Des prestations complémentaires pour chômeurs âgés afin de vivre dignement

ChômageEn fin de droit, les chômeurs de plus de 55 ans pourraient toucher une prestation complémentaire. Un moyen d’éviter d’émarger aux services sociaux.

Pour toucher les prestations complémentaires, un chômeur de plus de 55 an, tel Eric Guillemot, devrait continuer à chercher activement un emploi, mais bénéficierait des conseils des ORP même en fin de droit, au-delà de ses 520 jours d’indemnités. Image: PATRICK MARTIN

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Il est plus rare que les personnes âgées perdent leur emploi, par rapport aux autres tranches d’âge. Mais lorsqu’ils se retrouvent au chômage, la situation est souvent plus grave. Et durable. En 2016, la proportion de chômeurs longue durée (plus d’un an) s’élevait à 56% chez les 55-64 ans, 47% chez les 40-54 ans et 37% chez les 25-39 ans.

Les répercussions sont d’autant plus lourdes lorsque ces chômeurs arrivent en fin de droit, et «tombent» aux sociaux. Entre 2010 et 2016, le nombre de chômeurs âgés bénéficiant de l’aide sociale a augmenté de 50,5%.

Intenable. Pour les Cantons et les Communes, qui voient la facture s’alourdir. Pour les personnes touchées, qui voient encore s’amenuiser leurs chances de se réinsérer sur le marché du travail, puisque ne bénéficiant plus de l’encadrement et des conseils des Offices régionaux de placement. En février, la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS) imaginait de garder cette catégorie à l’assurance chômage, et ce même passé les 520 jours (2 ans) d’indemnités.

Sous condition

Une première procédure de consultation auprès des acteurs concernés (Secrétariat d’État à l’économie, Union patronale suisse, assurances sociales, assurance chômage, syndicats, etc.) l’a convaincue de changer son fusil d’épaule et de revenir avec un plan B, présenté lundi à Berne. Plutôt que de les laisser à l’assurance chômage, la CSIAS propose de les faire bénéficier de prestations complémentaires pour personnes âgées (PCA). En clair, une fois arrivées en fin de droit, celles-ci cesseraient de toucher les indemnités de chômage, mais pourraient continuer à bénéficier des services des Offices régionaux de placement. «Continuer à rechercher un emploi activement serait une condition pour avoir droit à ces prestations, souligne Markus Kaufmann, secrétaire général de la CSIAS. Il ne s’agit pas d’une retraite anticipée.»

Garder sa fortune

Ces PCA correspondraient en moyenne à 80% ou 70% d’un revenu disponible équivalent de la médiane suisse, soit 4138 fr. par mois, selon la statistique de l’OFS pour les revenus 2016", précise Corinne Hutmacher-Perret, collaboratrice scientifique de la CSIAS. En résumé, pour les revenus suisses moyens, les prestations PCA proposées seraient comparable à leurs indemnités chômage; par contre, pour les plus hauts salaires, les prestations PCA représenteraient une perte de gain, mais dans tous les cas un montant bien supérieur à l’aide sociale. "Tous les chômeurs et chômeuses âgés avec une situation de ménage comparable recevraient la même somme, indifféremment de leur dernier salaire", ajoute-t-elle. En outre, il ne serait plus nécessaire de «vider ses comptes» pour toucher les PCA, comme c’est le cas avec l’action sociale. «Pour avoir droit aux services sociaux, il faut aujourd’hui ne plus avoir de fortune, et il arrive même que l’on doive vendre son appartement, ou sa voiture, explique Gerhard Hauser, avocat spécialisé.

Avec les PCA, il serait possible de garder son logement, son véhicule, ainsi que des épargnes de 37 500 fr. pour une personne seule. De quoi continuer à vivre dans des conditions dignes.» Ces prestations seraient délivrées jusqu’à l’âge de la retraite. Pourraient y prétendre les chômeurs de 57 ans révolus, au chômage depuis deux ans et qui auraient exercé une activité durant au moins dix ans.

