«Je préférerais annuler les subventions pour les énergies»

Stratégie énergétique 2050Le débat de la décennie sur notre avenir énergétique dure depuis une semaine à Berne. Parole aux grands acteurs. Aujourd'hui, Isabelle Chevalley

«Je préférerais supprimer toutes les subventions aux énergies»
Isabelle Chevalley (VL/VD) assure que les énergies vertes sont meilleur marché.

«Je préférerais supprimer toutes les subventions aux énergies» Isabelle Chevalley (VL/VD) assure que les énergies vertes sont meilleur marché. Image: PATRICK MARTIN

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Le Conseil national débat le dossier Stratégie énergétique 2050. D’où viendra l’électricité de nos enfants? Parole aux Vert’libéraux: la Vaudoise Isabelle Chevalley livre ses convictions.

– Le virage énergétique n’est-il pas une folie coûteuse? Les milieux économiques sont inquiets des conséquences…
Leurs calculettes fonctionnent mal. Cette stratégie va coûter simplement parce qu’on n’a rien investi dans les énergies depuis des années. Et que ce soit pour des énergies renouvelables ou pour du nucléaire, cela ne change rien: il y aura un coût. Ce qui est certain, c’est qu’il sera moins élevé pour les renouvelables que ce que ç’aurait été pour le nucléaire.

– Est-ce une certitude?
Oui! Contrairement à ce qu’on pense, le nucléaire coûte de plus en plus cher. En France, le réacteur de Flamanville a quatre ans de retard et coûtera 8,5 milliards d’euros au lieu de 3 milliards. La future centrale de Hinkley Point en Grande-Bretagne recevra une aide de l’Etat de 13 à 14 centimes le kilowattheure. Sans aide de l’Etat, il n’y a plus de nucléaire nulle part. Un rapport de la Commission européenne montrait en octobre 2013 que le nucléaire est subventionné à hauteur de 7 milliards par an en Europe. C’est la deuxième énergie la plus subventionnée après le charbon. Et je ne parle pas du rapport du Contrôle fédéral des finances qui montre que le fonds de démantèlement des centrales suisses est sous-doté.

– En tant que libérale, n’êtes-vous pas sensible aux craintes des entreprises?
Libérale, cela veut dire contre les subventions. Dans l’idéal, je trouverais préférable de supprimer toute subvention aux énergies. Et la vérité des prix ne serait pas du tout en faveur du charbon et du nucléaire.

– Cette sortie de l’atome à long terme vous satisfait-elle?
On pourrait mieux faire, mais c’est déjà le résultat d’une grande avancée dans les mentalités après Fukushima. La base du tournant énergétique est posée, elle est solide et va dans la bonne direction.

– Préféreriez-vous une date fixe pour fermer les centrales?
Bien sûr, nos centrales sont vieilles et dangereuses. On ne transformera jamais une 2 CV en Toyota Prius, c’est impossible. Or, quand on veut rouler avec une vieille voiture en 2014, elle devrait être aux normes de 2014. Pourquoi l’industrie nucléaire ne se mettrait pas aux normes des centrales actuelles si elle veut continuer? On doit exiger une sécurité accrue, c’est fondamental.

– Mais les énergies vertes ne donnent pas la même sécurité d’approvisionnement…
Au contraire, les renouvelables diversifient l’approvisionnement, ce qui augmente la sécurité énergétique. Voyez ce qui se passe ces jours en Ukraine: il y a un réacteur à l’arrêt et ils ont tout le temps des coupures d’électricité. Ces grosses productions centralisées sont dangereuses pour la sécurité énergétique. Les éléments que nous avons chez nous, le soleil pour le photovoltaïque, le vent pour les éoliennes, l’eau pour l’hydraulique, sont plus sûrs que le charbon, l’uranium ou le pétrole qu’il faut importer.

– Ne craignez-vous pas que ce paquet énergétique soit démantelé?
Non, je crois qu’on a pris un tournant. A dix mois des élections fédérales, le Conseil des Etats n’oserait pas déficeler ce paquet, ce serait vraiment désavouer tout ce qu’ils ont promis en 2011. Par contre, je suis sûre qu’il y aura un référendum: l’UDC ne supportera pas qu’il n’y ait pas de débat populaire. C’était d’ailleurs assez drôle d’entendre sa proposition de référendum obligatoire: l’UDC a la paresse d’aller chercher des signatures. Pour le vote populaire, il faudra se battre, mais je crois vraiment que nous gagnerons.

– Avez-vous la même confiance avec votre initiative sur la fiscalité écologique qui sera soumise au peuple le 8 mars prochain?
En tout cas, les choses sont indissociables: si on n’a pas une fiscalité pour accompagner le tournant énergétique, ce sera plus fragile. Le Conseil fédéral veut prendre son temps, et nous, nous voulons aller vite. Toute la question est dans le timing. Nous aurions volontiers discuté d’un contre-projet à notre initiative, mais pour l’instant il n’y a rien sur la table. J’espère que le peuple montrera qu’il veut une fiscalité écologique et qu’il choisira d’aller dans ce sens-là.

– Comment voyez-vous la Suisse des énergies dans vingt ans?
Quand on voit la vitesse à laquelle ce secteur a évolué depuis dix ans et l’évolution actuelle, je crois que toutes les questions que nous nous posons aujourd’hui seront des évidences dans peu de temps. La machine va se mettre en route, y compris avec l’économie une fois qu’elle aura avalé la pilule. Une partie de l’économie a déjà très bien compris: Swisscleantech représente une catégorie d’entreprises qui dynamisent cette transition. Une fois que le reste de l’économie aura aussi compris que c’est dans son intérêt, je ne me fais aucun souci, la machine va prendre un rythme de croisière soutenu.

Créé: 09.12.2014, 09h12

Quinze ans de sursis pour Beznau I

Les deux vieux réacteurs atomiques de Beznau devraient être débranchés au plus tard en 2029 et 2031. Dans la Stratégie énergétique 2050, le Conseil national leur a accordé lundi
une durée de vie maximale de 60 ans. Les centrales de Gösgen et de Leibstadt pourraient en revanche disposer d’un régime extensible.
Après cinq jours de débats, la Chambre du peuple a mis sous toit hier soir la Stratégie énergétique 2050 par 110 voix contre 84 de droite. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer avant que les dés soient jetés.
Le National a créé la surprise sur le calendrier de la sortie du nucléaire. Alors que certains observateurs prédisaient un échec total du projet lors du vote d’ensemble, la majorité s’est montrée plus restrictive que sa commission préparatoire.
Par 101 voix contre 94, il a décidé de fixer une date butoir aux trois plus anciennes centrales de Suisse. La question ne concerne pas Mühleberg, puisque les Forces Motrices Bernoises ont décidé de tirer la prise en 2019. Mais les deux centrales de Beznau pourront prolonger leur exploitation jusqu’à un maximum de 60 ans, moyennant un concept de sécurité. Beznau I, le plus vieux réacteur du monde, pourra ainsi tourner encore pendant quinze ans. Et son jumeau Beznau II en aura encore pour dix-sept ans.
Aucune limite, en revanche, n’a été fixée pour les centrales plus modernes de Gösgen (1979) et de Leibstadt (1984). Le régime choisi exige des propriétaires qu’ils présentent un concept de sécurité à long terme. Si l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire donne son feu vert, l’exploitation peut être prolongée à coups de dix ans.
ATS

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