«L’Union des étudiants de Suisse a bien travaillé, son but est maintenant atteint»

InterviewL’initiative sur les bourses d’études est inutile, estime le ministre Johann Schneider-Ammann, car les aides ont déjà été rehaussées.

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, en charge de la Formation.

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, en charge de la Formation. Image: Florian Cella

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Pour le conseiller fédéral en charge de l’Economie et de la Formation, l’initiative populaire de l’Union des étudiant-e-s de Suisse (UNES) doit être rejetée sans hésitation. Johann Schneider-Ammann préconise de laisser les bourses d’études à la charge des cantons. Au passage, le libéral-radical défend les finances de la Confédération dans le style patron de PME, en chemise et manches retroussées. Entretien.

Vous évoquez toujours l’importance de la formation en Suisse, mais vous ne soutenez pas cette initiative pour les bourses d’études. N’est-ce pas hypocrite?

Non, il n’y a aucune hypocrisie là-dedans. Je tiens à ce que tout le monde puisse accéder à une formation professionnelle ou faire des études. Mon but est que chacun trouve sa place dans le monde du travail. La formation doit rester une priorité.

Mais alors pourquoi refuser d’investir dans ces bourses?

Les cantons ont déjà agi sous la pression de l’initiative. Le concordat de la CDIP (Conférence des directeurs de l’instruction publique) arrive à peu près aux mêmes buts. Une harmonisation est en marche, acceptée par 16 et bientôt par 18 cantons, ce qui représentera 90% des étudiants. A terme, les aides à la formation seront octroyées selon les mêmes critères, presque partout dans le pays, avec une aide minimale de 16 000 francs par an. C’est une augmentation massive dans la plupart des cantons. L’UNES a bien travaillé, son but est maintenant atteint.

La Confédération ne peut pas trouver 500 millions de francs pour aider les étudiants?

Les perspectives financières ne sont pas bonnes. La Confédération doit faire des économies. Actuellement, nous investissons beaucoup dans la formation et ma conviction est que cela ne doit pas changer. Si on centralisait le système des bourses d’études en augmentant les montants, cela coûterait près de 500 millions de francs, selon les calculs des initiants. Il faudrait m’expliquer où trouver cet argent tout en respectant le mécanisme de frein aux dépenses. Dans quelles autres postes de formation, de recherche et d’innovation devrait-on épargner pour trouver des fonds? Doit-on couper dans les contributions aux hautes écoles? Ou économiser dans la formation professionnelle? Ce n’est certainement pas la solution.

En renvoyant la balle aux cantons, ne craignez-vous pas d’être qualifié de ministre pingre?En renvoyant la balle aux cantons, ne craignez-vous pas d’être qualifié de ministre pingre?

Peu importe comment on qualifie le ministre… L’Etat ne peut pas distribuer l’argent qu’il n’a pas. J’ai de plus la conviction que notre système suisse fonctionne, avec des aides de diverses provenances: le travail accessoire de certains étudiants, l’aide des parents quand c’est possible et, en dernier ressort, la main publique. L’idéal est de garder ce système en le combinant au mieux, car c’est l’un des meilleurs du monde. Le taux de chômage des jeunes Suisses est inférieur à 3%. Aucun autre pays ne fait mieux. Comme dit le proverbe, on ne change pas une équipe qui gagne.

Que dites-vous aux jeunes qui doivent renoncer à des études pour des raisons financières?

Les statistiques à ce sujet montrent que très peu de jeunes renoncent à des études pour des raisons financières. Dans un sondage qui permettait aux étudiants de choisir entre plusieurs raisons qui ont pu conduire à interrompre leurs études, ce critère ne concerne que 3% des étudiants. Et pour ces 3%, ce n’est pas clair s’ils n’auraient pas pu continuer s’ils avaient accepté de travailler à temps partiel. Les initiants voudraient doubler le nombre des bénéficiaires et exigent une base de 24 000 francs par année. D’après nous, ce n’est ni faisable ni nécessaire. Avec les 16 000 francs fixés dans le Concordat, une contribution personnelle et, quand c’est possible, une contribution des parents, le système est viable.

Le Conseil fédéral reconnaît que l’ascenseur social ne fonctionne pas: l’accès aux études reste lié au niveau socioculturel des familles. Pourquoi ne pas agir?

Les chiffres montrent que les jeunes dont les parents ont fait des études universitaires ont plus de chances d’entrer au gymnase: c’est à ce moment-là que la différence se manifeste. Mais dans les études supérieures, on voit qu’il y a aujourd’hui une plus grande proportion d’étudiants qui viennent de cercles sociaux moins favorisés et ce pourcentage augmente chaque année. Le changement est en cours. Ce n’est pas le rôle de l’Etat que de forcer des jeunes à faire des études. La personne doit d’abord être intéressée, capable, et si elle le décide il faut alors la soutenir avec des mesures raisonnables. Dans les pays européens qui ont généralisé le système des bourses et qui poussent les jeunes à entreprendre des études, on retrouve une grande proportion d’universitaires au chômage après leurs études. En comparaison, notre système est bien meilleur. Et donne à chacun sa chance.

Suggérez-vous aux jeunes de faire moins d’études?

Pas du tout, je leur souhaite d’étudier avec toute leur ambition et leur passion. Ils ont droit à un soutien des pouvoirs publics s’ils ne sont pas en mesure de financer leurs études eux-mêmes, mais des contributions financières personnelles resteront nécessaires. Il faut investir un peu de temps aussi pour gagner de l’argent. Cette expérience est valorisante pour leur future vie professionnelle, car elle permet de mettre un pied dans le monde du travail.

Favorisez-vous la formation professionnelle plutôt que les cursus universitaires?

Non, je ne favorise ni l’un ni l’autre. Les deux filières sont pour moi égales et complémentaires. C’est la grande force de la Suisse. Je m’investis depuis toujours pour soutenir la formation professionnelle. J’avais formé dans ma société, à l’époque, une trentaine de jeunes chaque année, et je l’ai fait avec beaucoup d’enthousiasme. Et j’observe que deux jeunes sur trois en Suisse commencent par une formation professionnelle, c’est la réalité. Mais je n’oublie pas que j’ai moi aussi eu le privilège de faire des études. Je crois que chacun doit avoir la possibilité d’entreprendre la formation qu’il souhaite et qu’il peut faire. Que ce soit la formation duale, les hautes écoles, les universités, tous les cursus sont d’égale importance, je ne fais aucune distinction de valeur. (24 heures)

Créé: 01.06.2015, 09h34

«Ne jouons pas avec la prospérité»

Egalement ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann combat avec encore plus de fermeté l’initiative pour taxer les successions. Un oui le 14 juin entraînerait «un risque réel de voir disparaître beaucoup de petites entreprises qui font le tissu économique de ce pays.
En Suisse, 90% des entreprises sont familiales et beaucoup connaissent déjà des difficultés de succession: ce n’est pas le moment d’en rajouter.» L’initiative prévoit certes des régimes spéciaux, mais elle «ouvrirait une porte à une insécurité qui porterait atteinte à l’esprit entrepreneurial de ce pays. Cela ne servirait les intérêts de personne.» Vouloir taxer davantage est une mauvaise idée, selon lui, car «chaque entreprise offre des postes de travail et contribue à maintenir un chômage modeste. Laissez aux entreprises la possibilité d’investir si vous voulez qu’elles le fassent. Les personnes physiques paient des impôts, mais il existe un intérêt public à ne pas taxer davantage les entreprises, car elles offrent de la prospérité et du bien-être dans ce pays, ce sont des choses avec lesquelles il ne faut pas jouer.»

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