Pompeo et la Suisse, une rencontre aux petits oignons

DiplomatieC'est sur les terres d’Ignazio Cassis que le Secrétaire d’État américain a conclu dimanche un périple placé sous le signe de l’entente cordiale.

Mike Pompeo et Ignazio Cassis, dimanche à Bellinzone, admirant le point de vue depuis le Castelgrande.

Mike Pompeo et Ignazio Cassis, dimanche à Bellinzone, admirant le point de vue depuis le Castelgrande. Image: REUTERS

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Au moment des questions, lors de la conférence de presse organisée dimanche à Bellinzone, un journaliste américain a demandé à Ignazio Cassis s’il pensait que Donald Trump améliorait ou péjorait l’image des États-Unis en Suisse. Le conseiller fédéral lui a fait une réponse de Normand, disant que la personnalité «profilée» du président américain provoquait sans doute les deux réactions, bonne chez certains, moins chez les autres. Cela avant de passer aux chiffres, que le Tessinois semblait préférer aux considérations de psychologie. Et il s’est agi encore une fois, pour le chef du Département des affaires étrangères, de magnifier les relations économiques formidables entre les deux pays, la Suisse étant par exemple le 7e pays étranger investisseur aux États-Unis.

À ses côtés, souriant, Mike Pompeo buvait du petit-lait, comme depuis son arrivée en Suisse, vendredi. Avec une vague ironie bonhomme, il a lui-même rappelé que les relations entre son pays et la Suisse étaient meilleures que sous la précédente administration. On peut difficilement lui donner tort. Barack Obama ne «calculait» guère les Suisses, pour dire les choses prosaïquement, alors que les rencontres officielles entre dirigeants des deux pays – Alain Berset et Donald Trump à Davos l’an dernier, Ignazio Cassis et Pompeo cet hiver aux États-Unis, le président Ueli Maurer reçu à la Maison-Blanche il y a deux semaines – se multiplient depuis quelque temps.

La dernière visite d’un secrétaire d’État américain en Suisse remontait à Madeleine Albright, il y a vingt ans. Alors Mike Pompeo en Suisse, ce fut un voyage aux petits oignons, débuté à Berne samedi matin, jour de marché sur la place Fédérale. Décontracté, sans cravate, l’ancien directeur de la CIA y a fait du tourisme avec son épouse: petit coup d’œil derrière ses lunettes de soleil à la tour de l’Horloge, visite du Palais fédéral,où la conseillère nationale PLR Christa Markwalder – qui se trouve être présidente du groupe parlementaire Suisse - États-Unis – lui a servi de guide, l’emmenant dans les deux Chambres du parlement et dans la salle des pas perdus.

Fromage et chocolat

Ensuite, Pompeo a fait halte dans le canton de Fribourg. Le cortège américain d’une douzaine de voitures noires a fait samedi après-midi un passage éclair en Gruyère: le château, la Maison du Gruyère et celle du chocolat. Il s’agissait sans doute aussi d’une manière astucieuse de salut au monde agricole helvète, qui fut la principale pierre d’achoppement à la dernière tentative d’accord commercial de libre-échange entre Suisses et Américains.

Puis ce fut Montreux, où se tenait la réunion de Bilderberg au Palace. Pompeo y a remis sa cravate, pour y croiser notamment son compatriote Jared Kushner, haut conseiller de la Maison-Blanche et gendre du président Trump, ainsi qu’Ueli Maurer.

«Pression maximale» sur l’Iran

Enfin, dimanche à Bellinzone, l’affaire est redevenue plus politique. Certes, Mike Pompeo, arrivé en hélicoptère pour rejoindre Ignazio Cassis, a commencé par profiter de la vue depuis le Castelgrande. Mais ensuite la discussion a abordé nombre de sujets: l’Iran, le Venezuela, la Russie et la Chine, le multilatéralisme, les discussions «exploratoires» pour un accord de libre-échange.

Concernant l’Iran, le secrétaire d’État a affirmé que les États-Unis étaient prêts à parler à l’Iran «sans conditions préalables». «Nous sommes prêts à nous asseoir autour d’une table avec eux. Mais l’effort américain visant à stopper radicalement les activités néfastes de la République islamique et de sa force révolutionnaire va se poursuivre», a-t-il ajouté, laissant entendre que Washington n’entendait pas pour autant alléger sa campagne de «pression maximale» sur Téhéran.

