Le président de la Poste ne sera plus juge et partie dans l’enquête

Urs SchwallerUrs Schwaller a nommé trois experts pour surveiller l’enquête interne. Cela ne lève pas toutes les ambiguités.

Urs Schwaller durant la conférence de presse du 8 mars à Berne.

Urs Schwaller durant la conférence de presse du 8 mars à Berne. Image: Reuters

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Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Urs Schwaller, le président du conseil d’administration de La Poste, avait annoncé il y a 14 jours qu’il piloterait lui-même l’enquête sur les irrégularités comptables à CarPostal. Jeudi à Berne, il a fait savoir de façon un peu alambiquée qu’il passait la main à un trio d’experts externes pour accompagner et garantir la crédibilité de l’enquête interne. Il réagit de facto aux critiques, formulées notamment dans nos colonnes, sur son rôle problématique de juge et partie dans le processus de clarification.

«Je ne vais plus m’impliquer directement dans l’instruction de ce qui s’est passé entre 2007 et 2015, déclare Urs Schwaller. Il y a deux semaines, je vous ai annoncé que l’étude Kellerhals Carrard et le cabinet KPMG ont été mandatés et qu’ils en référaient à moi. La question de mon indépendance s’est posée. Voilà pourquoi je mets en place aujourd’hui un triumvirat d’experts externes.» Ce dernier sera piloté par Kurt Grüter, ancien directeur du Contrôle fédéral des finances.

Le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD), qui avait mis en cause la double casquette de Schwaller, applaudit mais modérément: «C’est une première victoire. Il a fallu la pression d’élus et de la presse pour que La Poste réalise le problème. L’entreprise n’a pas eu ce réflexe pertinent dès le départ.»

Le parlementaire vaudois regrette toujours que l’enquête de La Poste porte uniquement sur les années 2007-2015 et laisse de côté 2016 et 2017. Ces deux années seront examinées par une task force conjointe du Département des transports et de la communication ainsi que de l’Administration fédérale des finances.

«C’est la seule façon de restaurer la confiance de la population dans La Poste»

Urs Schwaller a répété jeudi qu’il veut une enquête sans concessions, d’une clarté absolue sur ce qui s’est passé. «C’est la seule façon de restaurer la confiance de la population dans La Poste.» Il attend les résultats de l’enquête interne pour fin avril et les conclusions des experts pour mai. Les rapports seront intégralement publiés, sauf si FedPol, chargée de la procédure pénale administrative, s’y oppose.

Malgré la profession de foi d’Urs Schwaller sur une enquête indépendante, des ambiguïtés subsistent. L’étude Kellerhals Carrard est-elle suffisamment indépendante alors qu’elle effectue depuis trois ans des mandats pour La Poste? «Ce sont de petits mandats. Et ceux qui sont en cours ont été gelés car toutes les forces doivent être mises sur l’enquête CarPostal, répond Urs Schwaller. J’ai toute confiance en cette étude». Certains doutent cependant qu’il soit très judicieux d’avoir confié une enquête sur des bidouillages comptables à un cabinet dont le nom a été cité dans les «Panama Papers» pour pratiquer l’optimisation fiscale. L’automne dernier, cela avait d’ailleurs provoqué la démission de l’avocat vaudois Jean-Philippe Rochat du comité de Sion 2026.

Volte-face d’un office

L’affaire CarPostal prend un tour de plus en plus étonnant. Il y a une multiplication des enquêtes (La Poste, FedPol, Contrôle fédéral des finances, task force administrative) mais, comme le dit Olivier Feller, elles ne sont que partielles et pas toujours indépendantes. «J’ai le sentiment que l’establishment politique, dont le Conseil fédéral, veut échapper à sa responsabilité en ne voulant pas d’une enquête exhaustive et indépendante. Cela discrédite l’État aux yeux des citoyens.»

Il est d’autant plus inquiet que, comme nous l’avons révélé mardi, l’Office fédéral des transports vient de faire volte-face. Il ne publiera pas une cinquantaine de documents relatifs au scandale des subventions. L’office invoque l’enquête de FedPol pour juger que l’intérêt de la procédure est supérieur à l’intérêt public. (24 heures)

Créé: 08.03.2018, 20h31

Ruoff, tendue, annonce un bénéfice

Depuis que l’affaire CarPostal a éclaté, une pression énorme pèse sur les épaules de la directrice, Susanne Ruoff. Cette pression était palpable jeudi lors de la présentation des comptes 2017. Tendue, butant parfois sur un mot, Susanne Ruoff a annoncé un bénéfice net de 420 millions, en baisse par rapport à l’année précédente. L’affaire CarPostal explique largement ce recul, puisque l’entreprise rembourse à l’État les 78 millions perçus en trop et provisionne encore 30 millions pour d’éventuels manquements en 2016 et en 2017.

«C’est un résultat solide qui nous permet de verser 200 millions de dividendes à la Confédération», commente la patronne, qui remercie aussi l’engagement des 60 000 collaborateurs dans ces circonstances difficiles. A-t-elle songé à démissionner à la suite de la crise? «La question est légitime. Mais lors d’une crise, il y a un besoin d’une direction claire. J’ai la confiance du conseil d’administration. Mon devoir, c’est de diriger l’entreprise et, avec les employés, d’assurer les prestations qui sont dues à la population.»

À propos des prestations, Urs Schwaller a d’ailleurs annoncé que La Poste allait mettre la pédale douce sur la suppression des offices postaux. Il faut dire que la pression politique monte et que le parlement rivalise de motions pour freiner le géant jaune. Urs Schwaller prévient cependant les élus: «Le réseau postal est déficitaire de 159 millions. Nous essayons de ramener le déficit vers 100 millions plutôt que vers 200. Si on nous empêche de le faire, il faudra alors discuter d’un mode de financement pour cette prestation.»

Une autre question agite le monde politique: l’arrivée du géant américain Amazon. La Poste va-t-elle lui faire des conditions de faveur? Réponse d’Urs Schwaller: «Amazon arrivera en Suisse avec ou sans La Poste. Nous voulons garder nos parts de marché et des emplois en Suisse. Nous expliquerons sous peu les conditions qui sont négociées.»
Concernant les comptes 2017, voici encore quelques indicateurs:

8 milliards



C’est le chiffre d’affaires de La Poste. Il est en recul de 200 millions.

99%


C’est le taux de ponctualité des envois en courrier B.

2,9 millions


C’est le nombre de clients de La Poste.

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