«Nous préparons deux chartes éthiques»

IslamMontassar BenMrad, représentant de la majorité des organisations musulmanes du pays, devient un acteur incontournable pour améliorer leur relation avec les autorités.

Montassar BenMrad, président depuis deux ans de la Fédération des organisations islamiques de Suisse, n'hésite pas à remettre de l'ordre dans les rangs.

Montassar BenMrad, président depuis deux ans de la Fédération des organisations islamiques de Suisse, n'hésite pas à remettre de l'ordre dans les rangs. Image: PHILIPPE MAEDER

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Le représentant de la majorité des organisations musulmanes de Suisse est sur tous les fronts. Président depuis deux ans de la Fédération des organisations islamiques de Suisse (FOIS), par ailleurs cadre dans une multinationale, Montassar BenMrad n’hésite pas à remettre de l’ordre dans les rangs et devient un interlocuteur solide pour les autorités. Le Vaudois prépare deux chartes éthiques pour les imams et les responsables de lieux de culte.

– La polémique autour du prêcheur de haine d’une mosquée de Bienne a choqué les esprits. Et vous?
– Tout appel à la haine doit être condamné, d’où qu’il vienne. Ces propos sont choquants et je les condamne.

– Pourquoi peu de voix musulmanes s’élèvent pour dénoncer ce genre de problèmes?
– Quand je suis arrivé à la FOIS, j’ai choisi de condamner systématiquement les dérapages, pour ne laisser aucune place à l’ambiguïté. Mais les médias ont aussi un rôle à jouer. Dans une récente étude réalisée par l’institut Fög de l’Université de Zurich, il apparaît que les acteurs musulmans qui présentent des positions polarisantes ont une résonance médiatique plus forte. Cela fausse l’image des musulmans de Suisse. On entend souvent parler de Nicolas Blancho, du Conseil central islamique suisse, ou de Saïda Keller Messahli, du Forum pour un islam progressiste.

– Dans son livre, Saïda Keller Messahli décrit la Suisse comme une «plaque tournante de l’islamisme». Quelle est votre lecture de la situation?
– La FOIS s’est positionnée contre ce pamphlet qui contient énormément d’informations fausses ou inexactes et trompe le grand public. Son auteure agite un épouvantail. Le délégué au Réseau national de sécurité, André Duvillard, affirme au contraire qu’il n’y a pas de risque systémique lié aux mosquées en Suisse et que le dialogue avec les organisations musulmanes est bon. Hansjörg Schmid, directeur du Centre Suisse Islam et Société à l’Université de Fribourg, a travaillé l’an passé avec 95 imams et conteste l’affirmation selon laquelle le pays compterait une majorité de centres salafistes.

– Alors tout va bien selon vous?
– Non, l’actualité montre qu’il y a des problèmes, mais la réalité n’est pas toute sombre.

– Les problèmes de sécurité liés à certaines mosquées ternissent l’image de l’islam. Comment agissez-vous au sein de la FOIS?
– Un énorme travail en interne est mené pour professionnaliser les structures, les amener à maturité, améliorer le dialogue entre elles et les autorités. A partir de là, nous pouvons mieux faire passer des messages, transmettre les bonnes pratiques pour éviter les risques. Tout cela requiert du temps et des moyens.

– Concrètement, quelles sont vos actions en matière de lutte contre la radicalisation?
– Nous travaillons de manière préventive avec les autorités cantonales et fédérales. Nous organisons des workshops nous-même ou en collaboration avec l’Université de Fribourg. Avec celle-ci, la FOIS a organisé au printemps 2016, à Genève, une journée contre la radicalisation pour sensibiliser des responsables et des imams de la grande mosquée de Genève, mais aussi ceux des cantons de Vaud, Valais, Bienne, Neuchâtel. Et après avoir pris connaissance du projet genevois de plate-forme contre le radicalisme, «Gardez le lien» , j’ai activement soutenu une séance d’information en mai afin de mobiliser les associations musulmanes genevoises.

– Votre fédération peut-elle contrôler ses membres, voire faire le ménage?
– Nous travaillons sur deux chartes, des imams et des présidents d’associations musulmanes. La première serait une combinaison entre l’éthique et la responsabilité citoyenne. La deuxième rappellerait notamment aux présidents leur responsabilité dans la nomination des imams et dans la gestion de leurs centres. A chaque fois que nous avons entendu parler de problèmes, nous sommes intervenus, comme à Genève, Bienne, Winterthur, Lausanne. Un incident a eu lieu dans une mosquée lausannoise l’an passé, par ailleurs membre de la FOIS. Une prière s’est déroulée dans la rue et nous avons très vite pris des mesures fortes et drastiques. Six mois plus tard, sa direction avait instauré des règles, renforcé son comité, renvoyé des personnes et construit des relations avec les habitants du quartier.

– Certains réclament de mieux cadrer la pratique des imams en Suisse. L’Etat doit-il s’en charger?
– Comme il y a un besoin et pas de formation en Suisse, les imams viennent souvent de l’étranger. Nous avons conscience qu’il y a un problème de langue et d’intégration. Créer une formation théologique en Suisse serait compliqué à mettre en place, en raison du coût que cela engendrerait pour les associations, qui ont peu de moyens. Je suis plutôt favorable à des formations complémentaires délivrées en Suisse, comme cela se fait actuellement.

– Justement, à Genève, des cours pour les imams ont débuté à l’université, sur la base du volontariat. C’est une solution?
– Je ne connais pas suffisamment cette formation, mais j’ai l’impression qu’elle a été parachutée sans consulter l’ensemble de la communauté musulmane genevoise. Le travail du Centre Suisse Islam et Société de l’Université de Fribourg, qui a été plus inclusif dans sa démarche, commence à porter ses fruits.

– Les Chambres fédérales examinent la question de la transparence du financement des associations religieuses. Vous y êtes favorables?
– La quasi-totalité des mosquées en Suisse sont financées localement et sont prêtes à ouvrir leurs comptes. Si l’on devait contrôler les finances des organisations religieuses, il faudrait le faire pour toutes afin d’éviter la stigmatisation.

– Les dérapages à répétition renforcent la discrimination. Quel est votre constat?
– Sans vouloir tomber dans la victimisation, il faut reconnaître que les problèmes de discrimination touchant des musulmans en Suisse ont fortement augmenté ces dernières années, comme cela a été relevé par la Commission fédérale contre le racisme. Beaucoup de cas ne sont pas déclarés. Nous venons d’engager une juriste pour examiner des cas concrets et trouver des solutions, sans aller systématiquement devant la justice.

– Que conseillez-vous à une femme voilée qui renoncerait à un poste de travail si on lui demandait de retirer son voile?
– Faire ce qui lui semble juste par rapport à ses convictions.

– Le signe religieux ne relève-t-il pas de l’intime?
– Je suis favorable à l’acceptation des signes religieux dans l’espace professionnel. Il faut être capable de vivre dans une société de différentes traditions qui vivent en paix.

Créé: 22.09.2017, 06h52

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