Les poussins ne seront plus broyés, mais gazés

AgricultureLe Conseil national veut interdire légalement une pratique décriée pour sélectionner les poules femelles destinées à la ponte.

Chaque année, en Suisse, ce sont 3 millions de poussins mâles issus de poules pondeuses qui sont éliminés. VQH

Chaque année, en Suisse, ce sont 3 millions de poussins mâles issus de poules pondeuses qui sont éliminés. VQH Image: VQH

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«Si la vitesse des couteaux est mal réglée, il n’est pas rare de voir des poussins juste avec les pattes coupées mais encore vivants.» Le descriptif de la motion qui veut interdire le broyage des poussins fait froid dans le dos. En Suisse, rien n’interdit à un éleveur d’utiliser cette méthode pour éliminer les mâles de la filière des poules pondeuses. Mais la pratique vit ses dernières heures. Le National a adopté le texte jeudi. Et comme le Conseil fédéral soutient lui aussi la motion, l’aval du Conseil des États semble acquis.

Trois millions de poussins

Combien d’élevages devront s’adapter? Apparemment aucun. «À notre connaissance, le broyage de poussins n’existe plus en Suisse», explique Daniel Würgler, producteur d’œufs dans la Broye fribourgeoise et membre de GalloSuisse, faîtière de la branche. La motion n’aurait-elle servi à rien? Pas forcément. Selon nos informations, un élevage aurait cessé le broyage dernièrement, sous cette pression politique. Fait intéressant, si ce dernier misait sur cette pratique, c’était pour des raisons écologiques. Le CO2 dû au gazage étant plus polluant qu’une solution manuelle.

Et c’est là tout le paradoxe de la décision du jour. Si les poussins ne pourront plus être broyés, ils seront tout de même gazés. Chaque année, ce sont 3 millions de poussins qui sont éliminés, parce que ce sont des mâles et qu’ils ne peuvent pas pondre. «Ce qui reste tout aussi absurde, car ça revient à tuer des animaux sans même les exploiter, reconnaît Isabelle Chevalley (PVL/VD), qui a défendu le projet. L’animal perd toute dignité et est renvoyé à la simple notion de chose. C’est inacceptable. Mais une telle proposition d’interdire de tuer des poussins ne serait pas passée. Avec la fin du broyage, on fait un premier pas.»

Éduquer le consommateur

Si les poussins mâles sont éliminés, c’est qu’il n’y a aucune filière viable pour les écouler. «Le consommateur n’en voudrait pas, car il est habitué à la saveur particulière d’un poulet de chair, note Isabelle Chevalley. Mais je fais le pari inverse. Je pense que c’est un préjugé. On peut aussi éduquer le consommateur à manger différents types de poulets.»

Développer une filière, c’est donc le rêve de la Vaudoise. Mais ce n’est pas si facile, prévient Daniel Würgler. «On cherche des solutions. Trois pistes sont actuellement testées. La première est de travailler avec des poules duales – les femelles pourraient être utilisées pour la ponte et les mâles pour la viande –, mais leur rendement reste moindre tant pour les œufs que pour la chair. L’autre solution serait d’engraisser les poussins mâles, mais le consommateur est-il prêt à mettre un prix parfois plus élevé pour un poulet qui est moins charnu?»

«C’est notre outil de production»

La dernière solution étudiée repose sur la sélection du sexe dans l’œuf. Mais pour l’heure les méthodes sont invasives, ce qui fait baisser le taux d’éclosion. «Il faut bien se rendre compte qu’on ne peut pas changer tout un mode de production d’un claquement de doigts. Il faut évaluer d’autres paramètres, comme l’impact sur l’environnement ou la faisabilité à grande échelle, et ne pas résoudre un dilemme et créer en même temps de nouveaux problèmes», explique Daniel Würgler.

Et de bien préciser que GalloSuisse soutient l’interdiction du broyage. «Cette polémique risque de faire oublier les efforts que les éleveurs font au quotidien pour garantir le bien-être de leurs poules. La Suisse fait beaucoup pour la protection des animaux. Elle a par exemple interdit l’élevage en batterie il y a plus de vingt-cinq ans, et c’est une bonne chose. Nous travaillons avec des êtres vivants, c’est notre outil de production. Il faut que les gens comprennent que pour nous aussi leur bien-être est essentiel. Nous donnons le meilleur pour nos poules.»

Créé: 21.03.2019, 19h10

Poules et poulets en chiffres

Nombre Il y a en Suisse plus de poules que d’habitants! Ainsi, en 2017, on en comptait 11,4 millions. Un chiffre qui est resté relativement stable ces dernières années. Parmi elles, près de 3 millions sont des poules pondeuses et 7 millions des poulets de chair. Le solde étant des poussins de ponte ou autres poulettes.

Détention On dénombre près de 14 000 détenteurs de poules sur le territoire helvétique, la plupart à titre accessoire. Les élevages professionnels de poules pondeuses sont au nombre de 426. Bien moins que pour les poulets de chair: 766.

Consommation Une poule peut pondre 300 œufs par an. En Suisse, 974 millions d’œufs ont été vendus l’an dernier. Concernant la viande, chaque suisse mange en moyenne 11,8 kg de volaille par année, essentiellement du poulet. C’est moins que le porc (22,2 kg/habitant), mais plus que le bœuf (11 kg/habitant). Plus de la moitié des poulets consommés en Suisse (55%) sont de production indigène.

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