de l’abandon du taux plancher par la BNS, l’urgence de l’introduction de contingents se fait encore plus pressante pour ses partisans. «Cela signifie une baisse de 20% des salaires du côté italien, donc un renforcement de la pression sur le marché du travail tessinois», soupire le conseiller d’Etat leghiste Norman Gobbi. Les faits lui donnent raison. Des entreprises tessinoises ont déjà baissé leurs salaires, certaines paient même désormais leurs employés en euros. «Même des entreprises suisses viennent s’implanter au Tessin pour pouvoir profiter de la main-d’œuvre étrangère, poursuit Norman Gobbi. Le Tessin ne peut pas être à la Suisse ce que l’Inde a été à l’Empire britannique, un endroit où l’on peut produire à bas prix. Le problème est énorme, la solution doit être tout aussi forte: il faut instaurer des quotas.»

Soutien des Verts

Sergio Savoia a été le porte-drapeau du soutien surprenant des Verts tessinois au texte de l’UDC. Il ne regrette rien, bien au contraire: «Le 9 février est une date à fêter car il marque le moment où le politique s’est réapproprié les questions de l’immigration, alors qu’elles étaient uniquement entre les mains de l’économie et de l’Union européenne.» Sergio Savoia reconnaît toutefois que l’initiative ne suffira pas à résoudre l’ensemble des problèmes: «Il faut également des mesures spécifiques aux Tessinois, comme l’introduction d’un salaire minimum pour chaque branche ou l’obligation de favoriser l’embauche indigène.»

Sur ce dernier point, le Vert rejoint le chef des socialistes tessinois, Saverio Lurati. Ce farouche opposant au 9 février ne décolère pas de la «catastrophe» provoquée par le vote. Le syndicaliste rappelle que les salaires tessinois sont 15% plus bas que ceux du reste de la Suisse. Mais, pour Saverio Lurati, les coupables sont de ce côté-ci de la frontière. «La faute ne revient pas aux frontaliers, mais aux entreprises qui préfèrent embaucher à l’extérieur à moindre coût. C’est contre ces pratiques qu’il faut lutter, notamment en appliquant les mesures d’accompagnement correctement, ce qui n’a jamais été fait. Les Tessinois n’amélioreront pas leur situation en se plaignant de Berne ou de l’Europe, mais en cherchant des solutions cantonales», conclut Saverio Lurati.

Pour ou contre les contingents, l’ensemble des Tessinois auront au moins gagné une chose: l’attention du reste de la Suisse sur leur situation particulière. «C’est effectivement très positif, mais, dans la pratique, cela ne change rien», regrette Sergio Savoia, encore déçu du récent refus de la Commission de l’économie du Conseil des Etats d’envisager l’introduction d’un statut particulier pour le Tessin. Le chemin est encore long pour le canton.

Créé: 10.02.2015, 10h48

Nouveau parti

Naissance de la Lega Sud, parti pro-frontaliers

Parmi les Leghistes, il y a désormais ceux qui sont pro-frontaliers. Le parti Lega Sud Ticino a vu le jour hier à Bellinzone. Son fondateur, Luciano Milan Danti, 33 ans, fait partie d’un courant identitaire lombard qui prône l’indépendance de l’Insubrie, la région qui réunit les lacs de Lugano, Majeur et de Côme. La Lega Sud est donc par essence proche de la Lega du Nord italienne, qui rêve de l’indépendance de la partie riche du nord de l’Italie. Le jeune parti est ainsi très éloigné du mouvement anti-frontaliers… le cheval de bataille de la Lega dei Ticinesi!

Cette dernière crie d’ailleurs au scandale: le nom de la nouvelle formation aux préoccupations si différentes porte à confusion, note avec justesse le coordinateur du parti, Attilio Bignasca. La Lega dei Ticinesi se réserve le droit de porter plainte au cas où les membres du nouveau parti se présenteraient à des futures élections. C’est tout à fait l’intention de Luciano Milan Danti et de trois autres membres, qui prévoient de se faire élire aux élections cantonales d’avril prochain. La Lega Sud a mis à son programme l’introduction d’un salaire minimum cantonal, la défense de la place financière tessinoise, la promotion du dialecte et le droit à l’autodétermination du canton, trop éloigné des préoccupations de Berne.

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