La pression monte contre l’usage des pesticides

EnvironnementLes Jeunesses de partis de droite plaident pour une alternative aux deux initiatives débattues dès ce mercredi au Conseil national.

Des propositions germent pour éviter que les initiatives sur l’eau potable et contre les pesticides, jugées extrêmes par de nombreux élus, soient rejetées sans contre-projet.

Des propositions germent pour éviter que les initiatives sur l’eau potable et contre les pesticides, jugées extrêmes par de nombreux élus, soient rejetées sans contre-projet. Image: Keystone

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«Nous ne pouvons pas rester sur un statu quo», lâche Nicolas Jutzet, vice-président des Jeunes PLR. Jugeant «l’urgence du problème incontestable», les Jeunes PLR, PDC, PBD, PEV et Vert’libéraux s’allient pour mettre la pression sur l’élaboration d’un contre-projet aux initiatives réclamant une limitation drastique des pesticides en Suisse.


Lire aussi: Écologistes et paysans se déchirent sur les pesticides


Ce mercredi et jeudi, la troisième semaine de session parlementaire sera marquée par un débat mouvementé au National. Sur la table, deux initiatives, intitulées «Eau propre» et «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». Jugés extrêmes, ces textes ont peu de chances de passer la rampe. Pour éviter que l’idée de diminuer l’usage de pesticides en Suisse finisse aux oubliettes, les Verts tenteront de renvoyer les textes en commission afin d’élaborer un contre-projet, davantage susceptible de récolter un consensus.

Le reste de la gauche devrait suivre le mouvement, tandis que l’UDC, le PDC et une partie du PLR ne veulent pas en entendre parler. D’autres acteurs, moins attendus, y apportent leur soutien, à l’instar des Jeunesses de droite. «Il faut que nos élus à Berne fassent une mise à jour sur la question, poursuit Nicolas Jutzet. On ne peut plus admettre que l’agriculture soit largement subventionnée tout en ayant un fort impact négatif sur l’environnement.» La position des Jeunes PLR s’accorde d’ailleurs avec une majorité de la base du PLR, sondée en vue des élections fédérales: 81% des électeurs libéraux-radicaux se déclarent soucieux des problématiques de l’environnement. Les Jeunesses de partis de droite ont ainsi envoyé une lettre à leurs élus fédéraux, les enjoignant de soutenir un contre-projet «pragmatique et responsable», afin de «respecter l’intérêt et les aspirations de la jeune génération pour garder les sols, l’air et l’eau intacts».

«Préoccupation majeure»
Autre désaccord de branche, celui entre l’Union suisse des paysans (USP), fermement opposée à une quelconque législation en la matière, et l’Association des petits paysans. L’USP craint d’ajouter des contraintes à des agriculteurs déjà sous pression, mais estime également que le plan d’action «Produits phytosanitaires» du Conseil fédéral est suffisant. «L’USP estime que l’on en fait déjà assez, mais cela ne nous semble pas correct, explique Bettina Erne, responsable pour la Suisse romande de l’Association des petits paysans. Ces deux initiatives témoignent d’une préoccupation majeure au sein de la population. On ne peut pas simplement l’ignorer! D’autre part, toujours plus de paysans se tournent vers le bio, ce qui montre que réduire l’usage des pesticides est faisable. Par contre, il faut trouver des solutions qui ne prennent pas à la gorge les agriculteurs. Un contre-projet bien ficelé présente une bonne solution.» L’association plaide pour que celui-ci mette l’accent sur l’innovation et la sensibilisation. «L’agriculture doit être aidée par la recherche, afin de trouver des solutions viables, ajoute Bettina Erne. Il faut aussi que les consommateurs s’interrogent sur leurs choix, par exemple lorsqu’ils refusent d’acheter des pommes mouchetées. Un ticket de caisse peut être un véritable bulletin de vote.»


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Urgence
Les pêcheurs, eux aussi, tiennent à tout prix au contre-projet, faute de quoi ils soutiendront l’initiative sur l’eau potable, le texte qui demande que les paiements directs ne soient plus accordés aux paysans qui recourent aux pesticides et aux antibiotiques. «En ce qui concerne la qualité des eaux pour les êtres humains et les animaux, il est minuit moins cinq et le besoin d’action contre les très fortes concentrations de pesticides dans nos eaux est urgemment nécessaire», martèle la Fédération suisse de pêche (FSP).

Le week-end dernier, les délégués de la FSP ont répété leur inquiétude concernant l’état des eaux en Suisse, appelant de leurs vœux le National à se prononcer en faveur d’une contre-proposition. «S’il n’y avait pas de majorité en faveur d’un contre-projet, la FSP s’engagera alors avec force et conviction en faveur et des initiatives sur l’eau potable et contre les pesticides», préviennent les pêcheurs.

Fin mai, la Commission de l’économie du National a rejeté toutes les propositions visant l’élaboration d’un contre-projet direct. Parmi celles-ci, l’inscription de trois objectifs dans la loi: réduction de moitié des risques liés à l’utilisation de produits phytosanitaires, amélioration de la protection contre les atteintes nuisibles liées aux pesticides et baisse nette de l’apport en substances étrangères dans les nappes phréatiques. L’idée a été écartée par 13 voix contre 12. Au plénum de se prononcer.

Créé: 18.06.2019, 19h32

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