«L’économie au service de l’humain, pas l’inverse»

Parti socialisteVice-présidente du Parti socialiste suisse, la Vaudoise Géraldine Savary défend son nouveau programme économique. Elle y trouve un message et des principes pour améliorer le capitalisme.

«Les salariés spoliés de leurs droits, ce n’est pas une invention socialiste», souligne Géraldine Savary.

«Les salariés spoliés de leurs droits, ce n’est pas une invention socialiste», souligne Géraldine Savary. Image: Florian Cella

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Dimanche, les délégués du Parti socialiste suisse (PS) ont réélu par acclamation leur président Christian Levrat. Le Fribourgeois, 46 ans, avait pourtant contribué à diviser sa formation en polarisant le débat sur un projet de programme économique à la rhétorique de lutte des classes. Adopté samedi par le congrès, ce programme veut renforcer les droits des salariés et préconise la démocratie dans l’entreprise. Bilan avec la vice-présidente du PS, la conseillère aux Etats vaudoise Géraldine Savary.

Le programme économique adopté flirte avec un fantasme socialiste récurrent: celui de renverser le capitalisme. L’avenir de votre parti est-il dans un raidissement gauchiste?

L’idée centrale du programme économique, c’est d’apporter une réponse aux salariés qui se sentent dépossédés de leurs droits. De nouveaux modèles dans les entreprises peuvent garantir aux salariés davantage d’autonomie et une meilleure représentation. Le PS préconise les coopératives, mais aussi la démocratie dans l’entreprise. Par exemple avec une participation des salariés dans les conseils de surveillance comme c’est le cas en Allemagne, y compris dans les multinationales; ou un engagement accru dans la cogestion des caisses de pension. Nous voulons une forte syndicalisation des travailleurs et un renforcement des services publics.

Les délégués ont slalomé entre l’amélioration du capitalisme ou son dépassement. Où le texte adopté met-il le curseur?

Notre programme veut améliorer le capitalisme. On ne remet pas en cause les entreprises, mais on souhaite qu’elles deviennent plus humaines. Les propositions les plus extrêmes comme la contestation de la propriété privée du sol ont été finalement rejetées.

En quoi ce débat de position intéresse-t-il le grand public?

D’un côté, on nous reproche d’abandonner les classes populaires aux partis populistes; mais quand on s’occupe des salariés, on serait à côté de la plaque… Ce programme répond à un besoin de cohérence et il démontre que nous ne désertons pas l’électorat des travailleurs modestes et de la classe moyenne. Le mal-être au travail, les burn-out, les salariés spoliés de leurs droits, ce n’est pas une invention socialiste. A nous de traduire nos principes dans des mesures concrètes là où nous assumons des responsabilités.

En quoi ce programme aide-t-il la classe moyenne?

Défendre que l’économie soit au service de l’humain, et non l’inverse, c’est une profession de foi dans l’intérêt des travailleurs. Ceux de la classe moyenne ont le plus à gagner de politiques innovantes renforçant leurs droits.

Un sondage publié dans le Matin Dimanche établit que les seniors ne font plus confiance au PS mais à l’UDC. Comment regagner la confiance des retraités?

Nous sommes à fond pour Prévoyance 2020, le plan de notre conseiller fédéral Alain Berset qui veut stabiliser les deux régimes de retraite, l’AVS et le deuxième pilier, en garantissant le niveau global des rentes. Or cette réforme ambitieuse est combattue par la droite qui veut économiser sur le dos des retraités. C’est aussi le PS qui défend les subsides à l’assurance-maladie pour les personnes modestes, alors que la droite veut réduire ces aides.

Le PS a été le parti euroturbo. En privilégiant désormais un calendrier par étapes, bazarde-t-il l’objectif de l’adhésion à l’Union?

On peut être pour l’adhésion à l’UE, mais à quoi cela sert-il d’avoir seulement raison entre nous? Le PS a décidé qu’il ne faut pas griller les étapes. Celles-ci sont plus importantes que l’objectif ultime. Prenons-les dans l’ordre: la mise en œuvre de l’article constitutionnel contre l’immigration de masse, puis l’accord institutionnel. Deux fois, il faudra convaincre que nous avons besoin de relations bilatérales fortes avec l’Europe. Parler d’adhésion avant de franchir ces deux étapes n’apporte rien. Réussissons ces deux premiers pas, puis la question de l’adhésion pourra se reposer.

Créé: 04.12.2016, 21h42

Les socialistes refusent l'argent des banques

Au moment même où le Parti socialiste préconise un capitalisme à visage humain, c’est-à-dire au parfum d’économie sociale et solidaire, il n’acceptera pas les dons de banques et de grandes sociétés privées. Ainsi en a décidé son congrès. Des promesses de dons lui étaient faites par des entreprises comme Credit Suisse, AXA Winterthur ou Swiss. Le parti aurait pu engager cet argent pour mener campagne contre la réforme de la fiscalité des entreprises. Le veto des délégués confirme cette ligne puriste déjà décidée il y a quatre ans. «Nous ne nous laisserons pas corrompre!» a résumé le président du groupe socialiste aux Chambres fédérales, Roger Nordmann. Le Vaudois a pourtant dû s’avouer inquiet pour la force de frappe du parti: «Notre situation financière sera très difficile l’an prochain.» Les élus du PS, conseillers fédéraux et juges en tête, mettront la main à la poche: le montant de leur contribution à la caisse du parti passera de 10 à 15% de leur salaire. Les délégués ont approuvé cette proposition contre l’avis de la direction.

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