Ce système permet en outre de contourner un risque inhérent à la première solution (persistance du droit aux indemnités chômage pour les plus de 55 ans). Celle-ci aurait pu profiter aux travailleurs de l’Union européenne qui auraient pu se faire verser des indemnités de chômage suisse, une fois rentrés dans leur pays d'origine.. «Ce qui est cotisé est dû, même si l’ORP se retourne ensuite vers l’assurance-chômage du pays d’origine, précise Corinne Hutmacher-Perret. Pour les PCA par contre, il faut être domicilié en Suisse. Or avec la nouvelle loi sur les étrangers, ceux-ci risquent de perdre leur permis de séjour une fois arrivés en fin de droits, et par conséquent perdre tout droit à des prestations sous condition de ressource, comme les PC ou l'aide sociale." Dans le contexte politique actuel, le plan B a davantage de chances de passer la rampe que le premier.

Conclusions en avril

Le surcoût à charge de la Confédération et des Cantons serait «raisonnable», selon la CSIAS: soit 25 millions de francs par année. Le coût total est estimé à 298 millions de francs, somme compensée par des économies de 139 millions dans l’aide sociale, à charge des Cantons et des Communes, et de 134 millions dans les prestations complémentaires à l’AVS. «Car actuellement, une personne à l’aide sociale doit prendre une retraite anticipée deux ans avant l’échéance, mais, comme la rente AVS ne suffit pas, elle doit être complétée par des prestations complémentaires, détaille Corinne Hutmacher-Perret. Ce sont ces deux années qui coûtent très cher à la Confédération.»

Ce rapport sera intégré aux travaux de la conférence ad hoc mise sur pied par Johann Schneider-Ammann, qui livrera ses conclusions en avril prochain.

(24 heures)

Créé: 05.11.2018, 18h58

«Pour un boulot, je suis prêt à sacrifier 30% de mon salaire»

Témoignage

Éric Guillemot, ingénieur informaticien domicilié à Genève, âgé de 54 ans, divorcé, père de trois enfants, dont un adulte, se bat contre le chômage depuis près de deux ans. En tant qu’expert involontaire, il apprécie de façon nuancée le projet présenté ce lundi, constitué de prestations complémentaires destinées aux chômeurs en fin de droits, âgés d’au moins 55 ans et ayant travaillé de nombreuses années (lire ci-dessus). Entretien.

Que vous inspire le système proposé par la Conférence suisse des institutions d’action sociale?

J’y vois des éléments positifs et d’autres négatifs. Parmi les premiers apparaît en tête cette possibilité de prolonger le soutien et l’encadrement des offices régionaux de placement au-delà de la fin des droits à des indemnités de chômage. Il s’agit en effet d’une aide non négligeable dans la recherche d’un emploi. Quant à la condition d’avoir travaillé de nombreuses années, elle m’inspire une inquiétude: prenons garde de ne pas pénaliser les femmes, les mères. Celles-ci s’arrêtent souvent de travailler longtemps pour élever leurs enfants.

Quelle est l’épreuve la plus dure que vous subissez vous-même dans votre quête d’emploi?

L’épreuve la plus dure reste liée à ces expériences d’entretiens répétés auprès des mêmes entreprises. Elles suscitent évidemment des espoirs d’embauche aussi logiques que légitimes. Puis elles ne débouchent sur rien. En juillet, je faisais partie des trois derniers candidats en lice pour un poste de responsable informatique dans la fonction publique. Puis le chef du service concerné m’a téléphoné et m’a appris que ma candidature n’était pas retenue. Tout en m’apportant une précision à titre de lot de consolation: aucun des trois derniers candidats en lice n’était finalement engagé. Même face à ce type d’humour il faut tenir le coup.

Pour tenir le coup justement, le soutien de la fondation Qualife vous est-il utile?

Absolument! Ses responsables viennent de m’accorder deux heures de coaching pour préparer un entretien d’embauche jeudi en anglais. Je n’ai pas pratiqué cette langue à titre professionnel depuis trois ans.

Quelle est votre priorité aujourd’hui? Trouver un job pour exercer votre métier d’ingénieur informatique ou un job permettant de maintenir votre niveau de vie?

Ni l’un ni l’autre. Ce qui compte pour moi est d’avoir un boulot. Je suis prêt à sacrifier 30% du montant de mon dernier salaire.

Comment percevez-vous l’idée de repousser l’âge de la retraite pour en assurer le financement?

Ça me choque, puisqu’il devient de plus en plus difficile de trouver un boulot en avançant de l’âge.

Philippe Rodrik

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