Ignazio Cassis a dit espérer qu’il n’y ait pas d’escalade, évoquant un système d’aide aux populations civiles permettant d’éviter les sanctions américaines. «Nous souhaitons trouver des solutions pour fournir des denrées alimentaires et des médicaments à ce pays mais, pour que ces marchandises puissent être payées, les États-Unis doivent libérer les canaux de versement au travers des banques.» De l’humanitaire «payant», en quelque sorte. Pour l’éventuel accord de libre-échange américano-suisse, le ministre a ensuite indiqué qu’il fallait faire preuve de «patience», ajoutant que, «pour les deux parties, il est évident qu’un accord doit profiter aux deux pays».

Mike Pompeo n’a cessé, quant à lui, de souligner la force des relations entre les deux pays, la Suisse étant un lieu «fantastique pour le business». Il a aussi répété l’admiration et le respect du gouvernement Trump pour la démocratie et la «bonne gouvernance» helvète. Enfin, avant de s’envoler pour les Pays-Bas puis la Grande-Bretagne, il a glissé quelques secondes publicitaires pour la qualité de l’armement aérien des États-Unis, le «meilleur du monde». Deux chasseurs, le Super Hornet de Boeing, et le F-35A de Lockheed-Martin, figurent parmi les cinq finalistes testés par l’armée suisse pour remplacer les vieux F/A-18. Comment dit-on «À bon entendeur», en langage trumpiste?


Un chef de la diplomatie particulièrement sollicité

Mike Pompeo, 55 ans, est un homme engagé sur tous les fronts. Dans une administration Trump en constante mutation, le secrétaire d’État nommé à son poste au mois d’avril 2018 est vite devenu incontournable. L’ancien représentant néoconservateur du Kansas et ex-patron de la CIA est aujourd’hui le chef de la diplomatie américaine et gardien du temple de l’idéologie Trump qu’il est venu défendre cette semaine en Europe.

L’Iran est au cœur des préoccupations de la Maison-Blanche depuis des mois, comme en témoignent les rencontres ponctuelles entre Mike Pompeo et le conseiller fédéral Ignazio Cassis, ainsi que la visite d’Ueli Maurer à la Maison-Blanche le mois dernier. Le secrétaire d’État américain est arrivé à Berlin en fin de semaine dernière pour tenter de désamorcer les tensions avec l’Allemagne et l’Union européenne sur le dossier iranien et sur les sanctions américaines visant Téhéran.

L’Allemagne et les Européens privilégient l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 par l’administration Obama mais dénoncé depuis par Donald Trump. Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères, n’a d’ailleurs pas caché les désaccords entre Washington et Berlin vendredi au cours d’une conférence de presse conjointe avec Mike Pompeo. «Nous sommes d’accord que nous devons empêcher l’Iran de se doter d’armes nucléaires, a déclaré le chef de la diplomatie allemande. Ce n’est pas un secret que nous avons des vues différentes sur la manière d’y parvenir.»

Le géant des télécommunications chinois Huawei est aussi au cœur de la tournée européenne de Mike Pompeo. La semaine dernière, le secrétaire d’État américain avait mis en garde l’Allemagne et d’autres pays européens comme la France et la Grande-Bretagne s’ils ne bannissaient Huawei des réseaux de télécommunications 5G qui sont en construction. Il a prévenu que ces pays pourraient perdre l’accès à certaines données du renseignement américain.

Mike Pompeo accompagnera aussi Donald Trump lors de sa visite diplomatique en Grande-Bretagne en ce début de semaine, en pleine polémique sur les propos du président américain sur Meghan Markle, la duchesse de Sussex. Selon le quotidien britannique «Sun», Donald Trump aurait qualifié Meghan Markle de «méchante».

Donald Trump a démenti avoir tenu de tels propos dimanche sur Twitter, mais il n’a guère éteint un incendie diplomatique qu’il a attisé ce week-end dans une interview au «Sunday Times». Le président américain a affirmé que la Grande-Bretagne devrait quitter les négociations sur le Brexit et les confier à Nigel Farage, le leader d’extrême droite britannique.

À son retour à Washington mercredi, Mike Pompeo doit encore rencontrer Marcelo Ebrard, son homologue mexicain, pour tenter de désamorcer une autre crise déclenchée la semaine dernière par Donald Trump. Le président américain a affirmé qu’il taxerait les produits d’importation mexicains de 5% à partir du 10 juin pour forcer le Mexique à stopper les flux de clandestins en provenance d’Amérique centrale qui entrent aux États-Unis pour y demander l’asile politique. Jean-Cosme Delaloye/New York

Créé: 02.06.2019, 21h27

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